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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 12:30

« Black Trombone » au lever de rideau. Le ton est donné. La scène est nue, cinq personnages sont prostrés et vont s’éveiller pour entrainer le spectateur dans les vertiges de la folie. Sergio est un « patient schizophrène » qui a vécu un traumatisme et qui se souvient, par bribes, de ses errances et de ses amours. Moment délirant de lâcher prise où « les Sergio » se laissent aller à leurs divagations… Occasion aussi pour les comédiens (sous la camisole du stress !) d’une totale libération sur la scène.

Puis survient le bataillon des infirmières un peu cinglées, miroirs de leur patient, et qui assistent, en même temps que le public, à ce délire éveillé, s’approchent, l’encouragent, le consolent, l’invitent enfin à se brancher sur « Radio Pou » et à tout raconter, avec la complicité de l’insecte fétiche, le hanneton qu’elles ont eu la bonne idée d’emprisonner dans un bocal éclairé comme un feu follet !

D’entrée de jeu, les comédiens de la troupe du Théâtre de Poche que dirige Cathy Brasseau sont dans l’hallucination de l’insecte totem qui brille sous le coton et qui ressuscite les souvenirs de Sergio, fan de Serge Gainsbourg et elles l’implorent :

« Infirmières : fais-nous rire !

Manon : rire, à gorge déployée, afin d’oublier la misère qui nous entoure !

Infirmières : fais-nous crier !

Samantha : explore nos fantasmes !

Infirmières : fais-nous délirer !

Jane B : fais trembler nos carcasses !

Infirmières : électrise-nous !

Docteur Jekyll : envoie-nous la décharge de cent mille volts de ton pylone !

Infirmières : pleins feux sur Marilou et sur les autres !

Samantha : on est des commères, on adore ça !

Infirmières : coup de projo sur tes amours ! »

Le prologue s’achève et le spectacle peut commencer… depuis le « Kangourou club » où Sergio retrouvait ses copains pour oublier l’ennui et se griser d’alcool et de danseuses, jusqu’à la folle embardée sur les routes derrière le gang Burrow, mauvaise bonne idée qu’a trouvée Sergio pour « enlever » les filles, leur promettre du blé, des tonnes de blé, et satisfaire à tous leurs caprices…Harley Davidson, Ford Mustang, liasses de gros billets en petites coupures, hôtels particuliers, shit…

Avec beaucoup d’audace et d’enthousiasme sur la scène, les jeunes comédiens répondent du tac au tac aux exigences des infirmières du prologue et explorent ainsi l’univers si profondément humain des chansons de Serge qui oscillent entre onirisme, imaginaire, réalisme cru et désespoir. Avec talent, ils parviennent également à jouer sur le clavier des sentiments et des postures : séduction, provocation, douleur (sublime moment où Marilou évoque son passé : « ça donne presque envie de chialer » s’indigne Sergio), violence, rêverie, fantasme, sexualité, ennui, désespoir, exaltation, mélancolie, rêve d’ailleurs, grand amour, angoisse, pulsions de mort, Eros et Thanatos.

La pièce est ponctuée de nombreuses références à d’autres artistes qui ont marqué Gainsbourg : Nabokov, Baudelaire, Oscar Wilde, Huysmans, Lewis Caroll… Quoique très jeunes, (la plupart sont encore au collège), les douze comédiens s’en emparent avec bonheur, et vont jusqu’à citer le texte de « Lolita » en anglais…

« Docteur Jekyll : (s’approchant à nouveau des Sergio) souviens-toi, Sergio ! « Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta : the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee.Ta. » au grand désespoir de la plus rebelle d’entre elles, une certaine Bambou, qui s’exclame : « Moi, j’y pige rien, à part sea, sex and sun »

Des extraits de chansons rythment le spectacle : chansons de Serge, bien évidemment, mais également, et c’est un choix judicieux, chanson de Boris Vian. Avec beaucoup d’efficacité, la troupe (enrichie à l’acte 2 d’un shérif souffre-douleur tombé tout droit du film d’Arthur Penn « Bonnie and Clyde », « déménage les pianos », bouscule les décors, fait passer le spectateur de « la blanche clinique neuropsychiatrique » au bar du Kangourou Club puis au no man’s land de la folle escapade du nouveau « gang Burrow » dont Sergio et Marilou sont du jour au lendemain devenus les chefs de file.

« Quatre fusils, dix pistolets, quinze couteaux à cran d’arrêt... c’est pour un fameux carnaval que s’avance cet arsenal qui a pour nom Pancho Villa ! » « Nazi rock », « rock around the bunker ! »… Le public assiste, médusé, à l’escalade de la violence et de la délinquance mal maitrisées. Stripteaseuses, déménageurs de pianos, poinçonneurs des Lilas… Les personnages n’échappent pas à ce qu’ils sont profondément. Ils restent avant tout des « Pieds Nickelés, des toquards » comme le déplore Lola Rastaquouère. Ils le restent tragiquement, jusqu’à l’affrontement final avec la police et la plongée derrière le rideau de la vie, moment d’émotion finale, point d’orgue qui finit de résonner dans la tête de Sergio, seul survivant du massacre… Les personnages sont terrassés, ne bougent plus, donnent le frisson.

Puis les garçons se relèvent un à un, les Sergio de la clinique… Titubent, articulent des paroles apparemment décousues, entonnent doucement une sorte d’incantation étrange et métaphysique qui révèle une dernière fois chez les comédiens une bonne dose de courage et de sang froid…

« Sergio : et je n’aurai plus de mal à suivre le lapin d’Alice.

Sergio 2 : il me conduira tout droit de l’autre côté des racines.

Sergio 4 : pour manger avec lui ses pissenlits...

Sergio 1 : il fera bon, un grand soleil régnera à l’envers sur la terre.

Sergio : et je m’allongerai tout près du grand Chou Mandragore.

Sergio 3 : celui dont la racine ressemble à une tête d’homme... avec des oreilles en chou-fleur.

Sergio 4 : et le grand chou me dira simplement : « misérable mortel à tête de chou, regarde-toi dans ton propre miroir »...

Sergio 2 : et je verrai alors s’élever, au-dessus de la tête de Chou Mandragore...

Sergio : un immense hanneton velouté, un hanneton à la beauté intacte qui me recouvrira doucement de ses ailes et de sa lumière !

Tous : Marilou ! »

Gainsbourg ; théâtre

Gainsbourg ; théâtre

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