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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 17:23
Rimbaud, &quot;le Mal&quot; est toujours là...

Arthur, souviens-toi…

C'est une plage de sable où chante la mer,
Accrochant follement aux vagues des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit creux qui mousse de rayons.

Un enfant jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais courant bleu,
Dort ; il est étendu dans le flot, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les lichens, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Océan, berce-le chaudement : il a froid.

Les embruns ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous amers au côté droit.

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 17:04

« Le temps est sorti de ses gonds », out of joint, et rien ne va plus dans le « royaume du Danemark »… Dans Hamlet de Shakespeare, le personnage principal n’est pas seulement le prince de Danemark, il est aussi spectateur, acteur, metteur en scène… Il tient dans sa main la régie lumière et la régie son de la pièce, et il administre également, et un peu malgré lui, toute la régie philosophique et poétique du grand Will. Vêtu de noir, à la fois tremblant et ricanant, il jette sur le « piège à souris », the mouse-trap dans lequel l’homme se débat, un regard terriblement lucide. Il accompagne le spectateur dans l’escalier d’une méditation sur l’homme, l’amour, le désir, la jalousie, la convoitise, la mort, le pouvoir, la famille, la guerre, la volonté, le rêve, la folie… Et le théâtre, bien évidemment… Et la mise en scène de Pieryck VANNEUVILLE de la Compagnie Pierre DEBAUCHE sert, avec souffle, le pneumatique à réflexion qu’est le théâtre de Shakespeare.

Dès les premières minutes, embarqué à bord de cette grande roue qui tourne inexorablement pendant plus de quatre heures, le spectateur est plongé à la fois dans une intrigue palpitante (pour qui ne connaît pas l’histoire) et dans une aventure intellectuelle et théâtrale. La scène s’ouvre sur un chœur de jeunes comédiennes, à la fois danseuses, actrices et percussionnistes (Joy BERNARD, Nolwenn BERTRAND, Clémence BIENSAN, Adeline CHAIGNE, Elise GHIENNE, Louise GRENIER, Giulia GROSMAN, Valentine REGNAUT, Marion ROY). Souples, prestes, imprévisibles et capables se changer en un temps record, à l’avant-scène ou au fond, derrière une gaze, elles passent, repassent, accompagnent, interviennent, commentent, impriment finalement tout au long de la pièce mouvement, cadence, frisson, émotion… Leur présence apporte quelque chose d’essentiel à la tension dramatique et à la beauté de la tragédie. Par un intense travail du corps et de la voix, le chœur vibre, frissonne, module et contribue à sa façon à la mise en relief du texte et de sa traduction : rythme, poésie, fantaisie, humour, profondeur, à quoi correspondent déploiement des voix, chatoiement des costumes, élégance des coiffures, harmonie des chorégraphies et des chants.

« Le pauvre fantôme » du vieux Roi, « la vieille taupe » qui vient tourmenter les vivants dans leur « piège à souris », n’en donne pas moins le frisson sur les remparts d’Elseneur. En ce 12 juillet dans la cour du collège CHAUMIE d’Agen, la nuit tombe doucement sur la scène investie par la troupe du Théâtre du Jour. Voiles du soir après 21 heures, couleur pâlissante du ciel, fraicheur sournoise de la nuit qui marche, cris aigus des martinets, vombrissements agaçants des moustiques et odeurs enveloppantes d’essence de citronnelle (diffusées par le flacon opportun d’une voisine)… Autant d’éléments improvisés qui contribuent à rajouter un effet véritable effet de réel à l’apparition du spectre. A ce moment précis le chœur affolé souligne l’impression de terreur qui s’empare des gardes pourtant armés de leurs mitraillettes au poing. La silhouette menaçante et le visage hagard du vieil Hamlet (somnambulique Myke ALIAS) sont grandis par les voix et les chorégraphies étranges qui font aussitôt de l’espace scénique un lieu de vertige et d’étourdissement.

La mécanique infernale de la tragédie est d’ores et déjà lancée, sinistre et faussement joyeuse danse macabre où défilent, dérisoires ou tragiques, les « têtes à massacre » de la pièce : tête de « maquereau », (fishmonger) de Polonius, vieux bavard raisonneur et ridicule (malignement interprêté par Robert ANGEBAUD), têtes à claques de Rosencratz et de Guildenstern (courtisans avides, dont les deux comédiens Christophe CAULE et Charlie DUVAL accentuent avec brio la vénalité et la superficialité), tête brulée de l’oncle criminel, Claudius, enfoncé dans la fange et la luxure, se livrant sur scène à des étreintes lascives avec la reine comme avec une courtisane, tête de mort de Yorrick que Hamlet fait revivre (« où sont tes rires, tes fredaines… »), tête fausse et artificieuse de la reine Gertrude occupée seulement à varier ses toilettes et ses parures pour plaire à son « coq » de basse cour, se pavanant languissamment dans sa baignoire devant son fils aliéné (déchainement oedipien astucieusement souligné par le jeu de Marine MANFREDI).

Si Hamlet tergiverse, hésite à céder aux instances surnaturelles, « Remember me ! Remember me ! (paroles fatales répétées par le chœur et qui vibrent, implacables dans le soir devenu sombre), il déclenche néanmoins le mouvement frénétique de la « branloire » infernale chère à Montaigne. Après l’apparition du spectre, Hamlet avait déjà évoqué le « globe déjanté » dans lequel l’homme perdait tout sens de l’orientation… Depuis que la pourriture est affichée, proclamée comme enseigne de tout le royaume, depuis que le ver est définitivement dans le fruit, (le fossoyeur le rappellera à son heure), le monde s’est mis à tournoyer, le monde « marche sur la tête » et ne vaut au fond pas mieux que la tête de mort avec laquelle jouera le fossoyeur (désarmante insouciance de charbonnier affichée joyeusement par Anthony-Paul DRONZIN). Pierrick VANNEUVILLE, qui travaille tout au long de la pièce à découvrir, par son interprétation, toute la complexité du personnage d’Hamlet, fait, à un certain moment, le choix de la désinvolture. Désemparé après sa malheureuse aventure en mer, assis sur une tombe avec Horatio, il rattrape le crâne que lui envoie le fossoyeur comme une balle de hand-ball : ultime facétie du bouffon Yorick ou préambule à une méditation sur la vanité des vanités ? « Fais-la rire avec ça ! »… Fais-nous rire avec ça !

Hamlet est le bouffon, plus sage dans sa folie que n’importe qui. Tout stupide qu’il était, Polonius avait bien remarqué avant sa mort que la démence de Hamlet ne manquait pas de logique ! Hamlet, qui enviait les comédiens, est devenu l’acteur principal et, dans le cimetière, il se met à frisonner. Il frissonne devant la danse macabre qu’il a lui-même ouverte, prenant sa part dans le terrible jeu de massacre dont la victime la plus tendre est la belle Ophélia, (souriante et touchante Noémie COLARDEAU qui incarne une Ophélia bienheureuse et naïve), Ophélia assommée par la folie et finalement portée par le chœur des jeunes filles vêtues de blanc ; massacre de la raison et de l’avenir que Hamlet incarnait lui-même naguère, avant qu’il ne décide définitivement de tourner le dos à sa mémoire, à son équilibre et à son éducation… Massacre du dernier acte enfin, au moment du duel orchestré par un souverain empêtré dans ses fautes (Olivier DUMAS incarne un Claudius rigide et scrupuleusement coupable).

Après la chute libre de ce théâtre des fous au fond de ces sphères métaphysiques, la dernière scène de la pièce laisse entrevoir, par la mise en scène, un retour à l’équilibre de « l’assiette ». Le jeune Fortimbras de Norvège pénètre sur le lieu du massacre où gisent pêle-mêle Hamlet, Laërte (frémissant Dorian LOPES), Gertrude, Claudius. « Horrible ! Horrible ! »… Il demande à ses gardes de redresser Hamlet et de le remettre à hauteur d’homme. Sans chemise, tout dégoulinant du combat qui vient de s’achever dans le vin et dans le sang, pitoyable marionnette désarticulée qui ne tient déjà plus qu’à un fil… A Horatio de tenter de le recoudre pour en tirer l’intrigue ! Et dans le fond du théâtre, le chœur des percussions fait sourdement écho au moment tragique. La nuit est profonde. Il est deux heures trente du matin. Les étoiles sont allumées. Au fond de sa galerie, le vieil Hamlet peut reposer en paix.

Théâtre du Jour. Agen

Théâtre du Jour. Agen

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 16:42
Isabelle Autissier sur le ponton du lycée

Sur le petit espace scénique de la salle polyvalente, Isabelle Autissier est, face aux quatre classes invitées à la rencontrer, comme sur les planches d’un ponton. Assise sur le bord d’une table, l’œil vif, les manches de pull retroussées, elle parle des alizés, des courants marins, des formes des nuages, des glaciers, des « cônes volcaniques tout verts » des Açores, des eaux limpides bleues, vertes, violettes, parfois noires et des couleurs de la mer qui varient au gré des « humeurs » de l’atmosphère et des coups de gouvernail. Au cœur de l’océan, son bateau est « une boule dans le cosmos ». Elle a des souvenirs de grandes falaises, des souvenirs d’albatros et des souvenirs de tempêtes. D’un compagnon disparu dans le gouffre et dans le noir. Aux confins de l’émerveillement et du « jeu » de la course, il y a toujours les confins du chaos.

Elle les connaît bien, ces contraintes de la navigation et ces cartes maritimes sur lesquelles, dès l’enfance, elle a rêvé avec son père. « Tant que j’aurai des cartes, le monde sera mon jardin » écrit-elle dans ses « Chroniques au long cours ». Véritables livres d’images, romans fabuleux, ces cartes lui ont très tôt, parlé de phares et de balises, de courses en solitaire ou en équipage et de pays merveilleux souvent croisés à trop grande vitesse.

Comme en course, quand elle était « sur la brèche » pendant trois mois, ne s’accordant que des périodes de vingt minutes de sommeil, elle se dit toujours vigilante, accrochée au gouvernail de sa destinée. Ecrivain en quête de fiction et de sensations, elle se compare à « une éponge » qui, même au cœur du mauvais grain, sent lever en elle la moisson de l’écriture, « s’imprègne » de paysages, de gens et d’émotions.

L’existence est une grande carte. « J’ai, grâce aux cartes, compris comment on pouvait naviguer, anticiper dans sa tête bien avant de lever l’ancre ». Dans une autre vie, la navigatrice vagabonde et sans attaches a été ingénieure, a travaillé avec les pêcheurs dans le port de Brest, relevé le défi de courses en solitaire ou celui de courses en équipages. Dans un espace clos, il faut apprendre à tout supporter, les claques des grands vents et les « têtes à claques ». La porte de la salle polyvalente est fermée, mais aucun des élèves embarqués ce matin ne ressent vraiment l’envie de sortir. A bord de ce bateau, le skipper se sent spontanément une âme de conteuse. Elle conte avec passion ses aventures. Elle fait des conférences. Elle écrit des livres et des articles. Dans ses ouvrages, elle invente des histoires et part à la découverte des anciennes populations et de leurs conditions de vie. Pour cela, elle milite aussi en faveur de l’environnement.

Dans ce domaine, il y a urgence. 48% des espèces ont disparu en cinquante ans et le réchauffement climatique n’est pas une légende... C’est là l’une de ses convictions : protéger l’environnement, c’est refuser la dégradation du milieu de vie. Protéger l’environnement, c’est par conséquent protéger les populations, les prémunir contre les dérives de toutes sortes, les défendre contre les inévitables abus de pouvoir. Les crises font toujours le lit des dictatures...

Et discrètement, la Rochelaise d’adoption évoque Xinthia et la perspective d’une grande conférence sur le climat. Tout le monde est concerné, et d’ailleurs, des signes positifs sont depuis quelque temps envoyés par les grands pays industrialisés... La Chine, les Etats-Unis prendraient-ils enfin conscience de la nécessité des décisions ? Le climat, la planète, c’est aussi l’affaire de tout le monde...

La notoriété peut aider dans ce combat et peut aussi aider dans le partage des idées et des émotions. Choix de vie ? Pas de regrets, répond-elle à la question que lui pose une élève à ce sujet... Elle a le sentiment d’avoir tenu la barre. Elle adresse le message aux adolescents qui l’écoutent. L’essentiel est de savoir saisir les opportunités pour essayer d’aller de l’avant dans un monde qui change. Certes, aujourd’hui, on ne peut plus naviguer comme il y a quarante ans... Traverser le Sahel, parcourir le monde, des fleurs dans les cheveux, aller en deux chevaux Citroën jusqu’en Afghanistan, caboter au large des côtes somaliennes... Tout ça, c’était avant !

La course folle est terminée. Désormais, Isabelle veut prendre le temps. S’arrêter sur le rivage, regarder le sable de la plage, aller à la rencontre de ces « autres hommes » qui vivent sous d’autres climats, en Patagonie, en Nouvelle-Zélande, aux Açores. Comme Emilie, personnage de son roman, l’Amant de Patagonie, elle ouvre toujours des yeux émerveillés sur les paysages et sur les Indiens qu’elle rencontre.

Près de la ville d’Ushuaia où est ancré son bateau, elle pense à ce peuple de pêcheurs cueilleurs qui ont vécu là, avant l’arrivée de l’autre civilisation. Ces « bons sauvages » qui savaient vivre autrement mais dont il reste, hélas, si peu de témoignages... C’est de cette réflexion qu’elle a nourri la matière de son livre. « Quel est votre modèle de roman ? » interroge un élève, soudain entrainé dans les méandres de la Littérature. Sans hésiter, Cent ans de solitude, de Garcia Marquez... Cent ans de solitude, un fabuleux roman espagnol où se mêlent à la fois paysages, croyances, légendes, idées, aventure humaine, personnages hauts en couleurs... Quand elle répond, Isabelle a les yeux qui brillent : oui, décidément, c’est comme ça qu’il faudrait écrire, c’est vers cela qu’il faut aller, mettre le cap... Inventer une histoire et lancer « la mécanique des idées », la mécanique et la voilure de l’albatros...

La littérature est un trois-mâts en mouillage dans un grand estuaire. Patagonie, Polynésie, Nouveau-Monde... Combien de marins ont témoigné, eux aussi, de ce qu’ils avaient vu ! C’est ce type de livre qu’elle continue de lire... Isabelle tourne les pages comme elle hisserait de grandes voiles...

Et au terme de ces deux heures, dans l’enceinte du lycée, un équipage d’environ cent-vingt mousses impatients, aux alentours de midi, a bel et bien changé de continent. Le Vieux-Port de La Rochelle n’est, après tout, qu’à un kilomètre de distance...

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 05:03

Marcher, du même pas que les autres, avec le même regard et le même équipage. Se tenir debout, bien droit, sentir ses jambes et ses talons. Tourner le dos, laisser l’ombre s’en aller, regarder vers l’horizon. Marcher... Avoir du vent dans les semelles et des vers dans la tête. S’en aller loin, bien loin, avec Rimbaud. Ecraser la boue de la barbarie, le gravier des fanatismes, marcher dans les Lumières. Marcher avec Montesquieu, avec Voltaire, avec Rousseau : quand on marche, on pactise ! « La marche a quelque chose qui anime et avive les idées : je ne puis presque penser quand je reste en place; il faut que mon corps soit en branle pour y mettre mon esprit ». Marcher, sous le feu des pensées et parmi les penseurs. Marcher avec Montaigne, dans l’espace de la « librairie », « mes pensées dorment si je les assis, mon esprit ne va si les jambes ne l’agitent ». Marcher avec Rabelais, Camus, Zola et Victor Hugo. Marcher dans les rayons des livres et les rayons du soleil. Marcher, et ne regarder ni l’or du soir qui tombe, ni les voiles au loin... Marcher avec Arthur vers l’Orient, avec Théodore, dans le désert, marcher avec Kérouac sur le goudron, dans les villes et dans les rues. Marcher la mine grave. Marcher, tirer sur tous les tendons de l’esprit, monter sur la pointe des stylos et sur la mine des crayons. Dessiner dans le ciel la forme des nuages. Ouvrir au beau milieu de la voie lactée, une voix Charlie. Et toutes les étoiles suivent Charlie.

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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 16:33

Il y a des films qu’on a l’impression de regarder avec un livre derrière la tête. C’est le cas du dernier film d’Anne Fontaine, « Gemma Bovery », et le livre... ce n’est rien moins que le chef d’œuvre de Flaubert : « Madame Bovary »...

Dans le fournil où il pétrit son pain et remâche inlassablement ses rêves littéraires et ses frustrations, le héros du film c’est Joubert, le boulanger du village, incarné par Fabrice Luchini, que l’on sent profondément ému de jouer « pour Flaubert » et « pour la Littérature »... Dans ce trou de Normandie, patrie de son maitre où il a repris l’affaire de ses parents, Joubert est en quête de paix et de sérénité. Il a posé dans son « gueuloir à pain » un grand portrait de l’auteur de « Madame Bovary » et, tandis que le pain cuit, que la croute durcit, branché sur France Culture, il écoute Patrick Dandrey et Raphaël Enthoven lui parler de Flaubert.

A ses heures creuses, flanqué de son chien Gus (tave ?), il médite et arpente la campagne cauchoise, pose un regard fatigué sur les arbres silencieux, la pluie trop insistante et les bâtisses en ruines. Le roman de Flaubert l’habite de façon obsédante. Il en est imprégné, il en écoute le chuintement permanent pendant que la vie tourne autour de lui... Un fils « crétin » qui ne pense qu’aux vidéos mais à qui le collège a toutefois demandé de lire Tourguéniev, une femme sarcastique, qui s’agite dans sa boutique et ne comprend rien aux nuages du « bovarysme ».

Mais rien n’échappe cependant à sa vigilance lorsque son mari bascule du côté de ses fantasmes... C’est en effet une situation trop facile, trop évidente qui s’offre au boulanger trop rêveur à son goût. Le couple d’Anglais qui s’installe à côté de chez eux s’appelle Bovery, et elle se nomme Gemma et lui, le comble, c’est Charly ! Elle la voit venir, cette Gemma, avec ses airs indolents et sa tranquille oisiveté. Fataliste et presque indifférente, la « femme du boulanger » assiste alors, en même temps que le spectateur, à la lente métamorphose de son vieux compagnon dont la pâte, trop molle et trop humaine, se lève au sillage de ces grands chapeaux anglais, de ces robes à forget me not... Une sensualité éparse, à fleur de peau, un charme ravageur que la languissante Londonnienne promène dans la campagne, en même temps que sa petite chienne Carrington dont Gus, moins élégant que son maitre, vient renifler l’arrière-train... Dans la touffeur de l’été normand, la passion monte, libère les transpirations, les pulsions. A l’approche de l’automne, la pluie « étale ses immenses trainées » puis soudain tombe en trombe et tous les sentiers boueux deviennent les allées d’une nymphette équipée de petites bottes en caoutchouc qui savoure la campagne comme un calva, un croissant, en grinçant des quenottes.

L’œil du spectateur se pose sur la silhouette. Le temps est suspendu, tandis que la caméra d’Anne Fontaine montre le visage, la gorge, les épaules et les jambes de Gemma. C’est le regard de Flaubert qui se superpose à celui de Joubert, et la captivante vision d’un corps échauffé dont la nature torride fait exploser tous les repères. « Quand Gemma est arrivée, souffle Joubert, j’ai mis un terme à sept ans de tranquillité sexuelle... » C’est le même saisissement qui s’empare de Charles la première fois qu’il voit Emma à la ferme des Bertaux: « Le grand air l’entourait levant pêle-mêle les petits cheveux follets de sa nuque ou secouant sur sa hanche les cordons de son tablier, qui se tortillaient comme des banderoles. Une fois, par un temps de dégel, l’écorce des arbres suintait dans la cour, la neige sur les couvertures des bâtiments se fondait. Elle était sur le seuil ; elle alla chercher son ombrelle, elle l’ouvrit. L’ombrelle, de soie gorge-de-pigeon, que traversait le soleil, éclairait de reflets mobiles la peau blanche de sa figure. Elle souriait là-dessous à la chaleur tiède ; et on entendait les gouttes d’eau, une à une, tomber sur la moire tendue ».

Tout le récit s’inscrit dès lors dans une sorte d’ironie tragique, et Joubert, confondu, assiste à la lente déconfiture de la jeune Anglaise assaillie par les dettes, les tourments amoureux et l’ennui. Avec une pointe de voyeurisme, d’excitation résignée et de sadisme de plus en plus clairement assumé, il participe au scénario qu’il connaît par cœur. La coïncidence est trop grande à ses yeux et c’est lui l’agent du Destin quand il met le roman de Flaubert dans les mains de Gemma. La demoiselle aux bottes en caoutchouc affirme « qu’il ne s’y passe rien » mais que « c’est drôle ». La formule est juste, proférée avec un tel sourire qu’elle éblouit Joubert. « Madame Bovary, un roman sur rien... »

Mais quand « le rien » est bousculé par la passion torride, tout bascule sous les yeux hallucinés de Joubert, qui trouve toujours un moyen d’être là où il faut et quand il faut ! Les moments de plénitude de Gemma sont soulignés par des scènes érotiques particulièrement bien filmées. Dans le château de Hervé, le jeune hobereau qui remplace le Rodolphe du roman... Dans la voiture de Gemma qui métamorphose le fiacre de Léon en Combi aux couleurs flashy... Le capot est encore fumant quand l’engin s’arrête enfin et le désordre du moteur et des cheveux de Gemma en disent long sur la course folle qui vient de s’achèver au pied de la cathédrale où Joubert, pour coller au roman, guettait désespérément l’occasion !

Il faut bien l’avouer, Gemma courtisée et amante ne souffre pas à la façon d’Emma. Elle prend du plaisir avec les hommes et sait ce qu’elle veut. Elle est plus simple, plus spontanée. Mais la pensée de Joubert cherche sans relâche à la rattraper, à l’enserrer dans les filets d’Emma, à la sauver enfin... (Fantasme d’un boulanger super héros qui emporterait, bien loin de la déprimante Yonville l’Abbaye, la romantique et ardente Gemma ?) « Sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord et l’ennui, araignée silencieuse, filait sa toile à tous les coins de son coeur. »

L’ombre d’Emma pèse de plus en plus lourd au-dessus de la malheureuse Gemma. Autant que la frustration grandissante de Joubert... Comme Joubert ébloui, le spectateur est aussi le lecteur acharné de la tragédie flaubertienne. Inexorablement, il tire les ficelles et assiste enfin au scénario attendu, la mort de Gemma, différente cependant et plus grotesque. Au moment du dénouement, elle n’est déjà plus qu’un souvenir, « un flambeau allumé sur un village désespérément ignifugé » comme l’a écrit Julien Gracq à propos de la véritable Emma. La vie reprend comme avant et Joubert n’a plus qu’une chose à espérer : voir revenir, six mois après le drame, dans la maison de Gemma, de nouveaux voisins. On est au cœur de l’hiver, la neige blanchit les toits et, aux dires de certains, la nouvelle héroïne s’appellerait Anna Karénine ou plutôt « Kalénine »...

Madame Bovary; cinéma; Fabrice Luchini

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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 04:18

Serge est un esthète, un dandy dénicheur de textes littéraires un peu oubliés. C’est le cas du sonnet de Félix Arvers qui connut, en pleine période romantique, son heure de gloire... J’y réserve un petit chapitre dans la version narrative de « Ma Rue de Verneuil ». Dans l’espace si contraignant d’un seul sonnet, le mélancolique et dépité Arvers parvient à manifester tout son amour et sa rage à l’encontre d’une belle idiote qui s’extasie et ne comprend pas que c’est elle la muse de l’amant sensible et raffiné qui meurt d’amour pour elle !

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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 18:25

La seule chanson qui soit de Victor Hugo dans le répertoire de Serge s’intitule « la chanson de Maglia ». le thème qui y est abordé est pour le moins fondateur de l’une des grandes thématiques de l’univers gainsbourien : celui de la laideur... et de son cynisme en face de la beauté...

Hugo Gainsbourg

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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 08:26

Avant le cynisme, Serge penche du côté romantique et j’ai souvent évoqué au moment de la conception des textes, la pureté de Sergio. C’est à ses grands modèles, Hugo, Musset, Nerval qu’il se réfère. Malgré les dérives de chacun, on retrouve dans leurs textes, leurs poèmes ou leurs personnages un versant pur et idéaliste. Je propose de faire un détour par ces « romantiques » du début du XIX° dont Serge a emprunté le profil ou les textes.

Par exemple Nerval... Sur un rythme étonnant ce poème qu’il a baptisé « le Rock de Nerval »...

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 04:56

A la différence des autres, le personnage de Sergio est un pur, un pur qui finit par reculer devant les « turbulences » dont il est pourtant responsable... C’est un peu la thématique tragique du double qui fait que, entrainé par le personnage qu’il a commencé à jouer, l’être se délite et finit par ne plus se reconnaitre. On peut penser par exemple au Lorenzaccio de Musset... Le double est fondamental pour entrer dans l’univers de Gainsbourg. En cela, il ressemble au complexe Alfred de Musset dont il a mis en musique l’un des poèmes.

Musset; Gainsbourg

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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 07:59

Autre moment d’insulte, c’est lorsque le gang Barrow “montre les dents”! Ils ont capturé un shérif et cherchent à l’épouvanter. Les insultes pleuvent, “vieille canaille” bien évidemment sans oublier l’inévitable “con!”, issu du fameux “requiem pour un con”, base d’un ballet claquettes à trois filles, véritable danse de guerre.

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