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Texte Libre

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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 05:08

Charleville (21) [1600x1200]

 

Le soleil ne s’était pas encore levé mais la tête bouillonnante de l’ivresse de la veille, il se réveilla. Le lampadaire de la rue jetait une lueur blafarde. Il ouvrit le portefeuille de son lit. La veille au soir, après avoir traîné dans les cabarets et vidé bien des bocks, il avait eu une discussion avec sa compagne du moment. Dix ans déjà qu’ils vivaient ensemble et qu’ils dissipaient leur vie et leur argent. Elle n’en pouvait plus de leurs débauches successives.

                Elle lui avait fait jurer qu’à l’issue d’une dernière nuit de débauche à Charleville, ils allaient changer de vie. Il l’emmènerait « dans un petit wagon rose »… Elle trouvait ça mignon comme idée. C’était de circonstance ! Elle avait lu ça dans Rimbaud. Oh, elle ne demandait pas grand-chose. Simplement un peu plus d’égards et de romance. Et il avait juré d’arrêter la boisson. Elle s’était endormie brutalement, ravie par cette idée, et le sommeil du ravissement l’écrasait encore.

                Sans faire de bruit, il enfila son maigre pantalon, sa chemise, ramassa la menue monnaie qui restait sur la table. Un bruit plat tomba au fond de ses poches. Il ouvrit la porte. L’air du matin le fit tituber. Il descendit à grands pas la rue qui mène à la Meuse.

                Une lueur commençait de pointer tout au bout des méandres de la rivière, quelque part dans le temps. Il avançait vite sur le sentier. La rumeur du beffroi s’étouffait. La ville s’évanouit. La campagne s’allongeait. Dans un tas de fougères fraiches, enfin il se laissa aller. L’aube d’été pouvait maintenant arriver. Il saurait bien l’embrasser, il en avait vu d’autres. Quand il se réveilla, il était midi. Il avait soif.

 

Charleville (8) [1600x1200]

 

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Eric Bertrand - dans Poésie
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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 05:12

Charleville (9) [1600x1200]

 

 

 

 

Il était arrivé un soir dans la ville bien enrégimentée de Charleville, la ville de Rimbaud dont il n’avait jamais entendu parler. Comme il se lavait les mains dans la petite chambre qu’il avait louée non loin de la place Ducale, il entendit résonner la musique claire et disciplinée du beffroi. Il sortit sur la place et trouva que les filles étaient belles mais curieusement attifées en ce dimanche d’été. Des « habits puant la foire » pensa-t-il en filant le pas de l’une d’elles, presque machinalement. Le son de ses « petites bottines » faisait curieusement sauter le pavé et prolongeait bizarrement, presque lascivement, la mélodie du beffroi.

                La demoiselle était jeune, alerte, minaudant parce qu’elle se savait suivie. Elle arriva sur le bord de la Meuse, juste en face de la maison natale de Rimbaud. Depuis quelque temps, grâce à un « projet innovant » de la ville qui cherche à « récupérer intelligemment l’image du « passant considérable », une rangée de chaises métalliques composent une œuvre d’art un peu baroque. Sur chacune de ces chaises il put parcourir des vers qu’il ne connaissait pas. « Je me suis baigné dans le poème de la mer ». « C’est un trou de verdure où chante une rivière ». « Elle est retrouvée. Quoi ? L’éternité »… L’air absent lui donna une contenance de bon aloi. La jeune fille s’était arrêtée.

                Déjà son cœur palpitait. Endroit rêvé pour une approche ? Il avait l’habitude d’interpeler les filles et cette perspective ne l’affolait pas. Mais elle regardait en direction du pont. Quelqu’un arrivait. Elle lui fit signe aussitôt, tout en se « retournant alerte » vers le goujat qui avait osé la suivre jusque là.

                L’homme qui arrivait était grand, solide. Il portait un faux-col qui lui donnait un air effrayant. Sitôt qu’il l’eut rejointe, ils disparurent le long du quai. Il n’entendit plus que le trot de ses petites bottines lentement décomposé. Le beffroi sonna place Ducale. Il s’en retourna.

Charleville (18) [1600x1200]

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Eric Bertrand - dans Poésie
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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 06:01

Highlands1 (86) [1600x1200]

                 Margoton, Marinette, Fernande, Hélène aux sabots, Pénélope, femme d’Hector, Cendrillon... Elles ont des charmes d’un autre âge les dames du temps jadis que chante Brassens. Comme sous les boules à neige qu’on vend aux touristes, elles se mettent à bouger dans les « flocons des neiges d’antan ».

               Pamphile, Nestor, Archibald, vieux Léon, brave Martin... Les hommes qui les courtisent appartiennent eux aussi à une catégorie à part de séducteurs. Ils se retroussent les manches et ils vont à la chasse aux papillons.

               Cupidon, grand Pan, Saturne, Vénus et Bacchus, ces dieux-là sont à chaque fois de la partie. Impossible de faire sans eux... Ces compères savent rigoler. Rigoler comme Villon, maître François et tous les « foutrement moyennâgeux » qui poursuivent les belles parmi les amandiers, les bancs publics, les bistrots, les chênes et les claires fontaines.

                Ils disputent leur place aux cocus, aux croque-notes, aux gros dégueulasses ou aux pandores. « Gare au gorille ! » Ils retroussent les nonnettes et les nonnains, les punaises de sacristies, les jeunes veuves et les filles à cent sous. Ils se font tout petits devant les jolies fleurs, et les poupées. Ils leur apprennent les ricochets, les marguerites et les filets à papillon. Ils réparent les paratonnerres, franchissent les ponts (« il suffit de trois petits bonds »), fument les bonnes vieilles pipes en bois et cueillent des baisers sous la treille ou sous le parapluie.

                 Ecouter Brassens, c’est se mettre sous le parapluie et entendre ruisseler toute la vieille langue qui nous vient de Villon, de Rabelais et de La Fontaine et qui traverse le temps ou le paradis, « on ne perd pas au change, pardi ! ».

 

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Eric Bertrand - dans Poésie
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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 06:10

             Dire la poésie est affaire de pudeur. Souvent, l’opération se joue « à huis clos » dans le secret de la conscience et de l’intimité. Baudelaire dit assez bien l’opération particulière qui se fait au moment de la lecture de la poésie. Mais quand cette lecture devient publique, difficile d’éviter la déclamation ou l’emphase.

             Je trouve particulièrement émouvant cette « lecture » que nous offre cette jeune étudiante chinoise... Assortie de son commentaire, on constate que l’émotion que provoque une poésie naît souvent d’un écho personnel...

             Par ailleurs, moi qui ai enseigné le « français langue étrangère », je suis aussi sensible à l’hommage aux grands auteurs que rendent ces étudiants étrangers... Ils considèrent avec un immense respect des textes que nos étudiants natifs ont tendance à balayer du revers de la main.

 

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Eric Bertrand - dans Poésie
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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 06:25

 

               On commémore Brassens comme on vient de commémorer Gainsbourg en fonction de deux dates qui se suivent à dix ans d’intervalle. En 81, j’ai perdu l’une de mes idoles dont je savais le répertoire par cœur, en 91, j’en perdais une autre dont je découvrais avec passion l’étrangeté et la modernité...

               J’ai beaucoup « revisité », exploré, réécrit l’univers de Serge et, curieusement, je n’ai pratiquement rien fait par rapport à celui de Georges. A peine abordé quelques chansons en cours de lettres... Je lui consacre avec plaisir aujourd’hui un article, à l’occasion d’une question posée dans un forum « quelle est votre chanson favorite de Brassens ? »...

               Pas facile de faire un tri... Immédiatement me viennent à l’esprit « Oncle Archibald », « La Supplique pour être enterré sur la plage de Sète » ou encore « la fille à cent sous ». Peut-être me déciderai-je finalement pour « le Grand chêne ». C’est une chanson qui reconte une histoire, comme souvent chez Brassens. C’est un apologue, d’une simplicité et d’une évidence dignes des plus beaux contes.

               Tout commence « en dehors des chemins forestiers ». Des amoureux se mettent à dialoguer avec le chêne sous lequel ils ont vidé « leur grand sac de baiser ». On sympathise, on refait le monde et on s’invite ! Le chêne accepte de sortir « ses grands pieds de son trou » et de suivre ses nouveaux amis. Brassens a chanté les bancs publics. Il chante le destin du chêne. C’est un peu comme si l’un de ces bancs avait suivi « ces petits gueules bien sympathiques » avant « les gros nuages lourds ». A la fin de l’histoire, « amère destinée », le malheureux finit dans la cheminée comme du « bois de caisse ».

               La chanson est menée sur un rythme allègre et le chêne, vite abandonné dans le jardin se retrouve en compagnie de « roseaux mal pensants » et de chiens « levant la patte sur lui ». Autour de lui tourne alors la ronde des saisons... Tout Brassens est là-dedans, le grand Pan, le temps qui passe, l’amour, la chair, le flétrissement. On se souvient encore des « Bancs publics » et de la déroute du grand ciel bleu et des projets. Les mêmes nuages roulent dans le ciel, au-dessus de la cime du grand chêne, et ce n’est pas l’orage qui le déracine mais la méchanceté de « l’horrible mégère » qui le fait « vieillir prématurément ».

               Avec le regard incrédule des amoureux de Penais, les éléments de la nature ne peuvent que s’interroger tristement et regretter la compagnie si charmante et si délicate des éphémères humains. Tiens, héritier de Brassens, Renaud s’en est souvenu dans sa chanson « mal barrés ».

 

 

 

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Eric Bertrand - dans Poésie
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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 06:08

 

                  La fable « l’Homme et la couleuvre » donne donc la parole à l’arbre et ce dernier, pas plus que le bœuf ni la vache n’est satisfait du comportement de l’homme... Qu’on lise cet extrait :

 

L'arbre étant pris pour juge,
Ce fut bien pis encore. Il servait de refuge
Contre le chaud, la pluie, et la fureur des vents ;
Pour nous seuls il ornait les jardins et les champs.
L'ombrage n'était pas le seul bien qu'il sût faire ;
Il courbait sous les fruits ; cependant pour salaire
Un rustre l'abattait, c'était là son loyer,
Quoique pendant tout l'an libéral il nous donne
Ou des fleurs au Printemps, ou du fruit en Automne ;
L'ombre l'Eté, l'Hiver les plaisirs du foyer.
Que ne l'émondait-on, sans prendre la cognée ?
De son tempérament il eût encor vécu.

 

             Et maintenant, qu’on veuille bien écouter la chanson de Georges qui raconte la rencontre malheureuse du chêne et de « deux amoureux » :

 

Au pied de leur chaumière, ils le firent planter.
Ce fut alors qu'il commença de déchanter
Car, en fait d'arrosage, il n'eut rien que la pluie,
Des chiens levant la patt' sur lui.

On a pris tous ses glands pour nourrir les cochons,
Avec sa belle écorce on a fait des bouchons,
Chaque fois qu'un arrêt de mort était rendu,
C'est lui qui héritait du pendu.

Puis ces mauvaises gens, vandales accomplis,
Le coupèrent en quatre et s'en firent un lit,
Et l'horrible mégère ayant des tas d'amants,
Il vieillit prématurément.

Un triste jour, enfin, ce couple sans aveu
Le passa par la hache et le mit dans le feu.
Comme du bois de caisse, amère destinée !
Il périt dans la cheminée.

 

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Eric Bertrand - dans Poésie
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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 06:06

J’ai beaucoup écouté Brassens durant mon adolescence et je crois lui devoir un certain nombre de mes références littéraires. Je continue de lui rendre discrètement hommage dans la lecture que je fais des « Fables » de La Fontaine... Ainsi, j’avais en 1ère, il y a quelques années, proposé un rapprochement entre les chansons de Brassens et certaines des fables les plus connues.

               Dans cet esprit, je suis tombé récemment sur une fable moins connue du livre 8, reprenant le thème de la férocité des hommes et du danger qu’il y a à dire la vérité à ceux qui ont le pouvoir (on se souvient des mésaventures de l’âne dans « les animaux malades de la peste » quand tous les courtisans s’en prennent au simplet et crient « haro sur le baudet »)... Cette fable s’intitule « l’homme et la couleuvre »... Spécialiste en questions qui fâchent, « l’homme » demande au « serpent » de lui dire qui, de l’animal ou de lui-même, est le plus méchant.

               Cette question amène à un examen de conscience et, après avoir écouté la vache et le bœuf, le fabuliste ne tarde pas à trancher : l’ingratitude est du côté de l’homme... Toute vérité ne fait pas plaisir à entendre et le ton monte vite entre les opposants. L’arbre, symbole de calme et de sérénité est alors convié pour témoigner... « Auprès de mon arbre, je vivais heureux » chantait Georges. On y revient demain pour mettre en dialogue par delà les siècles, les deux défenseurs des arbres.

 

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Eric Bertrand - dans Poésie
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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 06:35

              

           J’ai eu des pensées pour Roger Gicquel la semaine dernière (je dirai pourquoi dans la semaine), j’en ai d’autres pour Jean... Les chansons de Jean Ferrat passent autrement que par les tympans. J’entends encore la voix chaude, les mélodies qui font monter la vie dans la gorge, la vie, le soleil, l’amour, les idéaux, la grande Histoire...

               J'avais onze ans, un petit lecteur de cassettes sur les genoux et deux cassettes sur le coeur, la première était bleue, Pathé Marconi, Julien Clerc, "ce n'est rien" et l'autre, brune, "la commune"... J'écoutais alternativement l'une et l'autre...

               La brune finissait par "aimer à perdre la raison". Ce soir, je n'ai plus le coeur pour remettre "ce n'est rien"...


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Eric Bertrand - dans Poésie
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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 06:57

A l’occasion de cette rubrique, je remets en ligne l’article rédigé en début de mois. Rien que pour le plaisir de « reparler de Baudelaire ».

 

             « Homme libre, toujours tu chériras la mer ! », « Fortes tresses, soyez la houle qui m’emporte », « Quand les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne... Je vois se dérouler des rivages heureux qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone... »

             Pas un cours de poésie sans une référence à l’un de mes trois maîtres : Hugo, Baudelaire, Rimbaud. Une évidence à mes yeux : quand on parle de poésie, un seul texte de l’un des trois suffit pour appréhender ce que poétiser veut dire... Et lequel des trois convient le mieux à des adolescents, ou à des étudiants ? Ou, plus exactement, lequel choisir pour « transmettre le message » et donner envie d’aller plus loin ?

             J’ai écrit deux essais sur Hugo, un roman dont le personnage principal est baptisé « Bateau ivre » du fait de son goût pour la poésie de Rimbaud... mais je n’ai écrit qu’une nouvelle et un petit article sur Baudelaire : cf « Baudelaire champion de surf ».

             C’est pourtant celui des trois qui me paraît aller le plus loin dans l’expérience poétique... Oui, Charles, malgré sa raideur de dandy et ses humeurs de cormoran, est à mes yeux le plus compréhensible et le plus viscéralement humain. Baudelaire est avant tout un sensuel. Le poète en lui respire, voit, écoute, savoure, « mange des cheveux bleus » pour quitter « le port » et s’en aller « vers de charmants climats ».

             Au lieu de fermer les yeux et de s’abandonner à la langueur d’un plaisir égoïste, Baudelaire est un virtuose de l’observation et de l’analyse, toujours attentif à ce qui se produit en lui quand il cultive les sensations. Les sens en éveil, il entreprend dans les poémes de « l’Idéal » une quête obstinée qui lui permet de creuser et de dévoiler les ressources de l’imagination. Que ce soit auprès de l’une de ses maîtresses, au fond d’un verre de vin ou sur le culot de sa pipe de hachish, il parvient à faire résonner son vers à 100000 watts. Il est un amplificateur de sensations. Et il tend au lecteur cette magique enceinte... Comme il l’écrit dans « le poème du hachish » :

« Vous croyez être assis dans votre pipe et c’est vous que votre pipe fume. Une question : comment sortirez-vous enfin de cette pipe ? »

             Les poémes de Baudelaire fleurent bon l’Amsterdamer...

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Eric Bertrand - dans Poésie
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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 06:52

             « Homme libre, toujours tu chériras la mer ! », « Fortes tresses, soyez la houle qui m’emporte », « Quand les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne... Je vois se dérouler des rivages heureux qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone... »

             Pas un cours de poésie sans une référence à l’un de mes trois maîtres : Hugo, Baudelaire, Rimbaud. Une évidence à mes yeux : quand on parle de poésie, un seul texte de l’un des trois suffit pour appréhender ce que poétiser veut dire... Et lequel des trois convient le mieux à des adolescents, ou à des étudiants ? Ou, plus exactement, lequel choisir pour « transmettre le message » et donner envie d’aller plus loin ?

             J’ai écrit deux essais sur Hugo, un roman dont le personnage principal est baptisé « Bateau ivre » du fait de son goût pour la poésie de Rimbaud... mais je n’ai écrit qu’une nouvelle et un petit article sur Baudelaire : cf « Baudelaire champion de surf ».

             C’est pourtant celui des trois qui me paraît aller le plus loin dans l’expérience poétique... Oui, Charles, malgré sa raideur de dandy et ses humeurs de cormoran, est à mes yeux le plus compréhensible et le plus viscéralement humain. Baudelaire est avant tout un sensuel. Le poète en lui respire, voit, écoute, savoure, « mange des cheveux bleus » pour quitter « le port » et s’en aller « vers de charmants climats ».

             Au lieu de fermer les yeux et de s’abandonner à la langueur d’un plaisir égoïste, Baudelaire est un virtuose de l’observation et de l’analyse, toujours attentif à ce qui se produit en lui quand il cultive les sensations. Les sens en éveil, il entreprend dans les poémes de « l’Idéal » une quête obstinée qui lui permet de creuser et de dévoiler les ressources de l’imagination. Que ce soit auprès de l’une de ses maîtresses, au fond d’un verre de vin ou sur le culot de sa pipe de hachish, il parvient à faire résonner son vers à 100000 watts. Il est un amplificateur de sensations. Et il tend au lecteur cette magique enceinte... Comme il l’écrit dans « le poème du hachish » :

« Vous croyez être assis dans votre pipe et c’est vous que votre pipe fume. Une question : comment sortirez-vous enfin de cette pipe ? »

             Les poémes de Baudelaire fleurent bon l’Amsterdamer...


 

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Eric Bertrand - dans Poésie
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