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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 07:24

Highland2 (191) [1600x1200]

 

(Une salle. Le lion trône sur un fauteuil confortable. Les animaux sont à ses pieds. L’ambiance est tendue. Douze coups sonnent à l’horloge, le son est celui du tocsin. Le lion est vêtu d’une grosse pelisse qui lui donne un air majestueux)

Le lion : mes chez sujets, vous le savez, l’heure est grave ! La Peste continue de faire des ravages parmi nous ! Cela ne peut plus durer ! Je suis le Roi, mon devoir est de trouver une solution, un remède à nos maux. (Il retrousse ses manches, pointe un doigt accusateur sur l’ensemble des assistants. Les autres baissent l’échine. Silence.) Rassurez-vous, je ne suis pas roi pour rien. (Il a un rire maléfique) Cette nuit, j’ai compris... L’un d’entre nous est coupable. Il nous fait payer cher la faute qu’il a commise. Il faut immédiatement le démasquer. Par conséquent, nous allons tous avouer nos fautes !  (Il se déplace parmi les animaux prosternés) Et c’est moi qui vais vous montrer l’exemple (il sort un miroir de sa poche et s’adresse à lui-même) : Louis, qu’as-tu fait ? Allons, Louis, avoue ta faute ! Bon... J’ai mangé quelques moutons et par hasard un petit berger de rien du tout qui passait par là... Voilà tout ! J’ai terminé.

Le renard : (se frottant contre les pattes du lion) : vous n’avez rien fait de grave, sire ! Tous les crétins que vous avez avalés ne méritaient pas mieux, vous avez même été généreux de daigner les croquer de votre gueule royale. C’est un privilège dont les hommes se souviendront longtemps, eux qui sont si habiles à trouver du profit à tout.

Le tigre : (s’enhardissant) : j’ai en ce qui me concerne croqué un chasseur.

L’ours : (dressant la tête) : j’ai, pour ma part, croqué un apiculteur.

Le requin : (même jeu) : j’ai, pour ma part, croqué un surfeur.

Le mâtin : (même jeu) pour ma part, croqué un chaperon rouge... Un tout petit et tendre chaperon rouge.

L’âne : (tournant en rond et se frappant le poitrail en signe de mortification) et moi, j’ai péché, oh, j’ai péché ! Mea culpa, mea culpissima ! j’avoue qu’un jour, je me suis laissé tenter par l’herbe fraiche d’un bout de pré. Oh, pas grand-chose, juste la surface de ma langue. Comprenez-moi, l’herbe était si appétissante, si verte, si sucrée. Un vrai chewing-gum de chlorophylle.

Le loup : (il se dresse de toute sa hauteur, montre l’âne d’un geste autoritaire) horreur ! Horreur ! Honnêtes jurés, n’allons pas plus loin... (Il prend son temps comme pour préparer un réquisitoire) Noble cour, ne cherchez pas plus loin ! nous tenons notre coupable. C’est ce minable, ce pelé, ce galeux, ce misérable ! Cela est clair ! C’est lui le responsable de tout ! Attendu qu’il n’avait demandé la permission à personne, attendu qu’il n’avait aucun droit et, par surcroit, que son mobile était la gourmandise et par conséquent le strict intérêt personnel, je le déclare coupable ! Haro sur le baudet, c’est de la bonne justice ! haro sur le baudet !

Les autres animaux : haro sur le baudet ! haro sur le baudet ! (Ils se jettent sur lui et le lion croque quelques pattes en passant pour se réserver la part du lion)

 

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 08:26

Highland2 (190) [1600x1200]

 

                Dans le souci de faire comprendre les textes de La Fontaine que mes élèves jugent parfois complexes ou qu’ils survolent, je leur ai demandé d’adapter pour la scène la fable du livre 7 appelée : « les Animaux malades de la peste ». Cet exercice de transposition est aussi formateur pour « le travail de l’écriture » car, si l’on garde le propos, il faut respecter un certain nombre de contraintes liées à la prise en compte de la scène contemporaine.

              Rappel de méthode : changement d’énonciation, adaptation à un langage plus simple, présence de didascalies... Et en attendant, voici pour le plaisir, l’occasion de la relire la fable !

 

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 06:08

Highland2 (189) [1600x1200]

Mon prochain livre est annoncé par mon éditeur sous un format numérique... Traitre ! Suis-je en train de passer du côté de ceux qui renieraient le livre ? Outre les questions d’ordre stratégique et commercial, une petite mise au point s’impose auprès de mes lecteurs !

            La prolifération de l’outil numérique présenté comme la grande menace contre le Livre déclenche des passions et des polémiques au milieu desquelles on voit même se mêler ceux qui n’ont jamais été lecteurs et qui, Cassandre de bibliothèques, annoncent déjà l’inéluctable disparition du livre : bruissement du papier qu’on froisse, odeur des pagées avalées à la petite cuillère, ombre tutélaire et rassurante des étagères à livres...

               Gone with the wind ? Envolés au vent mauvais d’un outil diabolique ? D’un ogre mangeur de livres ? D’un lance-flammes lancé dans une impitoyable chasse aux mots ? Ce désolant scénario, rappelle un peu celui imaginé par Ray Bradbury il y a quelques décennies... Fahrenheit 451 : par ordre du gouvernement, des légions de pompiers pyromanes mettent le feu aux livres. Face à l’autodafé, une poignée de héros mènent une bataille acharnée.  Non à l’Infâme, non à la Bêtise ! Il faut jouer l’Esprit contre l’Outil. L’Intelligence contre le Gadget. La Flamme contre le Bûcher !

               Pour résister, les guerriers du feu ont l’idée d’ingurgiter les phrases des livres afin de les conserver dans la mémoire et de les échanger ensuite, en réunions, au cours de longues récitations destinées à entretenir le tison. Comme l’écrit Victor Hugo, « si l’on met le bâillon à la bouche qui parle, la parole se change en lumière, et l’on ne bâillonne pas la lumière ».

               A l’heure du numérique, faut-il donc à nouveau armer la mémoire et redouter la lumière de l’écran tactile ? Les fameuses « tablettes » offrent au lecteur qui se berce de mots l’occasion de stocker, sous de la lumière feutrée, un relai de Pensée, un diffuseur de lumière. Les livres restent à la maison mais en même temps, les livres accompagnent.

              « Les poings dans mes poches crevées, mon paletot devenait idéal »... « Sous le ciel, Muse », je m’en vais désormais, avec, au fond de ma poche, une « barrette de mémoire vive », un vrai « dictionnaire portatif » du genre de celui dont, rêvaient Voltaire et les Encyclopédistes !

 

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 06:05

Highland2 (188) [1600x1200]

 

Margoton, Marinette, Fernande, Hélène aux sabots, Pénélope, femme d’Hector, Cendrillon... Elles ont des charmes d’un autre âge les dames du temps jadis que chante Brassens. Comme sous les boules à neige qu’on vend aux touristes, elles se mettent à bouger dans les « flocons des neiges d’antan ».

               Pamphile, Nestor, Archibald, vieux Léon, brave Martin... Les hommes qui les courtisent appartiennent eux aussi à une catégorie à part de séducteurs. Ils se retroussent les manches et ils vont à la chasse aux papillons.

               Cupidon, grand Pan, Saturne, Vénus et Bacchus, ces dieux-là sont à chaque fois de la partie. Impossible de faire sans eux... Ces compères savent rigoler. Rigoler comme Villon, maître François et tous les « foutrement moyenâgeux » qui poursuivent les belles parmi les amandiers, les bancs publics, les bistrots, les chênes et les claires fontaines.

                Ils disputent leur place aux cocus, aux croque-notes, aux gros dégueulasses ou aux pandores. « Gare au gorille ! » Ils retroussent les nonnettes et les nonnains, les punaises de sacristies, les jeunes veuves et les filles à cent sous. Ils se font tout petits devant les jolies fleurs, et les poupées. Ils leur apprennent les ricochets, les marguerites et les filets à papillon. Ils réparent les paratonnerres, franchissent les ponts (« il suffit de trois petits bonds »), fument les bonnes vieilles pipes en bois et cueillent des baisers sous la treille ou sous le parapluie.

                 Ecouter Brassens, c’est se mettre sous le parapluie et entendre ruisseler toute la vieille langue qui nous vient de Villon, de Rabelais et de La Fontaine et qui traverse le temps ou le paradis, « on ne perd pas au change, pardi ! ».

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Eric Bertrand - dans livres
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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 05:49

Highland2 (187) [1600x1200]

 

Quand le monde extérieur devient une menace, quand, sur l’horizon du ciel, se forment de gros nuages noirs, l’Art est un refuge. L’Italien Boccaccio avait raconté comment, pendant la Peste de Florence, une petite société réfugiée dans un manoir oubliait ses tourments en se racontant des histoires.

                      L’idée de Martine Fontanille, découle du même principe. Du 24 novembre au 3 décembre prochain, sur l’espace intime de la Fabrique du Vélodrome à La Rochelle, elle met en scène un « Avare » à la fois dérangeant et jubilatoire... Tout commence dans un atelier de couture où la vie s’est brutalement arrêtée. Cartons, frusques dépouillés de contenus, vieilles Singer, outils rouillés, hardes, stores remplis d’oripeaux, boites de gâteaux vides... Au fond, une porte, un couloir, un téléphone qui rythme « l’aventure scénique de l’atelier ». Car les ouvrières sont aussi des comédiennes et elles n’ont pas encore dit leur dernier mot.

                        Elles ne sont plus que trois à résister, à refuser l’avis de délocalisation que leur patron impose à l’usine. Si elles ne libèrent pas la place, elles en seront délogées par les CRS. Tant pis, les nouvelles du monde extérieur ne sont peut être pas bonnes, mais elles ne céderont ni à la détresse, ni à la morosité ! Elles ont d’emblée fait le choix du théâtre et du jeu. Obstinément, elles jouent « l’Avare » de Molière. La situation mise en place dans cette pièce est odieuse et le texte foisonne au point de les libérer de leur angoisse et de leurs tourments.

                       C’est là l’une des sources du plaisir que les trois comédiennes, qui jouent tous les rôles à la fois, offrent au spectateur. Sans se décourager, les trois ouvrières qu’elles incarnent d’abord rejouent dans la fiction leur opposition au « grand capital ». Harpagon est « le patron » : il veut ne rien céder aux subalternes et tout garder pour lui, argent, réputation, plaisir. Cette situation bloquée génère le détraquement des personnages. Chez ce père abusif, chez ce tyran domestique, être amoureux, oser une conversation, organiser un repas de mariage, emprunter de l’argent, tout devient grotesque et bouffon... La mise en scène, bijou de précision parfaitement réglé dans le petit espace de la Fabrique du Vélodrome, fonctionne parfaitement. Pantomimes, petite musique de menuet, gestuelle saccadée, métronome du temps scénique, carillon des trois actes rythmés par les coups de fil. Elise et Valère sont articulés comme des personnages de boite à musique. Harpagon, bandit manchot obsédé de la calculette, Harpagon, chippendale sexagénère, Harpagon Picsou, recroquevillé et pitoyable sous la lumière jaune, Harpagon Cruella d’Enfer qui fait défiler sous son fouet les 101 dalmatiens de la condition humaine.

                        Toute une humanité en souffrance se tord en effet dans cette boite close qui casse et  désarticule. Maître Simon, fakir noir karatéka, gesticulant dans une ruelle mal éclairée, Frosine boule rose de cabaret, à mi chemin entre le Crazy Horse et les Barbapapa et dont le déhanché et le mouvement d’épaule redessinent, sous le papier crépon de la perruque fluo, la sensualité gommée, Maitre Jacques cuisinier, bibendum sautillant, derviche tourneur aux yeux bridés, Maitre Jacques cocher, vague maraud calotté à la Tarass Boulba, Valère côté intendant, face rayonnante et tête à claque, Valère côté amant rebelle, hidalgo toréador, brandissant avec grâce un vieil outil pour terrasser la Bête immonde.

                       La Bête immonde, c’est le Temps. Pas besoin de regarder l’horloge où les minutes passent à toute allure au centre de la scène. Derrière, le téléphone sonne. Les sirènes et les hauts parleurs envahissent l’espace des coulisses. Déjà Nicole a décidé de renoncer. Nicole, c’est l’ouvrière qui jouait notamment le rôle d’Elise. Elle fait son paquet, range sa belle panoplie de marquise. Les deux autres récitent encore obstinément. Mais trop tard... la pièce n’ira pas à son terme... Pas de Deus ex macchina et pas de « happy end ». Le texte accélère, le débit haletant, la voix essoufflée. Ca y est ! Harpagon va retrouver sa cassette ! Inévitablement monte sur le paquet de frusques, au milieu des cartons, jubile et augmente son capital... La voix de Molière fait entendre une fois de plus la petite musique humaine du plaisir égoïste et de l’Injustice. L’atelier est plongé dans le noir. Plus de mots. Piétinements dans les coulisses.

 

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 05:48

 

Highland2 (186) [1600x1200]

 

                 Toute une humanité en souffrance se tord en effet dans cette boite close qui casse et  désarticule. Maître Simon, fakir noir karatéka, gesticulant dans une ruelle mal éclairée, Frosine boule rose de cabaret, à mi chemin entre le Crazy Horse et les Barbapapa et dont le déhanché et le mouvement d’épaule redessinent, sous le papier crépon de la perruque fluo, la sensualité gommée, Maitre Jacques cuisinier, bibendum sautillant, derviche tourneur aux yeux bridés, Maitre Jacques cocher, vague maraud calotté à la Tarass Boulba, Valère côté intendant, face rayonnante et tête à claque, Valère côté amant rebelle, hidalgo toréador, brandissant avec grâce un vieil outil pour terrasser la Bête immonde.

                       La Bête immonde, c’est le Temps. Pas besoin de regarder l’horloge où les minutes passent à toute allure au centre de la scène. Derrière, le téléphone sonne. Les sirènes et les hauts parleurs envahissent l’espace des coulisses. Déjà Nicole a décidé de renoncer. Nicole, c’est l’ouvrière qui jouait notamment le rôle d’Elise. Elle fait son paquet, range sa belle panoplie de marquise. Les deux autres récitent encore obstinément. Mais trop tard... la pièce n’ira pas à son terme... Pas de Deus ex macchina et pas de « happy end ». Le texte accélère, le débit haletant, la voix essoufflée. Ca y est ! Harpagon va retrouver sa cassette ! Inévitablement monte sur le paquet de frusques, au milieu des cartons, jubile et augmente son capital... La voix de Molière fait entendre une fois de plus la petite musique humaine du plaisir égoïste et de l’Injustice. L’atelier est plongé dans le noir. Plus de mots. Piétinements dans les coulisses.

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 05:51

Highland2 (185) [1600x1200]

 

                      Elles ne sont plus que trois à résister, à refuser l’avis de délocalisation que leur patron impose à l’usine. Si elles ne libèrent pas la place, elles en seront délogées par les CRS. Tant pis, les nouvelles du monde extérieur ne sont peut être pas bonnes, mais elles ne céderont ni à la détresse, ni à la morosité ! Elles ont d’emblée fait le choix du théâtre et du jeu. Obstinément, elles jouent « l’Avare » de Molière. La situation mise en place dans cette pièce est odieuse et le texte foisonne au point de les libérer de leur angoisse et de leurs tourments.

                       C’est là l’une des sources du plaisir que les trois comédiennes, qui jouent tous les rôles à la fois, offrent au spectateur. Sans se décourager, les trois ouvrières qu’elles incarnent d’abord rejouent dans la fiction leur opposition au « grand capital ». Harpagon est « le patron » : il veut ne rien céder aux subalternes et tout garder pour lui, argent, réputation, plaisir. Cette situation bloquée génère le détraquement des personnages. Chez ce père abusif, chez ce tyran domestique, être amoureux, oser une conversation, organiser un repas de mariage, emprunter de l’argent, tout devient grotesque et bouffon... La mise en scène, bijou de précision parfaitement réglé dans le petit espace de la Fabrique du Vélodrome, fonctionne parfaitement. Pantomimes, petite musique de menuet, gestuelle saccadée, métronome du temps scénique, carillon des trois actes rythmés par les coups de fil. Elise et Valère sont articulés comme des personnages de boite à musique. Harpagon, bandit manchot obsédé de la calculette, Harpagon, chippendale sexagénère, Harpagon Picsou, recroquevillé et pitoyable sous la lumière jaune, Harpagon Cruella d’Enfer qui fait défiler sous son fouet les 101 dalmatiens de la condition humaine.

 

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 06:39

Highland2 (184) [1600x1200]

                   Mon ancienne associée de théâtre, Martine (avec qui j’ai travaillé sur « les Fables », « le Petit Prince » et « Gulliver », me parlait depuis un moment de son spectacle sur « L’Avare » sur lequel elle travaillait depuis l’an dernier. Il est enfin prêt et nous avons pu aller voir la représentation vendredi soir. Un instant de bonheur qui m’a inspiré aussitôt un article que je publie en trois épisodes dans les jours à venir...

                      Quand le monde extérieur devient une menace, quand, sur l’horizon du ciel, se forment de gros nuages noirs, l’Art est un refuge. L’Italien Boccaccio avait raconté comment, pendant la Peste de Florence, une petite société réfugiée dans un manoir oubliait ses tourments en se racontant des histoires.

                    L’idée de Martine Fontanille, découle du même principe. Du 24 novembre au 3 décembre prochain, sur l’espace intime de la Fabrique du Vélodrome à La Rochelle, elle met en scène un « Avare » à la fois dérangeant et jubilatoire... Tout commence dans un atelier de couture où la vie s’est brutalement arrêtée. Cartons, frusques dépouillés de contenus, vieilles Singer, outils rouillés, hardes, stores remplis d’oripeaux, boites de gâteaux vides... Au fond, une porte, un couloir, un téléphone qui rythme « l’aventure scénique de l’atelier ». Car les ouvrières sont aussi des comédiennes et elles n’ont pas encore dit leur dernier mot.

 

 

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 06:38

 

Highland2 (182) [1600x1200]

 

                      Le goût de l’Art et la volonté d’impersonnalité déclarée de Flaubert rendent donc sa présence quasi transparente dans les romans. Dans la vie même, l’homme, le bon colosse normand, se tient à l’écart de tous, réfugié à Croisset où il « gueule » les phrases pour les « tourner » à sa manière, à l’écart des plaisirs des autres hommes (il considère que l’art doit occuper entièrement celui qui l’a choisi), à l’écart des femmes (ou alors de façon très épisodique avec la très libre Louise Collet qui devient surtout, avant Georges Sand, la correspondante à qui il confie ses tourments et ses affres d’écriture), à l’écart également des modes...

                  En effet, si, dans les manuels, on étiquette Flaubert comme le « chef de file du mouvement réaliste », il méprise le naturalisme et le goût ordurier de ses contemporains, exècre l’idée d’être « un fonctionnaire », un chef de régiment. Il sacrifie immanquablement à l’Art... L’âge avançant, ses voyages, ses sorties, il ne les fait que pour accumuler les notes à la bibliothèque ou pour « respirer » l’atmosphère de ses personnages : Normandie de Bouvard et Pécuchet... Aussi n’est-il présent que par petites touches dans ses œuvres, par gouttes pulvérisées. Par exemple le neveu et la nièce de la sublime Félicité dans un Cœur simple, c’est un peu lui dans ses jeunes années, et un peu sa nièce Caroline dont sa mère, après le décès de sa sœur, a eu la charge à Croisset.

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Eric Bertrand - dans livres
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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 05:59

Highland2 (181) [1600x1200]

 

              Revenons à Mme Bovary. Bien conscient de la nécessité de changer son style, Flaubert lit dans un journal local l’histoire d’une certaine Delphine Delamare. C’est aussitôt « le bon sujet »... On n’est plus dans le rêve ni dans l’extraordinaire mais dans le fait divers le plus banal. Une affaire d’adultère qui secoue une petite ville de province...

                 Le romancier en rassemble les acteurs et en fait les modèles de Mme Bovary : autour de l’insatisfaite petite bourgeoise Delphine Delamare, il fait tourner un don Juan de Clochemerle, un clerc de notaire sans épaisseur, un pharmacien badigeonné de vanité, un ecclésiastique lourd et borné...

 

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Eric Bertrand - dans livres
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