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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 07:17

Rues le 21 (6) [1600x1200]

 

Au détour de deux grandes artères, avenue Général Leclerc d’un côté et Chemin des Remparts de l’autre, ils avancent la grâcieuse « molesse » d’un jeune éléphant » comme l’écrit Baudelaire. La Rochelle n’est pas une de ces villes comptoirs de l’Inde où le commerce s’affiche dans la diversité de ses moyens de transport. Les oreilles sculptées de ces éléphants de pierre ne balancent pas au milieu de la foule cosmopolite, mais elles affichent dans la mémoire de la cité, ce souvenir des liens entre La Rochelle et la Côte d’Ivoire.

                 Le capitaine au long cours Arthur Verdier (dont le nom figure sur le monument aux côtés de ses deux associés Amédée Brétignère et Marcel Treich-Laplène) débarque en 1863 dans la ville de Grand-Bassam à bord d’une goélette chargée de pacotilles. Il crée des relations avec des tribus locales et jette ainsi les bases d’un comptoir d’échange avec la Côte d’ivoire...

                 Les effluves de café flottent encore au-dessus de la petite place aux palmiers où les éléphants sont désormais pétrifiés, gardiens jaloux des trois négociants dont les noms restent gravés. Rêvons un moment de paresse en écoutant ce poème de Leconte de l’Isle intitulé « Les Eléphants »

 

Tel l'espace enflammé brûle sous les cieux clairs.
Mais, tandis que tout dort aux mornes solitudes,
Lés éléphants rugueux, voyageurs lents et rudes
Vont au pays natal à travers les déserts.

D'un point de l'horizon, comme des masses brunes,
Ils viennent, soulevant la poussière, et l'on voit,
Pour ne point dévier du chemin le plus droit,
Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes.

Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps
Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine
Sa tête est comme un roc, et l'arc de son échine
Se voûte puissamment à ses moindres efforts.

Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche,
Il guide au but certain ses compagnons poudreux ;
Et, creusant par derrière un sillon sablonneux,
Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.

L'oreille en éventail, la trompe entre les dents,
Ils cheminent, l'oeil clos. Leur ventre bat et fume,
Et leur sueur dans l'air embrasé monte en brume ;
Et bourdonnent autour mille insectes ardents.

Mais qu'importent la soif et la mouche vorace,
Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé ?
Ils rêvent en marchant du pays délaissé,
Des forêts de figuiers où s'abrita leur race.

Ils reverront le fleuve échappé des grands monts,
Où nage en mugissant l'hippopotame énorme,
Où, blanchis par la Lune et projetant leur forme,
Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs.

Aussi, pleins de courage et de lenteur, ils passent
Comme une ligne noire, au sable illimité ;
Et le désert reprend son immobilité
Quand les lourds voyageurs à l'horizon s'effacent.

 

Rues le 21 (7) [1600x1200]

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Eric Bertrand - dans voyage
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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 07:14

Rue le 31 (3) [1600x1200]

 

               « Quant à l'affranchissement des esclaves, on conçoit en effet que si les actes en étaient multipliés à un certain point, ces affranchis pourraient en grand nombre venir habiter le royaume, s'y mêler avec le sang François par des mariages, et faire passer à leurs enfants leurs inclinations vicieuses, dont les traces se retrouveraient jusque dans une postérité fort reculée. C'est à quoi on n’avait pas d'abord fait assez d'attention. La faveur de la liberté l’avait emporté sur le bien de l'Etat »

                Pas ces propos tenus en 1790 afin de contrer la pensée de l’armateur Missy défendant la cause des Noirs, le juriste Valin flattait la bonne conscience de beaucoup de Rochelais qui avaient trouvé dans le commerce triangulaire une prospérité économique. Citons par exemple le nom de « Rasteau » qui a son square à La Rochelle, tout près de la rue de l’Escale. Les Rasteau étaient une famille d’armateurs et de négociants. Ils menaient des négoces avec Saint Domingue où ils vendaient des esclaves africains.

                 Le quai Valin épouse l’arrondi du port, ouvre sur les deux tours et la fenêtre gris bleu de l’océan. Les bateaux qui quittent le port servent de point de fuite à ce mouvant tableau. 

 

Rue le 31 (9) [1600x1200] 

 

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Eric Bertrand - dans voyage
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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 06:00

Rues le 30 [1600x1200]

               Dans ce contexte d’euphorie où même les planteurs font figure de pasteurs de leurs troupeaux, les armateurs « surfent » sur la vague esclavagiste. Il faut contenter la demande et, du moment que les affaires vont bon train, pourquoi se poser des questions ?

               Dans les années 1790, en dépit de l’indignation qu’il soulève chez ses concitoyens, mais au nom de principes humanitaires, l’armateur Samuel de Missy « s’indigne » contre la pratique de l’esclavage et milite en leur faveur au sein de la société des « Amis des Noirs ». Immédiatement, c’est le tollé à la Rochelle ! On le juge traitre à son clan et on tente de lui faire comprendre les conséquences de sa prise de position...

               Après maintes hésitations, Missy doit ravaler ses scrupules humanitaires et rallier l’avis général : certes, il peut arriver que certains Noirs soient maltraités au sein des exploitations ou durant la traversée à bord de goélettes relativement inconfortables, mais tout de même ! Ces créatures gagnent plus qu’elles ne perdent ! Et puis, un honnête Rochelais de la trempe de Samuel de Missy voudrait-il vraiment se rendre coupable de la ruine de ses concitoyens ?...

 

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Eric Bertrand - dans voyage
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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 05:59

Suite rues (15) [1600x1200]-copie-1

             Nous sommes en plein XVIII° siècle et le commerce triangulaire fait la fortune de nombreux armateurs installés dans les villes de Bordeaux, Nantes ou La Rochelle. L’exploitation d’esclaves noirs ou « bois d’ébène » est à la base de cette prospérité « C’est à ce prix que vous mangez du sucre » s’exclame le nègre du Surinam dans « Candide ». Le fait est qu’à ce prix en effet, il vaut mieux fermer les yeux de la conscience afin de  maintenir une source juteuse de profits de diverses sortes.

              Même des philosophes comme l’auteur de « Candide » ou Montesquieu qui a pourtant, lui aussi, souligné les injustices et les discriminations à l’égard du peuple noir, ne l’ont fait qu’à moitié pour préserver quelques unes de leurs actions dans la Compagnie des Indes.

              A La Rochelle, l’activité remonte à 1640, et le commerce opère notamment avec la Martinique, la Guadeloupe ou Saint-Domingue. Comme à Nantes ou à Bordeaux, de splendides hôtels particuliers rue Réaumur, Rue de l’Escale ou Admyrault en sont les signes. Les Rochelais soutiennent aisément la thèse selon laquelle les Noirs sont de grands enfants, « à l’inclination vicieuse » comme l’écrit en 1790 le juriste rochelais Valin... Les Occidentaux sont la providence de ces « sous-hommes » qu’il faut aider et sortir des ténèbres.  

Comme l’écrit ironiquement Montesquieu !

Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils font plus de cas d’un collier de verre que de l’or, qui, chez les nations policées, est d’une si grande conséquence.

Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

 

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Eric Bertrand - dans voyage
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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 06:00

Rues le 21 (14) [1600x1200]

 

               La Place des Petits Bancs était jadis un lieu de transactions et d’échanges à une époque où La Rochelle était un carrefour. Les agents de change, chargés de veiller à la bonne circulation des monnaies, officiaient dans de petits ouvroirs.

               Comme à la Fontaine du Pilori, une fontaine coulait au centre de la place et fournissait de l’eau à bon marché pour les marins qui venaient y remplir leurs barriques, à l’image de l’ancienne sculpture appelée « la Source » ou « Rebecca ».

                Rebecca était une femme portant une cruche. Elle a été remplacée par une autre figure de La Rochelle, le peintre Eugène Fromentin qui est aussi un mélancolique écrivain, travaillé par le « vague des passions ».

 

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ?

 

                Lamartine trouve un écho à sa mélancolie sur les bords du Lac du Bourget et Fromentin s’en va vers les rivages algériens où la lumière orientale enrichit son regard de peintre inspiré par Delacroix.

                Sous le regard bienveillant de Rebecca, la vie du port, de la ville et des affaires coulait paisible, alimentée par les eaux du Lafond. 

 

Rues le 21 (16) [1600x1200] 

 

 

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Eric Bertrand - dans voyage
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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 06:07

Rues le 21 (18) [1600x1200]

 

             L’actuel palais de Justice de La Rochelle a été bâti sous Henri IV. En ce temps-là, la justice exposait ses victimes dont elle donnait à voir au passant des exemples édifiants. Sous les arcades, ne rôdent pas seulement les « fantômes du chapelier » de Simenon mais aussi ceux de ces brigands, jadis attachés aux piliers par le moyen d’anneaux scellés dans la pierre. Mis au pilori en quelque sorte, ils étaient exposés à la vindicte publique et essuyaient le mépris et les quolibets de la petite piétaille bien pensante.

              Ecoutons la voix désormais familière d’un poète larron, François Villon...

 

Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez pas vos cœurs durcis à notre égard,
Car si vous avez pitié de nous, pauvres,
Dieu aura plus tôt miséricorde de vous.
Vous nous voyez attachés ici, cinq, six:
Quant à notre chair, que nous avons trop nourrie,
Elle est depuis longtemps dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poussière.
De notre malheur, que personne ne se moque,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

 

                Echo de cet usage du pilori peut-être, tout au bout de la rue du Minage, la Fontaine du Pilori ou du Puits Lori qui coulait tout au fond d’une profonde fosse, comblée en 1711... On y accédait pour le ravitaillement en eau potable, par deux escaliers périlleux, surtout en temps d’hiver, quand les seaux remplis d’eau se renversaient sur les marches !

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Eric Bertrand - dans voyage
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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 05:54

Rues le 26 (13) [1600x1200]

 

             Dans cette rue qui donne d’un côté sur le Mail, de l’autre sur l’avenue Guiton, se succèdent de grosses villas dont certaines ont des airs art déco. La plupart portent des noms : Alsace, le Bocage, Sole Mio, Brise de mai, Thétis, Néreïdes et rappellent les villas de La Baule les Pins ou celles d’Arcachon.

             L’écrivain Georges Simenon (à qui je consacrerai un article prochainement) a habité la Villa Agnès, située côté Mail, en face de la majestueuse Villa Alsace. Un peu plus loin, au 19, une maison, dont le jardin a des profondeurs insoupçonnées,  résonne encore des rires des taquines sœurs qui ont inspiré au romancier « La Maison des sept jeunes filles »...

             Ces demoiselles, légères et facétieuses, parmi lesquelles le romancier a trouvé sa future secrétaire, donnaient des rendez-vous aux garçons dans les taillis du grand jardin situé derrière la maison.

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Eric Bertrand - dans voyage
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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 07:17

Rues le 21 (20) [1600x1200]

 

                  Représentant légal d’une cité qu’il sait profondément protestante, l’ancien armateur Jean Guiton ne désarme pas. En 1627, Louis XIII ordonne le siège de La Rochelle qui va durer plus d’un an, de septembre 1627 à octobre 1628.  C’est « le Grand Siège » qui commence... Les troupes françaises, commandées par Richelieu encerclent la ville. Une digue  longue de 1500 mètres et haute de 20 mètres est construite pour empêcher tout ravitaillement par la mer.

                  L’Angleterre, qui soutient La Rochelle, abdique : Buckingham, ne pouvant compter sur un appui dans l’ile de Ré, pourtant protestante, est obligé de rebrousser chemin. Mais « la rebelle » ne se rend pas. Le maire l’affirme haut et fort et face au défi que Richelieu lance à la ville, Guiton donne un violent coup de couteau sur le marbre de son bureau : la marque de ce coup de couteau est encore visible.

                  Mais le siège est impitoyable et, face au naufrage de la population, Guiton sera plus tard amené à capituler et ainsi, il obtiendra la vie sauve.

 

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Eric Bertrand - dans voyage
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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 06:32

Rues le 21 (21) [1600x1200]

                 Ils sont plusieurs maires à avoir laissé la marque de leur présence dans la ville et le nom de ses rues... Guillaume de Montmirail, (non, pas celui du film « les Visiteurs » !) premier maire de l’histoire de France en 1199, Jean Chaudrier qui libéra la ville lors de la guerre de 100 ans, Léonce Vieljeux déporté et fusillé pendant la seconde guerre mondiale. L’un de ces maires atypiques incarne particulièrement la mémoire de la ville, il s’agit de Jean Guiton.

                 Sa statue se dresse au milieu de la place de l’Hôtel de ville, toise le bel édifice qui abrite la statue d’Henri IV. Le bon roi est en face, les chiffres de son nom, « HN », Henri de Navarre, se mêlent à divers endroits du bâtiment. A La Rochelle, il a passé une partie de son adolescence, éduqué selon des principes calvinistes par sa mère Jeanne d’Albret. Il acquiert, dans les murs de la cité rochelaise, cette pensée réformiste qui va faire de lui l’instigateur de la signature de l’Edit de Nantes. Plus tard, il devra sa formation militaire à un certain Gaspard de Coligny dont une rue de La Rochelle, perpendiculaire à la Rue d’Albret garde aussi la mémoire. 

 

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Eric Bertrand - dans voyage
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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 06:02

images

              Le siège de La Rochelle va durer plus d’un an, de septembre 1627 à octobre 1628. Malgré le soutien de la flotte anglaise tenue à distance au large de l’Ile de Ré, la ville est progressivement mise à l’écart des ravitaillements et inexorablement affamée.

              Témoin direct des affres que traverse la ville, Mervault circule dans un décor de désolation… Rue des Petits Bancs, les cariatides grimacent. Autour de lui, bêtes sauvages noyés sous des oripeaux humains, des malheureux affamés guettent l’espace de la rue, se jettent sur tout ce qui bouge, animaux domestiques, chevaux, ânes, rats, vers de terre, asticots. Sur un petit calepin en cuir qu’il mord pour tromper la faim, il note, à la date du samedi 21 octobre 1628 :

 

«Il ne restait plus ni herbes, ni limaçons aux champs ; le recours était à tous les objets de cuir et de parchemin ; on mangeait du bois pilé, du plâtre, de la terre, de la fiente (ce que j'ai vu de mes yeux), des charognes, des os, que les chiens avaient autrefois rongés (...) »

 

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