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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 15:11

Je commence une série de quelques interviews réalisées autour du roman "le Coffre de Rimbaud" sur les terres rimbaldiennes. Aujourd'hui, une rapide présentation des personnages...

Rimbaud Charleville

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 06:47

Un camion est passé dans la nuit, avec un plein chargement de haine et de fureur,

Un camion est passé dans la nuit, déchainé, sans aucun frein, sans aucun conducteur.

A ravagé les feux d’artifices, les bouquets, écrasé la lumière et le ciel bleu,

Etouffé les rires dans le soir, les voix, les souffles, les étoiles dans les yeux.

Un camion fou au masque atroce a filé dans la nuit tendre et scintillante.

Mais sous la lune implacable, la nuit se dresse et dit non, la nuit éclaire, la nuit tourmente.

……………………………

Des anges sous les fleurs avec leurs étoiles dans les yeux et une baie de bonheur foudroyée,

Des anges silencieux sur le pas des Anglais, au ralenti, au ras de la mer, le souffle coupé…

Ces anges désormais dans le soleil, en faisceaux de lumière, cohortent vers le ciel clair.

Et dans la vase des abysses, ignoble et répugnant bolide de l’enfer

Au large de la Baie des Anges,

Un camion fou s’enfonce dans la fange.

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2 juillet 2016 6 02 /07 /juillet /2016 11:18

Emission "Cap Cultures" présentée par Thierry Tougeron sur la frémissante Web TV Infos. Dans un studio feutré, bon moment d'échanges et d'écoute en compagnie d'artistes de tous horizons (chanson : Chaman Jo, romans fantastiques : Isabel Sorelh et Johan Duval, théâtre...) Voici ce reportage qui annonce aussi quelques interventions des talentueux élèves de deux troupes : Théâtre de Poche dirigé par Cathy Brasseau et atelier de la Mdl Man Man du lycée Vieljeux dirigé par Camille Geoffroy, sur des textes de Eric Bertrand.

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 12:30

« Black Trombone » au lever de rideau. Le ton est donné. La scène est nue, cinq personnages sont prostrés et vont s’éveiller pour entrainer le spectateur dans les vertiges de la folie. Sergio est un « patient schizophrène » qui a vécu un traumatisme et qui se souvient, par bribes, de ses errances et de ses amours. Moment délirant de lâcher prise où « les Sergio » se laissent aller à leurs divagations… Occasion aussi pour les comédiens (sous la camisole du stress !) d’une totale libération sur la scène.

Puis survient le bataillon des infirmières un peu cinglées, miroirs de leur patient, et qui assistent, en même temps que le public, à ce délire éveillé, s’approchent, l’encouragent, le consolent, l’invitent enfin à se brancher sur « Radio Pou » et à tout raconter, avec la complicité de l’insecte fétiche, le hanneton qu’elles ont eu la bonne idée d’emprisonner dans un bocal éclairé comme un feu follet !

D’entrée de jeu, les comédiens de la troupe du Théâtre de Poche que dirige Cathy Brasseau sont dans l’hallucination de l’insecte totem qui brille sous le coton et qui ressuscite les souvenirs de Sergio, fan de Serge Gainsbourg et elles l’implorent :

« Infirmières : fais-nous rire !

Manon : rire, à gorge déployée, afin d’oublier la misère qui nous entoure !

Infirmières : fais-nous crier !

Samantha : explore nos fantasmes !

Infirmières : fais-nous délirer !

Jane B : fais trembler nos carcasses !

Infirmières : électrise-nous !

Docteur Jekyll : envoie-nous la décharge de cent mille volts de ton pylone !

Infirmières : pleins feux sur Marilou et sur les autres !

Samantha : on est des commères, on adore ça !

Infirmières : coup de projo sur tes amours ! »

Le prologue s’achève et le spectacle peut commencer… depuis le « Kangourou club » où Sergio retrouvait ses copains pour oublier l’ennui et se griser d’alcool et de danseuses, jusqu’à la folle embardée sur les routes derrière le gang Burrow, mauvaise bonne idée qu’a trouvée Sergio pour « enlever » les filles, leur promettre du blé, des tonnes de blé, et satisfaire à tous leurs caprices…Harley Davidson, Ford Mustang, liasses de gros billets en petites coupures, hôtels particuliers, shit…

Avec beaucoup d’audace et d’enthousiasme sur la scène, les jeunes comédiens répondent du tac au tac aux exigences des infirmières du prologue et explorent ainsi l’univers si profondément humain des chansons de Serge qui oscillent entre onirisme, imaginaire, réalisme cru et désespoir. Avec talent, ils parviennent également à jouer sur le clavier des sentiments et des postures : séduction, provocation, douleur (sublime moment où Marilou évoque son passé : « ça donne presque envie de chialer » s’indigne Sergio), violence, rêverie, fantasme, sexualité, ennui, désespoir, exaltation, mélancolie, rêve d’ailleurs, grand amour, angoisse, pulsions de mort, Eros et Thanatos.

La pièce est ponctuée de nombreuses références à d’autres artistes qui ont marqué Gainsbourg : Nabokov, Baudelaire, Oscar Wilde, Huysmans, Lewis Caroll… Quoique très jeunes, (la plupart sont encore au collège), les douze comédiens s’en emparent avec bonheur, et vont jusqu’à citer le texte de « Lolita » en anglais…

« Docteur Jekyll : (s’approchant à nouveau des Sergio) souviens-toi, Sergio ! « Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta : the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee.Ta. » au grand désespoir de la plus rebelle d’entre elles, une certaine Bambou, qui s’exclame : « Moi, j’y pige rien, à part sea, sex and sun »

Des extraits de chansons rythment le spectacle : chansons de Serge, bien évidemment, mais également, et c’est un choix judicieux, chanson de Boris Vian. Avec beaucoup d’efficacité, la troupe (enrichie à l’acte 2 d’un shérif souffre-douleur tombé tout droit du film d’Arthur Penn « Bonnie and Clyde », « déménage les pianos », bouscule les décors, fait passer le spectateur de « la blanche clinique neuropsychiatrique » au bar du Kangourou Club puis au no man’s land de la folle escapade du nouveau « gang Burrow » dont Sergio et Marilou sont du jour au lendemain devenus les chefs de file.

« Quatre fusils, dix pistolets, quinze couteaux à cran d’arrêt... c’est pour un fameux carnaval que s’avance cet arsenal qui a pour nom Pancho Villa ! » « Nazi rock », « rock around the bunker ! »… Le public assiste, médusé, à l’escalade de la violence et de la délinquance mal maitrisées. Stripteaseuses, déménageurs de pianos, poinçonneurs des Lilas… Les personnages n’échappent pas à ce qu’ils sont profondément. Ils restent avant tout des « Pieds Nickelés, des toquards » comme le déplore Lola Rastaquouère. Ils le restent tragiquement, jusqu’à l’affrontement final avec la police et la plongée derrière le rideau de la vie, moment d’émotion finale, point d’orgue qui finit de résonner dans la tête de Sergio, seul survivant du massacre… Les personnages sont terrassés, ne bougent plus, donnent le frisson.

Puis les garçons se relèvent un à un, les Sergio de la clinique… Titubent, articulent des paroles apparemment décousues, entonnent doucement une sorte d’incantation étrange et métaphysique qui révèle une dernière fois chez les comédiens une bonne dose de courage et de sang froid…

« Sergio : et je n’aurai plus de mal à suivre le lapin d’Alice.

Sergio 2 : il me conduira tout droit de l’autre côté des racines.

Sergio 4 : pour manger avec lui ses pissenlits...

Sergio 1 : il fera bon, un grand soleil régnera à l’envers sur la terre.

Sergio : et je m’allongerai tout près du grand Chou Mandragore.

Sergio 3 : celui dont la racine ressemble à une tête d’homme... avec des oreilles en chou-fleur.

Sergio 4 : et le grand chou me dira simplement : « misérable mortel à tête de chou, regarde-toi dans ton propre miroir »...

Sergio 2 : et je verrai alors s’élever, au-dessus de la tête de Chou Mandragore...

Sergio : un immense hanneton velouté, un hanneton à la beauté intacte qui me recouvrira doucement de ses ailes et de sa lumière !

Tous : Marilou ! »

Gainsbourg ; théâtre

Gainsbourg ; théâtre

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 17:17

Coup de cœur pour les lycéens de deux classes de seconde… Le théâtre n’est pas forcément le lieu d’une parole glacée et ancienne où s’affrontent d’austères personnages dans une langue « chelou »... Dans les années 60, le Brésilien Augusto BOAL imagine un dispositif nouveau, fondé sur l’idée (depuis longtemps admise) que le théâtre doit susciter un éveil et une réflexion collective. Dans son fameux « théâtre forum », le public est amené en effet, au cours du spectacle, à s’interroger, à réagir et, d’aventure, à intervenir sur la scène afin de régler collectivement des problèmes de nature sociale, politique ou philosophique. C’est, en quelque sorte, un « théâtre debout ». Et, en ce lundi 30 mai, dans la salle Kanopé de la Rochelle, « le théâtre forum » met tout le monde debout à 9h30… Les lycéens, les accompagnateurs et les acteurs : pas des habitués des plateaux mais des étudiants en soins infirmiers de deuxième année. Cinq étudiants comme les autres qui sont là pour s’exprimer avec sincérité sur des questions essentielles sur lesquelles ils ont envie de travailler : le harcèlement, le mal être, le suicide. A l’origine, la coordinatrice du PRS Nord 17, leur a proposé, dans le cadre de leur examen, d’imaginer un canevas de scènes à jouer afin d’amener le public (environ quatre-vingt personnes présentes dans la salle) à une réflexion collective.

Les scènes s’enchainent rapidement et mènent, au terme d’une quarantaine de minutes, à un dénouement de nature tragique... La première se déroule dans une boite de nuit. Le personnage principal, Alex, est un grand timide qui n’ose pas s’approcher des filles mais qui parvient à surmonter son inhibition grâce à l’alcool. Son copain connaît les « vertus du produit » : trois effets, précise un peu plus tard l’animatrice du forum, « effet anxiolytique, euphorisant et désinhibiteur ». Ca tombe bien, la table de la discothèque est bien achalandée en « produits » de toutes sortes et Alex parvient à se libérer facilement dans les bras d’une Lysa qui lui facilite la tâche et qui finit par l’attirer dans son lit. Qu’attend-elle au juste du beau timide qui porte si bien le pull-over noué sur les épaules ? Elle est finalement vite déçue de la nuit qu’elle passe à ses côtés et la petite araignée malfaisante court piquer ses secrets intimes sur la toile, notamment dans les veines de ses deux discrètes amies qui répandent aussitôt le venin de l’information. Et l’affaire s’emballe. Au lycée, tout le monde montre Alex du doigt, on le surnomme « Speedy » et « Speedy » devient vite la victime malheureuse et la proie des moqueries.

Il ne veut plus aller au lycée, cesse de jouer au tennis. A la sortie du cours, son prof, du genre impatient, s’emballe et prend les choses à la légère : « mon petit Alex, il faut oublier cette histoire, une de perdue, dix de retrouvées ! Redresse la raquette et tire un smash ! Pense au championnat »... Ah, ces profs, on dirait que leur vie est un terrain de tennis et que, sur ce gazon de Wimbledon, le filet reste bien tendu pour séparer les deux camps ! Dans la scène suivante, c’est contre sa mère que joue Alex… L’adversaire est teigneux et envoie des balles liftées. Ralenti sur le portable. Hop ! Rafales de reproches sous les applaudissements… Et sur le divan, tortillant son vieux doudou comme une serviette éponge, la petite sœur n’est pas plus tendre que la mère. Elle envoie ses balles juste sur la ligne, et le pire, c’est qu’elle marque et que ça fait mal ! Alex est seul, de plus en plus seul. Sur le banc où il s’abîme, des pensées le torturent… Un masque blanc, un masque noir. Les deux côtés se brouillent et il n’y a plus de filet. Trop tard !

Le récit est simple, dépouillé, et conduit tout naturellement à une issue tragique. Les personnages que côtoie Alex sont inquiétants d’indifférence et d’égoïsme. Le prof psycho-rigide et faussement sympathique, le copain rigolard et lourdement facétieux, la petite copine ravie de faire le buzz, la mère survitaminée, la petite sœur chouineuse et fouineuse... Alex est sur la terre battue et personne n’est là pour le relever.

Mais tout n’est pas fini. Contrairement au schéma classique du théâtre tragique où, selon le mot de Jean Anouilh, « on est tranquille », parce que « la machine infernale » est lancée, là, rien n’est encore joué. L’expérience menée dans l’esprit du théâtre forum consiste en effet à « inverser la tendance » en intervenant directement et en tirant autrement sur les fils. Dans le scénario de base, et sous l’effet de l’humiliation, Alex était en train de plonger. Le geste désespéré auquel il pensait (« sefoutreenlair.com » a bavé la petite sœur…) est-il la conséquence logique et inexorable du harcèlement et de l’isolement ? Non. Dans le théâtre forum, le spectateur acteur, « spectacteur » comme disent les metteurs en scène, dispose de la prodigieuse possibilité d’infléchir le destin...

C’est ce qu’explique l’animatrice qui dévoile la stratégie du troisième temps du forum : le spectateur, qui a quelque chose à dire et à suggérer, va monter sur scène… Et les comédiens vont accepter de s’interrompre, d’improviser, bref de rejouer chacune des scènes. La voix vient désormais non plus d’un ordre divin, d’une obscure fatalité qui présiderait au déroulement de la tragédie annoncée, mais du public, dont la consigne consiste simplement à crier « stop ! » dès que quelque chose ne va pas. Crier stop et aussitôt proposer une autre orientation... Expliquer l’erreur, la faute commise par l’un des personnages (et, en qualité de « responsables » désignés par le scénario, ils en tenaient une couche !)… Se donner des sensations, oser parler, prendre en charge un autre discours et rejoindre les comédiens, les secouer, les remettre en jeu, afin de modifier la « dramaturgie ».

Car la scène va plus loin que le discours. Bon gré, mal gré, les élèves qui lèvent le doigt n’ont plus le choix. Poussés par les applaudissements des autres, ils entrent dans l’arène et, sublimés par la lueur des projecteurs, ils deviennent, l’espace d’un instant, des « super héros ». Ils sont là pour « sauver le monde ». Les voilà qui côtoient les acteurs (qui les ont vite conquis) s’indignent, s’émeuvent, s’énervent, trouvent la solution. Alex avait seulement besoin qu’on l’écoute, qu’on lui redonne un peu de force, qu’on l’aide à trouver des appuis, à inverser le cours des événements. Peut être auprès d’une mère plus tendre et plus compréhensive, d’une sœur compatissante et aimante : « Alex, tu me fais peur, Alex, j’ai besoin que tu sois là… » D’un ami un peu plus solidaire, d’un psychologue, qui puisse l’écouter, dialoguer et l’amener enfin à verbaliser le problème... Pas facile, malgré les bonnes intentions et malgré les projecteurs ! Car Alex se recroqueville et s’obstine à ne rien dire. Sa tête est un cachot où s’est enfermé le tourbillon de la folie et, jusqu’à présent, personne n’a fait l’effort de tirer le verrou... Il ne faut rien lâcher, franchir le mirador, lever les grilles, accéder au parloir de la conscience. Ne pas le laisser tout seul, l’amener à sourire à nouveau, à « profiter de la vie » affirme joliment l’un des élèves… Profiter de la vie, afin de surmonter l’épreuve qui, à terme, le rendra plus fort. « Ce qui ne me tue pas me fortifie » dit le philosophe.

A l’issue de la séance qui a duré plus de deux heures, les spectateurs n’ont pas tous participé activement au débat, mais ils en sortent plus forts. Certains sont restés silencieux, ont ri, souri, discrètement commenté ou simplement applaudi. Mais les idées agitées sur la scène ont pris de l’épaisseur et continuent de flotter autour des groupes d’élèves qui quittent la salle Kanopé et reviennent au lycée. Sous la petite pluie pénétrante de mai, ils discutent et revivent les meilleurs moments de la scène, continuent à leur manière le débat. Se disent qu’il est important de parler, d’essayer d’aider les autres. C’est ça le théâtre forum.

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 18:13

L’homme est galant et beau parleur. Il circule aisément sur la scène et jusque dans le public où, pour commencer sa parade, il cherche une « Fatima », une Sarah, puis, offre des fleurs à une « Angèle », à une « Mireille » qui, Mathurine et Charlotte des premiers rangs de la Coursive, excitent la parole du séducteur. Que les puristes s’accrochent à leurs accoudoirs, le texte de Molière disparaît. Quand Dom Juan entre en scène, il est là pour passer du bon temps et pour s’amuser. S’empare des prénoms. Joue de la voix. Prend des pauses. Effeuille les syllabes et les sons des prénoms comme il effeuillerait des marguerites. Un peu plus tard, son disciple Sganarelle chantera « les Passantes » de Brassens : « Je veux dédier ce poème, à toutes les femmes qu’on aime pendant quelques instants secrets »…. Et cependant, le Dom Juan que propose Sivadier, magistralement interprété par l’impétueux Nicolas Bouchaud, songe à autre chose qu’à la bagatelle amoureuse. Certes, il s’autorise des moments de pur libertinage... Par exemple lorsqu’il entonne, avec les techniciens du plateau, impliqués depuis le début sur cette scène sans rideau et sans fard dans le « théâtre du monde », un savoureux « sexual healing »… ou lorsqu’il retrousse la combinaison d’une Elvire venue inutilement lui offrir, à l’acte IV, l’occasion d’un illusoire repentir.

Sa véritable préoccupation est de nature métaphysique et, en cela, Sivadier se situe bien dans l’esprit du Dom Juan de Molière, plus proche d’un Galilée que d’un Casanova. Le plateau de la Coursive ouvre un éblouissant espace baroque, espèce d’embarcation théâtrale, voguant entre le ciel et la terre et propice à la variété de la pièce et aux nombreux changements de lieux et de registres. Des astres pendent du plafond, basculent, s’allument et s’éteignent, figurant un peu cette « branloire pérenne » évoquée par Montaigne ou par Shakespeare dans la nuit d’Elseneur, « out of joint ». A grands pas, Nicolas Bouchaud avec son large paletot, arpente la rotondité d’un globe représenté aussi sur le plateau. Et en surplomb, côté jardin, un panneau lumineux affiche le décompte des adresses que le héros lance au ciel (plus de soixante tout au long de la pièce)

Rien n’y fait… Ni les avertissements répétés et décousus de Sganarelle. Ni les grondements de Dom Louis, (le comédien, plus jeune que son partenaire dont il est pourtant le père se verse un sac de farine sur les cheveux et la veste, et semble ainsi pasticher un Don Diègue un peu vain (« et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers / Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ? ») ! « Gone with the wind »… Ni la rage un peu bouffonne d’une Elvire hystérique emplumée sous la coiffe bariolée d’un chef indien, surgissant dès la scène 3 de l’acte 1, hurlant et vitupérant, « Ah scélérat !... Mais sache que ton crime ne demeurera pas impuni et que le même Ciel dont tu te joues me saura venger de ta perfidie ».

Car Dom Juan a fait le pari du blasphème et c’est surtout à la morale et à la religion qu’il a décidé de s’en prendre. Le Pauvre ermite qu’il rencontre dans la forêt est un être pur, un ascète spiritualisé qui descend de son arbre et refuse obstinément de « blasphémer » (le metteur en scène a remplacé le mot « jurer » par ce verbe qui comporte une connotation plus violente et peut-être plus actuelle). «Va, va, jure un peu, il n’y a pas de mal ! » susurre Sganarelle, figure double du tentateur. C’est une comédienne qui joue le rôle de Francisque et qui incarne, à sa façon, la foi religieuse authentique. Elle a le mérite d’infliger un premier échec cuisant à Dom Juan qui est obligé de déserter puisqu’elle refuse de céder au charme réputé invincible du louis d’or et de la parole libertine. Pas question ici, dans la forêt et la nuit de l’égarement que symbolise adroitement le noir du plateau, « d’infortune de la vertu ». Et pourtant, ce Dom Juan ne lâche rien. Sivadier le montre installé dans son palais, méditant les pages blasphématoires de « la Philosophie dans le boudoir » du Marquis de Sade. En cela, il souligne bien la filiation entre Dom Juan et les auteurs du XVIII° (dont on ne retient souvent que le libertinage de mœurs).

Il y a chez Sade comme chez Dom Juan un défi au Ciel, à la Vertu et à la morale. « Me dira-t-on à cela que Dieu et la nature sont la même chose, ne serait-ce pas une absurdité ? La chose créée ne peut être égale à l’être créant ; est-il possible que la montre soit l’horloger ? Eh bien, continuera-t-on, la nature n’est rien, c’est Dieu qui est tout, autre bêtise ; il y a nécessairement deux choses dans l’univers, l’agent créateur et l’individu créé ; or, quel est cet agent créateur ? Voilà la seule difficulté qu’il faut résoudre, c’est la seule question à laquelle il faille répondre (…) Que faites-vous en m’offrant votre Dieu ? Vous m’en donnez une de plus et comment voulez-vous que j’admette pour cause de ce que je ne comprends pas, quelque chose que je comprends encore moins ? Sera-ce au moyen des dogmes de la religion chrétienne que j’examinerai… Que je me représenterai votre effroyable Dieu ? Voyons un peu comme elle me le peint. Que vois-je dans le Dieu de ce culte infâme, si ce n’est un être inconséquent et barbare, créant aujourd’hui un monde, de la construction duquel il se repent demain ; qu’y vois-je qu’un être faible qui ne peut jamais faire prendre à l’homme le pli qu’il voudrait ? »

Au début de l’acte cinq, s’il paraît métamorphosé dans la tenue d’Adam et, comme dans le texte biblique, sortant de la glaise, c’est pour mieux s’envelopper dans une grande cape de bure. Cette cape de la probité n’est qu’un paravent pour le comédien génial qui multiplie les masques. Non content d’attraper les alouettes au miroir, Dom Juan s’amuse désormais à feindre et à feinter. S’il prend le parti de tricher, c’est pour trouver sa place en société et être de son temps : « l’hypocrisie est un vice à la mode ». Ainsi il implique dans le public tous les imposteurs et tous les hypocrites, et lance une dernière provocation au Ciel et à tous ceux « qui se font un bouclier du manteau de la religion ».

Dans la glaise envahissante, sous l’immuable voie lactée, ce Dom Juan de 1665-2016 s’est recroquevillé. Il a l’air fourbe, il se relève doucement, enfant de la pâte à modeler. Ouvre les yeux. Cache son sexe. Feint le repentir. S’enduit de la tartine du langage. Arrange les plis de son costume… interpelle dans la mémoire du spectateur les silhouettes quasi contemporaines de Tartuffe (1664) et d’Alceste (1666). Et, au moment du dénouement, la scène de la Coursive retrouve vaguement l’écho de la voix sarcastique de ce « Misanthrope » époustouflant qu’incarnait deux ans plus tôt le même Nicolas Bouchaud dans la mise en scène du même Sivadier. « Tirons-nous de ce bois et de ce coupe-gorge ! Puisque entre humains ainsi vous vivez en vrais loups / Traitres vous ne m’aurez de ma vie avec vous. »

Molière; Dom Juan; Sivadier

Molière; Dom Juan; Sivadier

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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 16:16

Il était attendu, cette fois, livraison annoncée le 18 mai prochain, vous pouvez désormais passer commande de cet ouvrage qui vous fera revisiter de nombreux textes de Rimbaud, découvrir des facettes inconnues de sa vie en même temps qu'une histoire extraordinaire menée par des personnages bouleversants...

Le coffre de Rimbaud : commandes ouvertes!
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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 11:11

Il est prêt... Après des mois intenses et (aussi!) deux ans de gestation... "Le Coffre de Rimbaud", à paraître la semaine prochaine...

Rimbaud, Migrant

Rimbaud, Migrant

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 09:02

Après un beau succès de la troupe devant le public étudiant à La Rochelle, sur le Festival Mimésis, les comédiens préparent avec le metteur en scène Camille GEOFFROY, la seconde partie de la fable "l'Ile du Petit Ecran" dont voici un premier visuel et la thématique...

"En 2084, les antennes du pouvoir en place ont l’idée de produire une nouvelle émission de téléréalité en exhumant les vieilles références du Petit Ecran. « L’Ile du Petit Ecran » : tel est le nom de ce nouveau programme révolutionnaire. Y participent de jeunes volontaires qui, ne connaissant pas encore le véritable objectif de la Production, s’engagent corps et âme sur un plateau où règnent déjà défiance et narcissisme. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises… Pour le plaisir et l’édification du spectateur."

Téléréalité

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 18:59

Le premier jour, « ça fait pleurer le bon dieu » et dans le transistor, il a chanté « Ivanovitch ». L’enfant et l’adolescent ont trouvé que c’était beau.

Le deuxième jour, au bord du tourne disques, il a chanté « la Cavalerie », et le voyageur un peu soixante-huitard, un peu hippie sur les bords, a senti qu’il était prêt à partir sur les routes. Et le même jour, sur les plages des 33 tours, il a microsillonné « la Californie », « Niagara », « le caravanier » et « Zucayan ».

Le troisième jour, dans l’autoradio, il y a eu « Laissons entrer le soleil », et des fleurs semées dans les gares et les cheveux de l’auto-stoppeur. Sur les plages, coulaient dans le sable « des jours entiers à t’aimer » et « des larmes sucrées ».

Le quatrième jour, Rolo le baroudeur a quitté le groupe, s’est isolé en Bretagne, a regardé la mer, « Yann et les dauphins », « là-bas vers Ouessant ». Sous l’immensité de l’océan, chantaient toujours les sirènes, « les Menhirs » et « la Citadelle ». « J’ai eu trente ans », le Breton a vibré dans sa lande en regardant « les tristes blockhaus amers, où il fait froid ».

Le cinquième jour, « la côte gardait sa rage et le froid crachin son rire ». Le goéland éperdu râlait et tournait « où mer et rochers s’aiment », et le vent a poussé son archet dans la tempête, « à quoi sert une chanson, je veux être utile ».

Le sixième jour, « les aventures à l’eau »… la tête dans le walkman, « ballade pour un fou », le promeneur solitaire a laissé couler des larmes. Chanson sourde de la pluie, « souffrir par toi n’est pas souffrir », « la petite sorcière malade traverse le marécage, avec son balai brisé à la main ». Peut-être pour balayer « les souvenirs amers »…

Le septième jour, dans le casque, « l’éléphant est déjà vieux », et les oiseaux sifflaient, « fixaient le ciel désespéré de leurs yeux tout grillagés ». Mais si « le petit vieillard chantait mal », il a gardé son coeur « mi volcan mi rocker », « fou peut-être » et il a dansé avec les oiseaux dans les arbres. Et le patineur un peu fantasque aux yeux des autres a regardé encore la lune, les femmes boréales, les filles du feu, le phare des vagabondes, et il a posé un regard émerveillé sur « les jours de joie ».

Et Julien a trouvé que c’était bien.

Julien Clerc

Julien Clerc

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