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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 11:11

Il est prêt... Après des mois intenses et (aussi!) deux ans de gestation... "Le Coffre de Rimbaud", à paraître la semaine prochaine...

Rimbaud, Migrant

Rimbaud, Migrant

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 09:02

Après un beau succès de la troupe devant le public étudiant à La Rochelle, sur le Festival Mimésis, les comédiens préparent avec le metteur en scène Camille GEOFFROY, la seconde partie de la fable "l'Ile du Petit Ecran" dont voici un premier visuel et la thématique...

"En 2084, les antennes du pouvoir en place ont l’idée de produire une nouvelle émission de téléréalité en exhumant les vieilles références du Petit Ecran. « L’Ile du Petit Ecran » : tel est le nom de ce nouveau programme révolutionnaire. Y participent de jeunes volontaires qui, ne connaissant pas encore le véritable objectif de la Production, s’engagent corps et âme sur un plateau où règnent déjà défiance et narcissisme. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises… Pour le plaisir et l’édification du spectateur."

Téléréalité

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 18:59

Le premier jour, « ça fait pleurer le bon dieu » et dans le transistor, il a chanté « Ivanovitch ». L’enfant et l’adolescent ont trouvé que c’était beau.

Le deuxième jour, au bord du tourne disques, il a chanté « la Cavalerie », et le voyageur un peu soixante-huitard, un peu hippie sur les bords, a senti qu’il était prêt à partir sur les routes. Et le même jour, sur les plages des 33 tours, il a microsillonné « la Californie », « Niagara », « le caravanier » et « Zucayan ».

Le troisième jour, dans l’autoradio, il y a eu « Laissons entrer le soleil », et des fleurs semées dans les gares et les cheveux de l’auto-stoppeur. Sur les plages, coulaient dans le sable « des jours entiers à t’aimer » et « des larmes sucrées ».

Le quatrième jour, Rolo le baroudeur a quitté le groupe, s’est isolé en Bretagne, a regardé la mer, « Yann et les dauphins », « là-bas vers Ouessant ». Sous l’immensité de l’océan, chantaient toujours les sirènes, « les Menhirs » et « la Citadelle ». « J’ai eu trente ans », le Breton a vibré dans sa lande en regardant « les tristes blockhaus amers, où il fait froid ».

Le cinquième jour, « la côte gardait sa rage et le froid crachin son rire ». Le goéland éperdu râlait et tournait « où mer et rochers s’aiment », et le vent a poussé son archet dans la tempête, « à quoi sert une chanson, je veux être utile ».

Le sixième jour, « les aventures à l’eau »… la tête dans le walkman, « ballade pour un fou », le promeneur solitaire a laissé couler des larmes. Chanson sourde de la pluie, « souffrir par toi n’est pas souffrir », « la petite sorcière malade traverse le marécage, avec son balai brisé à la main ». Peut-être pour balayer « les souvenirs amers »…

Le septième jour, dans le casque, « l’éléphant est déjà vieux », et les oiseaux sifflaient, « fixaient le ciel désespéré de leurs yeux tout grillagés ». Mais si « le petit vieillard chantait mal », il a gardé son coeur « mi volcan mi rocker », « fou peut-être » et il a dansé avec les oiseaux dans les arbres. Et le patineur un peu fantasque aux yeux des autres a regardé encore la lune, les femmes boréales, les filles du feu, le phare des vagabondes, et il a posé un regard émerveillé sur « les jours de joie ».

Et Julien a trouvé que c’était bien.

Julien Clerc

Julien Clerc

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 09:12

Le Baladin du monde occidental… Joli titre, si léger en ce début de siècle, opaque pour l’occident… Nous sommes en 1907 et l’Irlandais Millington Synge évoque l’Irlande gaélique, celle du Connémara et des îles d’Arran, terres sauvages qu’il a longtemps sillonnées. Apreté du scénario, violence du verbe, contrastes des personnages… Tout contribue à renforcer l’impression rude qui saisit le spectateur, confronté d’entrée de jeu aux figures hautes en couleurs de Christy Mahon ou de Pegeen Mike.

Dernière création du Théâtre du Jour d’Agen du 26 février au 12 mars 2016. Le public s’assied discrètement pour ne pas déranger le personnage déjà en scène. Un petit air de violon irlandais, c’est la nuit, une jeune femme est attablée, seule. Comté de Mayo, nord-ouest du pays… Cette femme, c’est la truculente Pegeen, fille de l’aubergiste. Le lieu unique est une auberge, un débit de boisson où elle trône, en maîtresse souveraine. Elle y trône mais, de son propre aveu, s’impatiente et attend un homme pour l’aider à faire la plonge et le reste... L’espace est fermé sur fond blanc, ce qui accentue le huis clos et rappelle les murs de chaux si caractéristiques de la contrée. Les personnages entrent par une porte en bois, face spectateur et, sur la même ligne, une fenêtre donne sur la lande et donne aussi à voir le spectacle de la rue et des trognes souvent éméchées ou rigolardes qui arrivent à l’auberge. Les clients s’installent à la grande table en bois, au centre de la scène, s’accoudent au bar (maladroitement, quand ils sont saouls !), vont se réchauffer au vieux poêle, côté jardin, ou s’allonger sur une espèce de lit, au fond.

Sitôt qu’ils arrivent, Pegeen distribue la bière frémissante et voltige à son bar et à son tison. Elle est courtisée par un lointain cousin un peu dégénéré et l’entrée en scène de Christy Mahon, « étranger » venu d’une contrée lointaine, excite aussitôt sa convoitise. Le temps de quelques mots d’explication et le jeune homme qui prétend avoir tué son père d’un coup de bêche, devient la coqueluche de l’auberge. Il fait nuit noire, le vent souffle et fait trembler la bruyère. Christy est beau, éloquent, mystérieux. Son geste, hautement symbolique, exalte son discours qui prend soudain les allures d’une drôle d’épopée.

Dans ce miséreux débit de boisson qui sent la tourbe et la sueur, dans cette taverne où jamais rien ne se passe en dehors du spectacle dégoûtant de l’ivresse et du vice, le « baladin » élève sa petite musique et passe vite pour un héros. Les femmes se battent pour lui et les hommes saluent son exploit originel. En l’espace de quelques minutes, échauffé par la bière, les voix mâles des hommes enivrés, la chaleur des corsages des femmes excitées, le « matamore irlandais » se sent inspiré. Et pour ce vengeur venu d’un autre monde, la vibrante aubergiste a les yeux de Chimène. La comédienne Nolwenn Bertrand joue avec subtilité sur différents registres : à la fois sensuelle, rêveuse, autoritaire, déterminée ou brutale. Car son partenaire la captive, à la fois parce qu’il lui plaît et parce qu’il lui échappe. Christophe Caulet joue avec intelligence son personnage. A la fois mélancolique et facétieux, fourbe et sincère, il dispose de tous les atouts pour « apprivoiser la mégère irlandaise ». Agé d’une vingtaine d’années, Christy Mahon ne s’est pas encore débarrassé de l’image encombrante (pesante et récalcitrante dans la pièce !) de son père… Mais passablement grisé, il se prend au jeu et s’amuse beaucoup de la musique qu’il se donne à lui-même. Le comédien a des airs de funambule et se déplace avec élégance sur la scène, magicien des mots et des émotions qu’il offre à son amante d’un soir.

Tel est le pouvoir des mots et des beaux discours lorsqu’ils tombent à point dans un décor qui leur donne épaisseur et vibration. La majorité des Irlandais de la taverne fournissent un chœur entièrement acquis au propos troubles ou furieux du « baladin ». Certains se régalent de la légende qu’il est en train d’écrire et réclament encore leur portion de détails… Jusqu’au moment où la réalité vient interrompre son flux d’inspiration ! Le père n’est pas mort, bien au contraire !

Au moment où on l’attend le moins, papa surgit, écumant, le front encore dégoulinant de sa blessure et bien décidé à faire entendre raison au fiston. La scène devient alors ironiquement tragique. Le baladin imposteur se met à peser lourd. Il monte sur ses ergots, crie, menace, saisit la bêche à tourbe près du poêle et essaie de réassassiner un géniteur décidément increvable (celui-là est de la race des vieux fermiers du Connémara qu’on surnomme « bulls », les taureaux…) Décidément, c’en est trop pour l’impulsive Pegeen. Retrouvant toute la vigueur et le caractère bien tranché du début, elle se précipite sur le menteur, le tisonnier à la main et le repousse violemment. Pas de quartier quand le rêve est brisé ! Cette maîtresse femme parle pour le groupe et peut-être aussi pour le spectateur lorsqu’elle décrète, rouge comme son tison, « Un homme étrange est une merveille avec sa parole qui peut tout. Mais voir une bagarre dans votre arrière-cour avec un coup de bêche m’a appris qu’il existe un grand gouffre entre une histoire grandiose et un sale méfait ».

« Le Baladin du monde occidental » au Théâtre du Jour d’Agen : un baladin aux airs de Matamore
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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 16:25

Prochainement...

Le Coffre de Rimbaud

Avant de quitter l’Éthiopie, le poète Arthur Rimbaud confie à son compagnon du désert, Djami l’Ancien, un coffre qu’il lui demande de tenir caché pendant plusieurs générations et d’attendre le vingt et unième siècle pour que son descendant, Djami le Jeune, le ramène à son pays d’origine, à Charleville où la ville en émoi se réjouit du retour au pays de « l’homme aux semelles de vent ».

Quel secret le coffre de Rimbaud dissimule-t-il ? Si le contenu est bien concret et renvoie à des épisodes surprenants de la vie mouvementée du poète, il est aussi spirituel dans la mesure où le migrant Djami, mêlé à la foule des migrants de la Corne de l’Afrique, découvre une parole et un message bien vivants.

Le coffre de Rimbaud
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9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 08:45

 

Il y a quelques années déjà, les lycéens élisaient le roman de Sylvie GERMAIN, « Magnus », prix Goncourt des lycéens. C’était en 2005. Et cette année 2016, l’association LEAR invite l’auteure à une série d’échanges dans les lycées rochelais. Le lycée VIELJEUX fait partie des établissements dans lesquels elle « répond aux questions d’élèves » et tant pis pour « la promotion » de son nouveau roman, « A la table des hommes ».Sylvie GERMAIN n’est pas un écrivain médiatique. Loin des paillettes et de l’éclat des projecteurs, elle préfère donner du temps à la réflexion, l’humour, l’intelligence. La Littérature et la pensée ne se satisfont pas du zapping.

Dans la salle du CDI spécialement aménagée pour « l’événement », les élèves sortent de leurs poches une liste de questions. Certains préparent déjà un exemplaire à dédicacer : « Magnus » pour la plupart, « l’Inaperçu » pour les autres. Sans grande surprise, l’entretien s’engage sur les thèmes de la profession et de l’inspiration. Comment vous vient l’inspiration ? L’écrivain vit-il de sa plume ?... « De son clavier ! » rectifie-t-elle ! Mais elle aime l’expression « vivre de sa plume ». Les mots ont toujours un effet sur celui qui les côtoie et qui les travaille de l’intérieur. D’ailleurs, à un élève qui rend hommage à la qualité poétique de son écriture et qui lui demande si elle va « trouver les mots dans le dictionnaire », Sylvie GERMAIN rétorque qu’elle va seulement les vérifier dans le Grand Robert ! C’est alors que tout commence ! Le rebond de l’imaginaire, la traque des racines, des familles, des rapports infinis que les mots entretiennent les uns avec les autres.

Le véritable écrivain a du flair, il va dénicher ses thèmes au fond de ce magma complexe que certains appellent l’inspiration. Osons une métaphore : elle confie que le personnage sur lequel s’ouvre son dernier roman est un petit cochon en liberté. Elle a pris plaisir à suivre ses mouvements, ses cabrioles, à se mettre du côté du groin, de l’épiderme de l’animal pour essayer de capter la réalité autrement. Ça ressemblerait à ça, le travail de l’écriture, à cette recherche impatiente des racines et des sucs naturels qui finiront par faire pousser une phrase… Il y a quelque chose du « tâcheron » dans le métier d’écrivain dans la mesure où pour écrire, il faut retourner la terre, disperser la motte, tordre le stylo pour enfin tordre les mots.

Dans ce travail sourd et lent, dans ce « gros bouillon » de l’écriture, l’œuvre est en germination, mais elle n’est jamais terminée. « Magnus » faisait référence à la seconde guerre mondiale et à la barbarie nazie ; de la même façon « A la table des hommes » évoque un pays imaginaire qui pourrait bien être l’ex-Yougoslavie. Dans ces deux cas précis, l’auteure prolonge son interrogation sur ce qu’elle appelle « le schéma génocidaire ». Car ce qui l’interpelle au-delà de ces faits réels qu’un écrivain comme MODIANO (qu’elle cite au détour d’une phrase) a plus précisément qu’elle su faire revivre, c’est la question de l’humain. L’humain et toutes ses passions qui l’entrainent souvent dans le vertige et les tourments. En cela, Sylvie GERMAIN continue l’œuvre de grands auteurs dont elle cite l’influence et le rayonnement moderne : DOSTOÏEVKI, TOLSTOI, BERNANOS, STEINBECK. Ces écrivains qu’elle admire se sont « emparés de la folie humaine » et ont posé la question de Dieu et de l’existence du Mal. « Le cœur de l’homme n’est qu’un champ de bataille où luttent Dieu et le diable » écrit DOSTOÏEVSKI dans « les Frères Karamazov ». Dans les romans de Sylvie GERMAIN, les personnages eux aussi font « une traversée tourmentée ». Ils plongent dans cette épreuve pleine de bruit et de fureur pour en ressortir autrement, au terme de l’aventure...

Au premier rang, un élève s’endort contre les genoux d’un camarade à qui on a demandé d’éteindre son portable et qui aimerait sans doute aborder un thème plus léger… Il ose enfin la question qui lui brûle les lèvres. Pourquoi vous intéressez-vous tant au thème du génocide ? La question est essentielle, elle permet d’approfondir la réponse qui vient d’être fournie à cet autre élève qui interrogeait l’auteure sur le sens de « théophanie » : comment expliquer cela ? Le monde traverse des moments de convulsion ou « Dieu n’est pas dedans »… Eh bien, ces moments de convulsion, ce sont ceux qui secouent l’écrivain : tout remonte à la surface de son œuvre, souvenirs, préoccupations, instincts, sensations, mythes, religions, actualités… Encore une fois « le gros bouillon » jeune homme ! Ce même bouillon qui jaillira dans votre esprit si, d’aventure, vous devenez auteur ! Quand j’avais votre âge, j’ai vu un jour, en cours d’histoire, le film « Nuit et brouillard » et j’ai été profondément bouleversée. La « convulsion du monde » défilait devant mes yeux d’adolescente, s’étalait là, dans toute l’ignominie de la Shoah… Aujourd’hui, c’est sous vos yeux à vous qu’elle s’est mise à défiler et tout a commencé le 11 septembre 2001…

Vous êtes les enfants de la génération de Charlie Hebdo, du Bataclan…Vous éprouverez peut-être le besoin de le manifester un jour, à votre tour, alors vous serez devenus écrivains.

 

Sylvie Germain et &quot;la convulsion du monde&quot;
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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 09:58

C’était nos quinze ans, salut les copains ! Que Marianne était jolie ! « Si belle soit la vie, c’est une tombola »… « Si moche soit la vie, c’est un joli combat… » Et on est plusieurs ce matin, à se retrouver fauchés, chez Laurette ! C’est pas un jour pour un flirt, pas un dimanche pour aller s’embouer dans le Loir et Cher ; cinq heures du matin, la nouvelle est tombée, « un passereau prenait au loin de l’altitude »… Pas un jour pour chasseur, taxi-driver quand t’étais chanteur… Les chiens sont trop pressés et marchent devant, dans les roseaux... « Tu nous fais planer » et on a simplement la force de lever les yeux, « par-dessus l’étang », pour regarder passer les oies sauvages, celles qui s’en vont pour le Midi, la Méditerranée. C’est comme un soleil dans le gris du ciel…

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 18:00

« Les huitres, c’est monsieur » ! « La lotte, c’est le jeune homme ! », « les bulots, c’est la demoiselle ! ». Pour le show rituel de fin d’année, elles sont deux, ce matin à la poissonnerie ! Il est tôt mais les invités sont nombreux… Derrière les bulles et le rideau de l’aquarium, c’est la nuit du réveillon qu’ils préparent.

Sur des lits de glaçons, des plages de faux galets, coquillages, poissons et crustacés sont en représentation et jouent dans la tempête. Scintillements factices, lumières faussement aquatiques : entraînés par un nouveau courant, ces acteurs tremblent et s’électrisent et se donnent en spectacle. Et de l’autre côté de l’aquarium, observent les yeux mi-clos le double spectacle de la dernière marée.

Les bars argentés allument leurs écailles . Ils sont en ligne avec daurades et saumons sauvages qui appellent du large. Des soles un peu grises tournent mal sous le soleil absent. Les langoustines gourgandines claquent nerveusement des pattes. Roses d’excitation, les crevettes et les gambas lèvent les gambettes. Sous leur costume d’algue, faces rougeaudes, les crabes cuits d’avance et pince sans rire ouvrent un œil vicieux. Les coquines coquilles Saint Jacques sortent du chemin et finissent la pénitence. La perle n’est plus dans l’huitre mais à l’oreille d’une anguille aux cheveux flous qui coule un mot tendre à l’oreille de son compagnon. Et l’autre ouvre la coquille de son portefeuille, se plaint d’une voix sourde : « comme tout cela coûte cher ! Le homard m’a tué ! ».

Il faut passer à la caisse. Et dans la file d’attente, les deux voix s’impatientent « le maquereau, c’est monsieur ! », « la morue, c’est la dame ! »

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 06:37

Au lendemain des attentats, immense douleur, consternation, prostration, révolte sourde qui gronde quelque part au fond de l’être et qui ne demande qu’à éclater…
Dans le lycée, ainsi que dans tout le pays, une minute de silence est prévue en ce lundi matin…Un moment de recueillement, inscrit sur le planning et imposé à tous les personnels et à tous les élèves…
Cette « minute de silence » a duré bien davantage, dès la première heure et tous les jours qui ont suivi. Comment traiter de l’horreur et de la barbarie dans un cours ? Comment faire circuler la parole quand la parole ne vient pas, quand elle est obstruée par l’angoisse, l’incompréhension, les images et les discours des médias ? L’écriture est la forme de réponse la plus adaptée et la plus authentique pour recueillir le vacarme des silences.
Dans le silence des stylos, la mine chiffonnée, l’oeil étincelant, les élèves de deux classes ont rédigé de petits messages dans le secret de leur conscience et de leur coeur. De petits messages pour crier ou essayer de comprendre, pour accompagner les victimes, pour haïr la haine et pour lancer un appel au grand large de leur vie… Une veine de mots palpitants, des mots qui pulsent, des mots qui vibrent. Une veine de lettres saignantes, de lettres écorchées qui redessineraient des lignes de vie et des lignes d’espoir.
L’idée était de rassembler tous ces témoignages, de les enfermer dans deux bouteilles (une par classe) et de les livrer au flot pour que « la minute de silence au lycée » s’en aille résonner au fil de l’eau et du temps. Qu’elle parte au loin, quelque part, cap vers le vaste monde !
Mais les courants des perthuis ne suffisent pas. Il fallait un bateau, une navigatrice en partance… Et cette navigatrice dont je ne citerai pas le nom a accepté d’embarquer les bouteilles et de les lancer au large, lors de son prochain grand voyage prévu cet été.
Que la mer soulève dans l’écume et la plume de ses flux et reflux cette ancre vagabonde !

Bouteilles à la mer
Bouteilles à la mer
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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 15:58

Plusieurs classes du lycée ont eu le plaisir de découvrir mardi 4 et mercredi 5 novembre à la Coursive la pièce de MARIVAUX : « le Jeu de l’amour et du hasard ».

Un tourniquet au milieu de la scène joue comme l’annonce d’un spectacle étourdissant, celui du « Jeu de l’amour et du hasard » revu et corrigé par le metteur en scène Laurent LAFFARGUE… Or, on ne joue pas avec l’amour, car l’amour tourne les têtes et fait souffrir. C’est sur cette analyse que le dramaturge MARIVAUX a construit l’essentiel de son théâtre et c’est bien aussi sur cet « effet d’étourdissement » que les comédiens particulièrement jeunes de la distribution, ont su jouer et capter l’intérêt du public. Laurent LAFFARGUE insiste d’ailleurs sur ce point : « Marivaux montre des individus en quête de leur vérité qui se cherchent encore et découvrent un sentiment pour eux inconnu, tout à la fois délicieux et effrayant : l’amour. C’est pourquoi j’ai choisi de très jeunes comédiens pour les interpréter ».

L’héroïne, Silvia, est moderne. A ses yeux, la place de l’amour est essentielle dans l’épanouissement personnel et la réalisation d’une femme. Elle refuse les conventions et s’oppose à la spontanée Lisette que l’idée de mariage, même imposé, réjouit. C’est le tout début de la pièce et la servante, décidément très conformiste, soutient que cette union est « délicieuse » et ajoute : « si j’étais à votre place nous verrions ». Sa maitresse, incarnée par la talentueuse Clara PONSOT, marque volontairement un silence après cette réplique : son idée commence en effet à faire son chemin… Pas bête ! Il lui suffirait de prendre la place de Lisette pour mieux « examiner » le futur que lui a choisi son père…Aux yeux de cette idéaliste, un mariage n’est pas un badinage. Par conséquent, place au hasard et au travestissement ! Mais le hasard fait plus ou moins bien les choses : en effet, le futur, Dorante, a eu la même idée que Silvia, ce qui va compliquer la donne. Monsieur Orgon, le père, et Mario, le frère, qui ont été avertis par le père de Dorante, s’en frottent les mains à l’avance : la mise en boite va pouvoir commencer ! Un bon divertissement en perspective, réglé comme du papier à musique… Mais les intermittences du cœur se règlent-elles à la façon d’un métronome ?

La scène se prête remarquablement à ce parti-pris du « plateau boite à musique ». Sur un petit air mécanique, Silvia revêt « les ficelles » du vêtement de Lisette et commence par enchaîner des gestes de pantin : les cercles du plateau se mettent à tourner et permettent au spectateur de voir la maison de Mr Orgon et ses hôtes sous différentes facettes. Un fauteuil, Orgon est occupé à lire son journal, un miroir, Lisette est à sa toilette, des coupes de champagne et une bouteille, on trinque pour fêter l’ heureux événement à venir, une tablette, Mr Orgon (habillé d’un pantalon à damier) joue aux échecs avec son fils et fait avancer les « pions » d’un échiquier de plus en plus cruel…

Arlequin (électrique Julien BARRET) enfile le vêtement du maitre avec une aisance désopilante, s’accomode très vite de la pseudo Silvia, engage sa partenaire, décidément très farce, à cracher par terre pour sceller leur union de fortune. Il apparaît sous les traits d’une espèce de golden boy électrisé par le téléphone portable qui lui permet de s’entretenir avec un « client » en Chine au moment où il arrive sur scène après avoir traversé la salle. Puis il aligne une série de selfies aux côtés de « sa future femme » ou de son « beau-père », heureux d’occuper l’espace qui lui manquait quand il était domestique. Il ne cessera tout au long de la pièce de virevolter, de gambader, de sauter en l’air, véritable cabri excité par les lumières de la rampe et de la promotion.

Si le travestissement excite les convoitises des domestiques, il perturbe les maitres. Sous les regards réjouis d’Orgon et Mario qui risquent souvent un œil indiscret sur la scène, les spectateurs s’amusent comme « à la comédie » au détriment des victimes paralysées sous l’aiguille comme des papillons en plein vol. Le jeu devient cuisant, insupportable pour les protagonistes. Silvia s’inquiète, se lamente en aparté : « j’étouffe », Dorante ne supporte plus le chapeau de « Bourguignon », s’énerve, gifle son ex-domestique qui ne se laisse déjà plus faire et qui réplique du tac au tac. Les coups partent facilement dans cette mise en scène.

A bout de nerf, face à une Silvia pamée et rampant jusqu’au seuil de la scène, il n’a plus d’autre recours que de se démasquer. Aussitôt, la fausse Lisette, très glamour, poupée Barbie toute de rose vêtue, se redresse, remet ses hauts-talons et imagine une ultime épreuve : garder l’habit affriolant de la soubrette, continuer de faire tourner la tête à Dorante, le forcer à demander le mariage et à accepter, de fait, la mésalliance. Totalement sous le charme de sa partenaire et affolé de jalousie contre Mario qui en rajoute à la demande de Silvia, Dorante apparaît comme un maître sans pouvoir, humilié, torturé, capable de tout renier pour pouvoir enfin aimer au grand jour l’adorable soubrette.

Et Silvia jubile ! Elle reprend le jeu en main avec un soulagement immense : « j’avais bien besoin que ce fût là Dorante ! ». Alors le tourniquet et la boite à musique se remettent à tourner, tout s’accélère, un tour complet, « révolution » sur la scène… Le jeu a assez duré pour des domestiques qui gesticulent et s’impatientent, poussés par l’aiguillon du désir et le fantasme de la promotion sociale. Puisqu’il faut jouer franc-jeu, allons-y ! « Le soldat d’antichambre de Monsieur » tombe le masque… Puis c’est le tour de « la coiffeuse de Madame ». Fin du carnaval, Arlequin puis Lisette exhibent à tour de rôle le « fond du sac ». Rien n’est vraiment grave, c’est l’occasion d’une franche rigolade entre domestiques qui peuvent enfin se laisser aller : le marivaudage affecté cède aussitôt la place à l’érotisme débridé, Arlequin et Lisette se précipitant l’un sur l’autre pour une étreinte torride.

Il ne reste plus que le masque délicat de Silvia. Au moment où elle a obtenu la reddition totale de Dorante tombé à genoux, au moment où elle-même s’émerveille et se laisse aller à une ultime rêverie « vous ne changerez jamais ! », elle peut enfin dévoiler son vrai visage de souveraine. Devant l’air abasourdi de Dorante, Orgon éclate de rire dans les bras de sa fille.

Dans un autre angle du décor, fin du cycle, Arlequin adresse l’ultime galanterie à Lisette : « avant notre connaissance, votre dot valait mieux que vous ; à présent, vous valez mieux que votre dot ! » et puis place à la pirouette : « Allons, saute marquis ! » Chacun a retrouvé sa place et le jeu est terminé !

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