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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 05:00

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Le verdict est tombé, un peu de la même façon qu’un jour dans le Tour, il était tombé du haut de son vélo impérial. Le lumineux juillet est passé... Passé, en même temps que les tournesols et les maillots jaunes, froissés, tabassés sous le cycle de l’été. C’est déjà le tournant mélancolique après l’ultime sprint des Champs-Elysées et la sentence couperet de l’UCI. La voix de Jalabert, de Brouchon ou de Godart et le micro des légendes continue cependant de vibrer... Le tour comme épopée... les derniers discours, les promesses de transparence et les perspectives immaculées pour l’année à venir et puis l’engourdissement des mois d’automne.

              C’est le moment où « l’Aigle de Tolède » prend son envol, dans le soir qui tombe... le ciel est presque noir. « L’Extra-terrestre » plante son « Espada » tout au fond du rocher et « le Cannibale » s’endort près du torrent, le ventre repu... Les chemins sont désertés, le soleil a disparu. « Il Diavolo » enfonce sa fourche au sommet du Mont-Chauve. Le sol vibre de chaleur accumulée. L’écho s’emplit d’une rumeur sauvage, le « Champion hennissant » retourne à l’écurie du même pas que « le Texan », blessé dans ses derniers galops. L’air est lourd, il descend doucement dans la vallée. « Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle »... Au pied du col de l’Angoisse, « Le Blaireau » inspecte son terrier, et, au seuil de la grande traversée, « le Pirate » plante son drapeau noir...

                 Ils sont encore tous là, autour du sommet impitoyable. Ils savent qu’aujourd’hui les maillots jaunes de Lance Armstrong s’est sont allés avec le jour. Federico Bahamontès, Miguel Indurain, Eddy Merckx... Le vent se lève. Alberto Contador, Ferdi Kubler, Luis Ocana, Fausto Coppi, Bernard Hinault, Marco Pantani. Tous les semeurs de légende, avec ou sans EPO, « pot belge » ou amphétamine. La lune pointe... La nuit tombe. Le vent se lève.

Les ombres immenses décollent des montagnes et continuent d’alimenter les rêves.

 
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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 06:04

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Port de Saint-Martin de Ré, 18h00, ciel limpide et bleu de carte postale au-dessus d’une petite foule estivale massée tout autour du bassin vers lequel s’élancent, dès le signal, des coureurs expérimentés, des vacanciers surexcités, des amoureux du bord de mer et de l’effort solitaire de fin d’après-midi. Dossard en pavillon sur le torse. Petite puce (de sable ?) sous le lacet des chaussures pour calculer le temps ou simplement remonter le temps... Déjà les mâts tintent sous le vent de marée qu’on annonce déterminant pour le retour. C’est parti pour quinze kilomètres sur Ré la Blanche.

    D’après le parcours, à l’approche de Rivedoux, l’abbaye des Châteliers, du haut de ses murs austères et mystiques, veille sur le sommet du parcours. Figure du Destin, elle met un terme à l’échappée belle et annonce le tournant de la course. Pourtant, depuis la citadelle poussés par le vent arrière, les forçats des sentiers pousseraient bien au-delà des ogives par lesquelles filtre l’azur du ciel, jusqu’au Pont de Ré et même au-delà, sur le vieux port à La Rochelle, acclamés dans le Cours des Dames.

                Cours ! sur les pavés inégaux tout autour du port, et sous les acclamations de la petite foule débraillée, portant chapeaux, lunettes de soleil, débardeurs, maillots de bain, tongues, ambre solaire et MP3. Cours ! sur les remparts, devant la citadelle de Vauban et jusqu’à la plage de la Cible où, petit, tu venais croquer du chocolat et sacrifier des châteaux dans le sable. Tes parents ne sont plus sur les nattes allongés sous le parasol. Ils ont déserté la plage, ils applaudissent avec les autres dans un espace temps qui devient flou sous l’écran des gouttes de sueur et des embruns.

                Petites ruelles qui font la transition avec le sentier de terre qui ramènera à la plage. Le rythme est rapide, les coureurs concentrés. Devant les maisons à volets toujours verts, aussi verts que dans l’enfance, les roses trémières courent elles aussi le long des murs, longues, élancées, silencieuses. Vénérables coureurs éthiopiens coiffés de casquettes roses, mauves et blanches, elles sont l’esprit de la course... Des chats ronronnent paresseux en haut des murs blancs, ouvrent un œil félin, dédaigneux, sur les piètres chasseurs sans griffes qui courent dans la savane d’un beau jour de juillet, entre sable et galets, avant l’heure du crépuscule.

                « The eye of the tiger »... Ecouteurs mal réglés sur les oreilles, remontant de l’arrière, un coureur plus nerveux cale sa foulée sur l’air de Rocky Balboa. La musique envahit l’espace du ring improvisé. La poussière du chemin monte un peu plus vite soulevée par les baskets et la puce de sable. Le rythme s’accélère. « So many times it happens to fast... » Rocky Balboa n’a fait que passer. Rocky Balboa n’est déjà plus là, fondu dans l’horizon de la mer... Quand le morceau sera fini, peut-être qu’il s’effondrera... A moins que, lièvre astucieux imaginé par les organisateurs, Rocky ne tourne en boucle... Mais au moment du changement de cap, boute au vent, la pile devrait bien faiblir !

                Du côté de l’Aiguillon l’espace s’élargit. Jardins et pelouses des villas font face à la mer et s’ouvrent sur le sentier des douaniers. Jets d’eau généreux sur les torses des coureurs. Odeur forte de coquillages. Le goût des huitres savourées ce matin sur le port et la perle des vacances sur le fond de nacre d’une tasse de café. Tu bois la tasse, un peu tous les jours en ce moment ! Tant que le vent souffle au dos, il fait chaud, très chaud, la figure explose.

                Sur le bord, des enfants rigolards, artificiers aux visages réjouis, réclament des claques à la main des coureurs ou bien distribuent des éponges, des bruines rafraîchissantes et des pétards d’eau et de lumière. Serviette sur l’épaule, les anciens devisent sur les bancs du temps de leur jeunesse, des bêtises des gamins et des nombreux kilomètres qui restent à couvrir contre le vent. « Ma bonne dame, c’est plus de mon âge ! C’est le corps qui suit plus... De mon temps, on en usait tout autrement ».

                Sous les arbres, le village de La Flotte offre soudain comme un couloir de rafraichissement, une allée des Champs Elysées dans l’Odyssée de la petite course homérique. Sur le port, on croise déjà les coureurs en tête, qui glissent, olympiens, comme les bateaux au large. Plage de l’Arnérault, grand soleil, ponton sur lequel, comme sur les planches, un groupe d’ados fait semblant de courir. Lumière, action ! Ils ralentissent la cadence, effort maximal, bouche ouverte, muscles tendus, arrêt sur image. Ils plongent. La vie est un théâtre ! Rideau.

                Et tout à coup, l’ombre majestueuse et redoutable de l’abbaye, le changement de bord, la bonne claque de vent sur le visage, sur les cuisses, dans le ventre. Un coup sur la tête ! Heureusement, les points d’eau se multiplient. Retour sur nos pas. Pénitence ! Sentiers déjà foulés. Crampes fatales. Chutes. Coups de barre. Odeurs de crème de massage qui remplacent les parfums des roses trémières et celui des huitres.

                Au large, les adolescents ont déserté le ponton. « Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles »... Les matous sont partis. Les organisateurs ramassent les gobelets et les jettent dans des sacs poubelles couleur nuit. Le soleil s’est un peu incliné. Les bénévoles jettent les éponges et la foulée décline derrière le vol cassé des goélands. La mer monte toujours. Le ciel déteint. Les couleurs se sont massées du côté du port d’attache, sur la ligne d’arrivée. Sur la plage, les baigneurs ont ramassé leurs serviettes et leurs nattes. Au bord de l’asphyxie, un coureur aux cheveux blancs s’est arrêté, l’air navré. Deux autres concurrents lui tapent l’épaule en passant. « Allez gars, décroche pas, on arrive ». Les ânes en culottes sont rentrés. C’est l’heure de la glace, fraise, citron, pistache, du chichi, de la gaufre ou du tour de manège face au Palais de la Gourmandise. Quand j’étais petit, je venais là avec mes parents manger un beignet. J’avais même droit au tour de manège, parfois deux si j’attrapais la queue du Mickey...

                La queue du Mickey, elle est au port. Passée la citadelle, un dernier tour au cœur de Saint Martin transformée en arène de la course à pied. Fragments de lumière, visages, pavés, tables de restaurants, enseignes de marchands... Main d’une fillette dans la main de son grand-père : « attention petite, ça va très vite, ils pourraient te renverser comme des voitures de course ! » Rire frais, cristallin de la fillette. Quenottes blanches, joues roses, rougissant un peu, joli minois, sur Ré la Blanche. Déjà, on dîne en terrasse. Tête à tête amoureux, sournois, jovial, vicieux. Yeux glissés sur la gorge bronzée, le décolleté plongeant en face en face. « J’t’offre une glace ? Ce soir, boite de nuit, ça te dit ? » Les petits enfants sont, avec les grands parents, sortis de la grande maison de vacances. Du côté du Palais de la Gourmandise, la fête bat son plein, et le manège tourne, tourne aussi vite que les coureurs sur le port, musique de fête foraine : Bénabar, « Quatre murs et un toit » :

Des ampoules à nu pendent des murs, du plafond, le bébé est né, il joue dans le salon.
On ajoute à l'étage une chambre de plus, un petit frère est prévu pour l'automne.
Dans le jardin les arbres aussi grandissent, on pourra y faire un jour une cabane...
On pourra y faire un jour une cabane...  

 

 

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 06:00

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Au large, les adolescents ont déserté le ponton. « Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles »... Les matous sont partis. Les organisateurs ramassent les gobelets et les jettent dans des sacs poubelles couleur nuit. Le soleil s’est un peu incliné. Les bénévoles jettent les éponges et la foulée décline derrière le vol cassé des goélands. La mer monte toujours. Le ciel déteint. Les couleurs se sont massées du côté du port d’attache, sur la ligne d’arrivée. Sur la plage, les baigneurs ont ramassé leurs serviettes et leurs nattes. Au bord de l’asphyxie, un coureur aux cheveux blancs s’est arrêté, l’air navré. Deux autres concurrents lui tapent l’épaule en passant. « Allez gars, décroche pas, on arrive ». Les ânes en culottes sont rentrés. C’est l’heure de la glace, fraise, citron, pistache, du chichi, de la gaufre ou du tour de manège face au Palais de la Gourmandise. Quand j’étais petit, je venais là avec mes parents manger un beignet. J’avais même droit au tour de manège, parfois deux si j’attrapais la queue du Mickey...

                La queue du Mickey, elle est au port. Passée la citadelle, un dernier tour au cœur de Saint Martin transformée en arène de la course à pied. Fragments de lumière, visages, pavés, tables de restaurants, enseignes de marchands... Main d’une fillette dans la main de son grand-père : « attention petite, ça va très vite, ils pourraient te renverser comme des voitures de course ! » Rire frais, cristallin de la fillette. Quenottes blanches, joues roses, rougissant un peu, joli minois, sur Ré la Blanche. Déjà, on dîne en terrasse. Tête à tête amoureux, sournois, jovial, vicieux. Yeux glissés sur la gorge bronzée, le décolleté plongeant en face en face. « J’t’offre une glace ? Ce soir, boite de nuit, ça te dit ? » Les petits enfants sont, avec les grands parents, sortis de la grande maison de vacances. Du côté du Palais de la Gourmandise, la fête bat son plein, et le manège tourne, tourne aussi vite que les coureurs sur le port, musique de fête foraine : Bénabar, « Quatre murs et un toit » :

Des ampoules à nu pendent des murs, du plafond, le bébé est né, il joue dans le salon.
On ajoute à l'étage une chambre de plus, un petit frère est prévu pour l'automne.
Dans le jardin les arbres aussi grandissent, on pourra y faire un jour une cabane...
On pourra y faire un jour une cabane...  

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 04:57

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Sur le bord, des enfants rigolards, artificiers aux visages réjouis, réclament des claques à la main des coureurs ou bien distribuent des éponges, des bruines rafraîchissantes et des pétards d’eau et de lumière. Serviette sur l’épaule, les anciens devisent sur les bancs du temps de leur jeunesse, des bêtises des gamins et des nombreux kilomètres qui restent à couvrir contre le vent. « Ma bonne dame, c’est plus de mon âge ! C’est le corps qui suit plus... De mon temps, on en usait tout autrement ».

                Sous les arbres, le village de La Flotte offre soudain comme un couloir de rafraichissement, une allée des Champs Elysées dans l’Odyssée de la petite course homérique. Sur le port, on croise déjà les coureurs en tête, qui glissent, olympiens, comme les bateaux au large. Plage de l’Arnérault, grand soleil, ponton sur lequel, comme sur les planches, un groupe d’ados fait semblant de courir. Lumière, action ! Ils ralentissent la cadence, effort maximal, bouche ouverte, muscles tendus, arrêt sur image. Ils plongent. La vie est un théâtre ! Rideau.

                Et tout à coup, l’ombre majestueuse et redoutable de l’abbaye, le changement de bord, la bonne claque de vent sur le visage, sur les cuisses, dans le ventre. Un coup sur la tête ! Heureusement, les points d’eau se multiplient. Retour sur nos pas. Pénitence ! Sentiers déjà foulés. Crampes fatales. Chutes. Coups de barre. Odeurs de crème de massage qui remplacent les parfums des roses trémières et celui des huitres.

 


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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 05:00

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Petites ruelles qui font la transition avec le sentier de terre qui ramènera à la plage. Le rythme est rapide, les coureurs concentrés. Devant les maisons à volets toujours verts, aussi verts que dans l’enfance, les roses trémières courent elles aussi le long des murs, longues, élancées, silencieuses. Vénérables coureurs éthiopiens coiffés de casquettes roses, mauves et blanches, elles sont l’esprit de la course... Des chats ronronnent paresseux en haut des murs blancs, ouvrent un œil félin, dédaigneux, sur les piètres chasseurs sans griffes qui courent dans la savane d’un beau jour de juillet, entre sable et galets, avant l’heure du crépuscule.

                « The eye of the tiger »... Ecouteurs mal réglés sur les oreilles, remontant de l’arrière, un coureur plus nerveux cale sa foulée sur l’air de Rocky Balboa. La musique envahit l’espace du ring improvisé. La poussière du chemin monte un peu plus vite soulevée par les baskets et la puce de sable. Le rythme s’accélère. « So many times it happens to fast... » Rocky Balboa n’a fait que passer. Rocky Balboa n’est déjà plus là, fondu dans l’horizon de la mer... Quand le morceau sera fini, peut-être qu’il s’effondrera... A moins que, lièvre astucieux imaginé par les organisateurs, Rocky ne tourne en boucle... Mais au moment du changement de cap, boute au vent, la pile devrait bien faiblir !

                Du côté de l’Aiguillon l’espace s’élargit. Jardins et pelouses des villas font face à la mer et s’ouvrent sur le sentier des douaniers. Jets d’eau généreux sur les torses des coureurs. Odeur forte de coquillages. Le goût des huitres savourées ce matin sur le port et la perle des vacances sur le fond de nacre d’une tasse de café. Tu bois la tasse, un peu tous les jours en ce moment ! Tant que le vent souffle au dos, il fait chaud, très chaud, la figure explose.

 

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 05:00

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Port de Saint-Martin de Ré, 18h00, ciel limpide et bleu de carte postale au-dessus d’une petite foule estivale massée tout autour du bassin vers lequel s’élancent, dès le signal, des coureurs expérimentés, des vacanciers surexcités, des amoureux du bord de mer et de l’effort solitaire de fin d’après-midi. Dossard en pavillon sur le torse. Petite puce (de sable ?) sous le lacet des chaussures pour calculer le temps ou simplement remonter le temps... Déjà les mâts tintent sous le vent de marée qu’on annonce déterminant pour le retour. C’est parti pour quinze kilomètres sur Ré la Blanche.

    D’après le parcours, à l’approche de Rivedoux, l’abbaye des Châteliers, du haut de ses murs austères et mystiques, veille sur le sommet du parcours. Figure du Destin, elle met un terme à l’échappée belle et annonce le tournant de la course. Pourtant, depuis la citadelle poussés par le vent arrière, les forçats des sentiers pousseraient bien au-delà des ogives par lesquelles filtre l’azur du ciel, jusqu’au Pont de Ré et même au-delà, sur le vieux port à La Rochelle, acclamés dans le Cours des Dames.

                Cours ! sur les pavés inégaux tout autour du port, et sous les acclamations de la petite foule débraillée, portant chapeaux, lunettes de soleil, débardeurs, maillots de bain, tongues, ambre solaire et MP3. Cours ! sur les remparts, devant la citadelle de Vauban et jusqu’à la plage de la Cible où, petit, tu venais croquer du chocolat et sacrifier des châteaux dans le sable. Tes parents ne sont plus sur les nattes allongés sous le parasol. Ils ont déserté la plage, ils applaudissent avec les autres dans un espace temps qui devient flou sous l’écran des gouttes de sueur et des embruns.

 

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 05:00

 

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Pendant 7 ans il a semé de l’or sur le tour de France et nous étions nombreux, au cœur de juillet, à saluer les exploits d’un champion au nom à la fois lunaire et antique, lance et fusée Apollo X1... Avant lui, dans la mémoire collective, les Coppi, Bahamontès, Anquetil, Merckx, Hinault, Indurain avaient commencé à écrire les pages de l’épopée du Tour. Tous, au fil des années, portés par les mêmes clameurs de la foule en haut des cols, les explosions d’enthousiasme des journalistes sportifs, les titres des journaux dans le bleu des étés et le théâtre des prouesses écrites sur les pavés, les contre la montre, les cols de légende, Alpe d’Huez,  Galibier, Izoard, Ventoux, Madeleine et ce soupçon de cette douce désinvolture attachée aux années qui ont précédé la lutte anti-dopage et les techniques sophistiquées de dépistage.

                Et puis l’ère Armstrong est arrivée, mais la planète cyclisme reste sensiblement la même.  Le public, toujours aussi prompt à s’embarquer sur le rêve épique, s’est à nouveau emballé : « Armstrong ressuscité », « Armstrong a décroché la lune ! », « Armstrong impérial », « Armstrong inoxydable... ». Comme à l’époque des plus grands, le frisson de la « Geste » écrite par un grand champion d’une trempe différente de tous les autres (il vaincu le cancer...) Sur le Tour de France entre 1999 et 2005, à chaque fois, il écrit un scénario bien réglé. Le récit est simple, implacable, il réserve au spectateur son lot de péripéties, de surprises, d’images fortes (chutes, blessures, coups de barre, grimaces) et puis l’inexorable dénouement, comme au terme d’une œuvre tragique, qui se joue sur fond de bataille et de souffrance.

                Dans l’arène surchauffée, alors que les autres héros tentent parfois un assaut, parviennent un instant à briller puis s’effondrent, lui, en jaune jusqu’au fond des os, le visage appliqué, l’œil d’acier, imperturbable, sort le glaive et inscrit sa victoire. Des chapitres entiers, des fragments d’épopée qu’un Roland Barthes, au seuil des années 2000, aurait sans doute intitulés « Nouvelles mythologies »... Silhouette en bouclier contre les assauts de la route et de ses adversaires, Armstrong est un travailleur forcené, un professionnel dans le sang. Il calcule la victoire, l’analyse avec la précision d’un ordinateur, avertit son « staff » puis met en route cette époustouflante machine à gagner, fait rendre les armes aux plus tenaces de ses adversaires et agace ou éblouit le spectateur.

                Mais le dernier grand champion du Tour, sans le savoir, roulait sous les pignons d’une machine à broyer les rêves, à laminer l’épopée. Fin d’été 2012 : « Armstrong, c’est fini ! » Il est temps de mettre un terme à tous les mensonges ! Quitte à faire tomber tous les étendards qui flottaient au bout de l’horizon. Depuis quelques années, le Tour passe sous les fourches caudines du contrôle absolu. L’esprit a changé, il faut être « pur encolure et pur sang ». On entre dans l’ère exsangue de la transparence. Les nouveaux héros seront irréprochables ou ne seront pas !

                Pas plus que le tour 2011, le tour 2012 ne m’a convaincu... Attendons le chevalier Ajax qui franchira la ligne lavé de tout soupçon et qui pourra saluer la sceptique petite foule des admirateurs sans être suspecté de tricherie. Attendons celui qui saura redonner du rêve, sans pour autant que la meute des détracteurs ne vienne renifler le produit dopant dernier cri... Le spectateur a perdu sa force d’enthousiasme. Le pneu est crevé, il roule désormais à plat derrière les vainqueurs des grands tours. « Untel a gagné... Il est sans doute mieux dopé que les autres ! »

                De toute façon nul ne peut plus résister au contrôle anti-dopage ! Que la lumière soit ! Faut-il pour autant aller déchirer les vieilles pages ? Faut-il étendre le contrôle et remonter la longue route des brillantes années du Tour de France ? Jusqu’à Armstrong ? C’est fait. Et avant ? Rien ?... Hinault ? Fignon ? Anquetil ? Bartali ? Des pantins ? Des bluffeurs ? Tout le « jus épique » lié à la Légende du Tour passe désormais dans l’éprouvette du soupçon. Tout à notre époque s’analyse, se dissèque, s’examine. Au supplément de rêve on préfère le supplément d’analyse. Heureusement, remonter à Coppi, à Francesco Moser, à Stephen Roche pose problème. Les traces se perdent et la Mémoire aime heureusement préserver la dorure des idoles.

                Mais le dernier en date, l’Américain... C’est le bouc émissaire idéal. La victime du cancer qui vainc la maladie et qui effectue, dans la foulée, une carrière flamboyante... Une trop belle histoire, pensez, un scénario à l’américaine !... Le filtre scientifique et le filtre du scepticisme ont rattrapé Armstrong. Dix ans plus tard, on mesure le champion, non à travers l’écran de fumée de l’exploit mais à travers la vitre de l’éprouvette. On dissout du même coup toute cette matière de rêve et de légende qui constituait jadis l’essence des chansons de gestes. Oui, dans le cas d’Armstrong, les éprouvettes ont rendu leur verdict et Roland sonne de l’olifant.

 

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