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Texte Libre

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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 05:57

 

Annee-2011 2496 [1600x1200]

 

Je me voulais en ce temps-là, surtout « étudiant en lettres modernes », et je rejetais complaisamment tout ce qui n’avait pas à voir avec la Littérature. N’ayant cependant guère « frotté » mon vernis au ciseau du Réel, je ne faisais qu’aimer, lire et relire Victor Hugo, Arthur Rimbaud, Marcel Proust (un peu comme les ados écoutent en boucle les mêmes chansons sur leur MP3)… Au passage, j’apprenais par cœur des poèmes ou des paragraphes pour m’illustrer dans les salons branchés de Khâgne et d’hypokhâgne.

                      Mon goût grandissant du voyage me faisait souvent préférer le sonnet d’Arthur intitulé « Ma bohème », que je récitais assis sur une table, la chemise débraillée et la mèche rebelle, devant un public acquis dont les moins attentifs « mijotaient » des poèmes de Lautréamont, de Walt Whitman ou de Baudelaire.

                      Le vers « Mon unique culotte avait un large trou » faisait souvent sourire l’assistance et, quand l’occasion se présentait, je finissais par me servir un verre de vin pour enrichir la déclamation d’un jeu de scène bien dérisoire ! « Et je les écoutais assis au bord des routes / Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes  / De rosée à mon front comme un vin de vigueur (…) »

                      Et puis, pendant tout un été, j’ai pu réaliser un rêve, après la lecture de Jack Kérouac… Celui de « taper la route » aux Etats-Unis, du nord au sud et d’est en ouest, dans les conditions rudes de l’auto-stop, « les poings dans les poches crevées », « l’ auberge à la Grande-Ourse » et les trous dans les baskets… La redécouverte de Rimbaud, c’était d’abord ça ! L’épreuve du dénuement et l’émerveillement d’un grand gamin plongé dans une aventure difficile mais jubilatoire.          

                        C’est alors que tout a basculé, suite à l’une des nombreuses mésaventures qui guettent « le pouceux » sur le territoire américain (où les auto-stoppeurs ne sont pas forcément les bienvenus…). La police de La Nouvelle-Orléans m’a violemment arrêté et m’a jeté, sans ménagement, dans la cellule d’une prison… Plus de baskets, plus « d’étoiles au ciel » ni de « doux frou frou »… mais un uniforme de vrai bagnard, un bracelet avec un numéro de prisonnier, un ciel de prison, des barreaux donnant là-bas, tout au loin sur la route, et des compagnons de cellule qui n’étaient pas des poètes !

                 Et bien c’est dans ces conditions bien particulières, que j’ai pour la première fois éprouvé toute la richesse de « Ma bohème », dont je me suis mis instinctivement à faire sonner les mots et les rythmes. Humilié, dénudé, privé d’identité, je n’avais en moi, outre ma patience, que cette dernière ressource, cet hymne à la Liberté de l’Esprit. « Ma Bohème » vibrait en moi, et je me revoyais dans les heures qui venaient à peine d’écouler, « assis au bord des routes » en « ces bons soirs d’été », où tirant sur « les élastiques de mes souliers blessés / Comme des lyres (…) », je rêvais sur le soleil couchant et les promesses de Californie sur la route à l’horizon.   

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 06:09

Annee-2011 2498 [1600x1200]

             Je les avais annoncés mais ils viennent de sortir dans un numéro consacré à l’enseignement des arts et consultable en partie à l’adresse suivante.

http://www.cahiers-pedagogiques.com/spip.php?article7598

 

             Ils ont été écrits il y a plus d’un an mais les exigences de publication et les délais liés à la diversité des auteurs expliquent cet important différé. L’un des articles est consacré au « grand amour du Petit Prince » et l’autre à « ma bohème en prison ». J’y reviens dans les deux articles à venir. Ces deux articles sont cependant légèrement différents de ceux qui ont été édités dans la revue pour des raisons de « coupe ».

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 06:01

Highland2 (162) [1600x1200]

 

« Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d’extrême pauvreté, de justice et surtout d’amour. Tout y est vrai ». Comme il l’indique dans sa préface, l’auteur a voulu réfléchir sur « le difficile métier de vivre » en confrontant plusieurs destins humains. Et il le fait avec beaucoup d’empathie et une plume sans concession, attentive aux moindres palpitations de la vie qui s’en va. Catastrophes, cancers, usures diverses.

             Tout commence mal. Une obscure angoisse pèse sur les premières pages. Pourtant, le narrateur est en vacances avec sa compagne et le fils de cette dernière sur un rivage paradisiaque... Mais c’est à quelques instants du tsunami qui va ravager la région du Sri Lanka. Est-ce un hasard, les personnages sont ennuyeux, désagréables à force d’indifférence et d’égoïsme. Ils ne savent pas ce qui se prépare. Impression d’égarement des destins, des rencontres sans conséquences, des relations humaines. Et puis soudain, l’engouffrement du drame.

               Le Destin frappe. Sème la mort. Le désastre à partir de la plage. Inonde les rues, les piscines, les hôtels. Les gens courent affolés de toutes parts, les personnages disparaissent dans le chaos... Disparaissent puis émergent à nouveau, tout doucement, presque honteusement.

               La mort irréversible s’est cristallisée. Autour d’eux, d’autres destins affleurent et montent à la surface : la petite Juliette, 8 ans, fille d’un couple rencontré à l’hôtel... Et puis, en cascade, la nouvelle de la mort de Juliette, la sœur d’Hélène, arrachée à la vie par le cancer. Le contact du narrateur avec un collègue de travail de Juliette, atteint lui-même d’un cancer et à qui on a coupé une jambe. Encore adolescent, il raconte lui aussi le désarroi à l’annonce de la maladie, l’impression brutale d’être confronté à la pire de ses hantises : celle du rat qui ronge son visage. Mais un rat invisible, opérant dans l’organisme.

               Un livre dur, sans sensiblerie, mené comme une enquête dans les banlieues chaudes de la condition humaine.  

 

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Eric Bertrand - dans livres
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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 05:27

Highland2 (161) [1600x1200]

                      Fort conscient de cet avantage, Duroy envisage l’avenir : attendre que le mari décède (Forestier est gravement atteint de phtisie et sa santé se détériore) et épouser la veuve. Prendre ainsi la succession de Forestier au journal, partager la dot de Madeleine. Mais il garde la maîtresse qui le charme toujours par sa fantaisie. Et déjà, il envisage d’exploiter l’amour que lui voue la femme de son patron, Mme Walter qui pourrait l’aider à mieux se placer dans l’entourage du directeur.

                 Mme Walter constitue une cible délicate. Véritable « rosière » de Mme Husson, la dame est remplie de scrupules et de principes. Elle se rattache désespérément à Dieu et à l’Eglise, à son sens de l’honneur et de la famille (elle a deux grandes filles) mais Duroy joue un jeu satanique et prend un plaisir sournois à la faire vaciller puis tomber dans le vice et le délire de la passion. Déjà, sentant « la vieille » complètement grisé et lassé par ses « enfantillages », il lutine la fille, Suzanne qui lui apparaît un bien meilleur parti que Madeleine.

                 D’autant que Walter, grâce à une opération en bourse est devenu l’une des plus grosses fortunes de Paris. Il lui faut donc manœuvrer de façon à se débarrasser de Madeleine. Madeleine a toujours été une femme libre (amante d’un comte qui lui a légué sa fortune, le comte de Vaudrec)...

                 Non content d’hériter de la moitié de cette fortune, Duroy fait surprendre Madeleine dans le lit du ministre des Affaires Etrangères. L’adultère ainsi constaté, il peut épouser Suzanne et prétendre au poste de ministre à la place de celui qu’il a si adroitement déchu.

 

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Eric Bertrand - dans livres
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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 06:01

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          J’ai déjà noté au cours de ces rubriques le cheminement de l’intrigue de ce roman mais, pour terminer, je souhaite proposer aux élèves un résumé plus efficace afin qu’ils puissent le cas échéant y avoir recours au moment de leurs révisions. Je le propose dans ces deux derniers articles.

               Bel-Ami, c’est le surnom qu’acquiert rapidement Georges Duroy, du fait de son succès auprès des femmes. Nulle ne lui résiste et son ascension fulgurante dans l’échelle sociale est due à ses différents succès et à une certaine dose de cynisme, de sens tactique qui lui permet d’utiliser au mieux une jolie main, une jolie robe, une jolie dot...

              L’individu est un médiocre, issu d’une famille de paysans de Normandie et particulièrement vaniteux et paresseux. Il a quitté son poste de sous-officier des hussards pour venir à Paris et faire sa fortune mais rien ne va au début et il vit chichement d’un humble revenu dispensé par les chemins de fer du Nord. C’est la rencontre d’une vague connaissance de régiment, un certain Forestier, rédacteur à la « Vie française » qui le propulse dans le monde.

             Forestier est journaliste, sa femme est ravissante, douée, agréable et intelligente. C’est elle qui rédige les articles de « ces messieurs » puisque Duroy ne tarde pas à lui demander son aide. L’amie de Madeleine Forestier est sensuelle et attirante, il fait d’elle sa maîtresse et exaspère la convoitise des autres femmes.

 

 

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Eric Bertrand - dans livres
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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 06:31

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La fin du discours de Norbert de Varenne...

 

— Mais aussi vous sentirez l’effroyable détresse des désespérés. Vous vous débattrez, éperdu, noyé, dans les incertitudes. Vous crierez « à l’aide » de tous les côtés, et personne ne vous répondra. Vous tendrez les bras, vous appellerez pour être secouru, aimé, consolé, sauvé ; et personne ne viendra.

Pourquoi souffrons-nous ainsi ? C’est que nous étions nés sans doute pour vivre davantage selon la matière et moins selon l’esprit ; mais, à force de penser, une disproportion s’est faite entre l’état de notre intelligence agrandie et les conditions immuables de notre vie.

Regardez les gens médiocres : à moins de grands désastres tombant sur eux ils se trouvent satisfaits, sans souffrir du malheur commun. Les bêtes non plus ne le sentent pas.

Il s’arrêta encore, réfléchit quelques secondes, puis d’un air las et résigné :

— Moi, je suis un être perdu. Je n’ai ni père, ni mère, ni frère, ni sœur, ni femme, ni enfants, ni Dieu.

Il ajouta, après un silence : — Je n’ai que la rime.

Puis, levant la tête vers le firmament, où luisait la face pâle de la pleine lune, il déclama :

Et je cherche le mot de cet obscur problème

Dans le ciel noir et vide où flotte un astre blême.

Ils arrivaient au pont de la Concorde, ils le traversèrent en silence, puis ils longèrent le Palais-Bourbon. Norbert de Varenne se remit à parler : — Mariez-vous, mon ami, vous ne savez pas ce que c’est que de vivre seul, à mon âge. La solitude, aujourd’hui, m’emplit d’une angoisse horrible ; la solitude dans le logis, auprès du feu, le soir. Il me semble alors que je suis seul sur la terre, affreusement seul, mais entouré de dangers vagues, de choses inconnues et terribles ; et la cloison, qui me sépare de mon voisin que je ne connais pas, m’éloigne de lui autant que des étoiles aperçues par ma fenêtre. Une sorte de fièvre m’envahit, une fièvre de douleur et de crainte, et le silence des murs m’épouvante. Il est si profond et si triste, le silence de la chambre où l’on vit seul. Ce n’est pas seulement un silence autour du corps, mais un silence autour de l’âme, et, quand un meuble craque, on tressaille jusqu’au cœur, car aucun bruit n’est attendu dans ce morne logis.

Il se tut encore une fois, puis ajouta : — Quand on est vieux, ce serait bon, tout de même, des enfants !

Ils étaient arrivés vers le milieu de la rue de Bourgogne. Le poète s’arrêta devant une haute maison, sonna, serra la main de Duroy, et lui dit :

— Oubliez tout ce rabâchage de vieux, jeune homme, et vivez selon votre âge ; adieu !

Et il disparut dans le corridor noir.

 

 

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Eric Bertrand - dans livres
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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 06:30

Highland2 (152) [1600x1200]

 

Et puis, après ? Toujours la mort pour finir.

Moi, maintenant, je la vois de si près que j’ai souvent envie d’étendre les bras pour la repousser. Elle couvre la terre et emplit l’espace. Je la découvre partout. Les petites bêtes écrasées sur les routes, les feuilles qui tombent, le poil blanc aperçu dans la barbe d’un ami, me ravagent le cœur et me crient : « La voilà ! »

Elle me gâte tout ce que je fais, tout ce que je vois, ce que je mange et ce que je bois, tout ce que j’aime, les clairs de lune, les levers de soleil, la grande mer, les belles rivières, et l’air des soirs d’été, si doux à respirer !

Il allait doucement, un peu essoufflé, rêvant tout haut, oubliant presque qu’on l’écoutait.

Il reprit : — Et jamais un être ne revient, jamais… On garde les moules des statues, les empreintes qui refont toujours des objets pareils ; mais mon corps, mon visage, mes pensées, mes désirs ne reparaîtront jamais. Et pourtant il naîtra des millions, des milliards d’êtres qui auront dans quelques centimètres carrés un nez, des yeux, un front, des joues et une bouche comme moi, et aussi une âme comme moi, sans que jamais je revienne, moi, sans que jamais même quelque chose de moi reconnaissable reparaisse dans ces créatures innombrables et différentes, indéfiniment différentes bien que pareilles à peu près.

A quoi se rattacher ? Vers qui jeter des cris de détresse ? A quoi pouvons-nous croire ?

Toutes les religions sont stupides, avec leur morale puérile et leurs promesses égoïstes, monstrueusement bêtes.

La mort seule est certaine.

Il s’arrêta, prit Duroy par les deux extrémités du col de son pardessus, et, d’une voix lente :

— Pensez à tout cela, jeune homme, pensez-y pendant des jours, des mois et des années, et vous verrez l’existence d’une autre façon. Essayez donc de vous dégager de tout ce qui vous enferme, faites cet effort surhumain de sortir vivant de votre corps, de vos intérêts, de vos pensées et de l’humanité tout entière, pour regarder ailleurs, et vous comprendrez combien ont peu d’importance les querelles des romantiques et des naturalistes, et la discussion du budget.

Il se remit à marcher d’un pas rapide.

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Eric Bertrand - dans livres
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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 06:54

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Voici donc en trois étapes cette confidence d’un personnage secondaire de « Bel-Ami ». Ce discours évadé dans le roman renvoie donc aux hantises du romancier... Que cela ne vous ruine pas la moral du jour !

Oh ! vous ne comprenez même pas ce mot-là, vous, la mort. A votre âge, ça ne signifie rien. Au mien, il est terrible.

Oui, on le comprend tout d’un coup, on ne sait pas pourquoi ni à propos de quoi, et alors tout change d’aspect, dans la vie. Moi, depuis quinze ans, je la sens qui me travaille comme si je portais en moi une bête rongeuse. Je l’ai sentie peu à peu, mois par mois, heure par heure, me dégrader ainsi qu’une maison qui s’écroule. Elle m’a défiguré si complètement que je ne me reconnais pas. Je n’ai plus rien de moi, de moi l’homme radieux, frais et fort que j’étais à trente ans. Je l’ai vue teindre en blanc mes cheveux noirs, et avec quelle lenteur savante et méchante ! Elle m’a pris ma peau ferme, mes muscles, mes dents, tout mon corps de jadis, ne me laissant qu’une âme désespérée qu’elle enlèvera bientôt aussi.

"Oui, elle m’a émietté, la gueuse, elle a accompli doucement et terriblement la longue destruction de mon être, seconde par seconde. Et maintenant je me sens mourir en tout ce que je fais. Chaque pas m’approche d’elle, chaque mouvement, chaque souffle hâte son odieuse besogne. Respirer, dormir, boire, manger, travailler, rêver, tout ce que nous faisons, c’est mourir. Vivre enfin, c’est mourir !

Oh ! vous saurez cela ! Si vous réfléchissiez seulement un quart d’heure, vous la verriez.

Qu’attendez-vous ? De l’amour ? Encore quelques baisers, et vous serez impuissant.

Et puis, après ? De l’argent ? Pour quoi faire ? Pour payer des femmes ? Joli bonheur ! Pour manger beaucoup, devenir obèse et crier des nuits entières sous les morsures de la goutte ?

Et puis encore ? De la gloire ? A quoi cela sert-il quand on ne peut plus la cueillir sous forme d’amour ?

 

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Eric Bertrand - dans livres
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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 06:05

Highland2 (146) [1600x1200]

           Bel-Ami s’enivre des femmes comme les femmes s’enivrent de lui. Il est la chimère de toutes les femmes qui se contemplent dans son image. La tension est telle qu’il ne cesse de tendre vers un absolu de lui-même à travers tous les miroirs qu’il croise. Vers la fin, suprême ironie, certaines lui trouvent une ressemblance avec le Christ d’un tableau exposé chez Walter. Ainsi, dans l’espace de ce roman dont il est le héros éponyme, l’idole des femmes parvient-il à échapper, pour un temps, à l’angoisse de la dissolution des êtres dans le temps.

            Mais rien n’échappe à la lucidité implacable du romancier et l’angoisse de la finitude, du vide et du néant, envahit la narration. Dès la seconde partie, Forestier meurt dans d’atroces souffrances et Duroy a du mal par la suite à ne pas être une sorte de « double » du défunt dont il a pris la femme, la place, la fortune et les pantoufles.

            L’un de ses confrères du journal, Norbert de Varennes l’avait, au début de son ascension, invité à un minimum d’inquiétude face à cette « aventure » de la vie qui n’est qu’un chemin : témoin son discours particulièrement sinistre, et dont on se souvient quand Georges Du Roy du Cantel a atteint le sommet, avant la descente inévitable désormais... Terrible discours de Norbert de Varennes qui illustre le penchant sombre de Maupassant et que je publie en trois fois dans les articles à suivre.

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Eric Bertrand - dans livres
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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 06:03

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                Petite pause dans la série « Bel-Ami » pour intégrer une variation qui touche à une prochaine rubrique annoncée depuis longtemps et qui sera de nature linguistique.

 

               « Jeter le manche après la cognée »... La langue française regorge d’expressions imagées qui tracassent les étudiants étrangers, amateurs de « curiosités linguistiques ». Il faut, pour les aider, et aider aussi ceux qui, parmi nous, auraient oublié ou négligé le sens de l’idiome, raconter toute l’histoire...

            Cette expression nous amène dans la forêt. Elle met en scène un bucheron obstiné, occupé à abattre un arbre plus récalcitrant que les autres. Alors qu’il frappe de toutes ses forces, tend tous ses muscles, retient son souffle et envoie le coup, le fer de sa cognée (la partie métallique de la hache) s’échappe du manche et voltige au fond du lac voisin... Un ange passe !

             Pas « d’effet Excalibur », pas de « Dame du Lac » mais le silence de la forêt et l’arbre toujours bien dressé sur son tronc, arrogant colosse aux pieds d’argile... Défait par l’échec de l’effort et vexé par l’idée d’avoir aussi perdu son outil de travail, le bûcheron regarde ses deux poings et le manche piteux qui lui reste. Il lève les yeux au ciel, s’avance vers le lac et « jette le manche après la cognée », bien décidé désormais à occuper autrement le reste de son temps.

           Voici donc l’origine d’une expression qui fleure bon l’espace forestier et qui respire encore le goût de l’effort et du cœur à la tâche... Sauf que, quand « la cognée » fait défaut, quand le métal tombe, sonnant et trébuchant, le bucheron se trouve cruellement démuni et qu’il doit laisser tomber le reste, à savoir « le manche ».

               Bref, cette expression idiomatique traduit bien le désarroi que chacun peut ressentir, face à certaines situations désespérées. A l’heure où les mouvements des « Indignés » se répandent partout dans le monde, mouvements liés à un sentiment pire que le désarroi, l’écoeurement lié à l’impression de naufrage du mode de « cognée » de nos sociétés, il semble que le manche ou le gouvernail soit aussi « jeté » dans « l’eau du bain ».

              Et que dit-on chez les Indignés espagnols ? On ne parle ni de manche, ni de cognée mais de « corde » et de « chaudron » : la traduction  littérale sera donc : « Jeter la corde après le chaudron »... Une fois le chaudron vide, ne resterait-il que « la corde pour se pendre » ? Et en italien, on ne dit pas non plus : « jeter le manche après la cognée » mais « planter là baraques et marionnettes » (« piantare baracca e burattini »). Cette formule très pittoresque convient assez bien aux mascarades politico-financières auxquelles nous assistons à l’heure actuelle. Comment pourrait-on dire en grec ? « Jeter l’urne avant le referendum » ?

 

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