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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 15:43

« Ça commence comme un rêve d’enfant, on croit que c’est dimanche et que c’est le printemps »… Il y a toujours eu, depuis le début de « l’histoire », une impression d’euphorie dans certaines des chansons de Julien Clerc (tu te souviens de cet effet de sidération lorsque tu avais entendu pour la première fois « Ivanovitch » dans le poste de radio). Ce moment de plénitude vient (en partie !) à la fois du rythme de la musique et de la folie des mots qui semblent grimper, s’attacher à la mélodie comme à un tuteur. « Partout la musique vient »…

    Après toutes ces années, c’est le même ravissement que tu retrouves en écoutant « Entre elle et moi ». Juju chante encore la beauté des femmes, le plaisir et l’inquiétude d’aimer, la caresse brulante et mélancolique d’un regard ou d’une étreinte. Fille de la véranda, fille aux bas Nylon, fille du feu, femme boréale, ange, Romina, Belinda, Angéla, Melissa, Adelita, Hélène, Cécile, femmes, je vous aime... Et, cette dernière, « sa préférence à lui », n’a pas de nom dans « elle et moi », mais elle est au niveau de toutes les autres, elle aime « son incertitude » et « elle le sait bien » !

    Eternel tourment de l’amour. Le temps coule, « quelques années qui ruissellent », et l’émotion intacte finit toujours par remonter à la surface, « valse mélancolique et langoureux vertige », « la treizième revient, c’est toujours la première ». « Vieux chandails que l’on caresse », romantique vague à l’âme d’un « cœur trop grand pour moi » qui, parce qu’il « souffre par elle, ne souffre pas vraiment ». 

    Pourtant, cette fois, comme toutes les autres fois, (mais ça, tu ne t’en souviens plus !) rien ne semble pareil. C’est « le Vierge, le Vivace et le bel Aujourd’hui » ! Tu la regardes et tu retombes amoureux : « entre elle et moi, il y a des printemps… Regardez bien là dans mes yeux, cette petite flamme ». Etincelle familière et pourtant neuve, réminiscence d’une « éternelle enfance, indocile, irraisonnée »« Le vert paradis des amours enfantines » que chantait aussi Baudelaire, « les violons vibrant derrière les collines ». Douce émotion et frémissement que, dans la chanson, semble accompagner la mélodie, la plainte du violon au détour de l’aveu : « c’est un peu d’elle que j’emprunte ».

    C’est peut-être cela « le petit différentiel qui nous tient » (par miracle ?) Ce « vide » et ces « distances » entre deux êtres infiniment sensibles, infiniment émus, capables tout à la fois de se déchirer ou d’entrer en fusion : « des ponts et des traversées »… ce que Maupassant, avec ses mots à lui, appelait « l’éternelle lutte entre les deux brutes humaines, le mâle et la femelle, où le mâle est toujours vaincu ». « Entre elle et moi… » Promesse de rapprocher enfin pour l’éternité deux êtres meurtris, si proches de la fracture et de « ce lit qui sépare nos rives » ? Rêve romantique et rêve à deux au sujet d’une « éternelle enfance » ?… Il suffit simplement pour cela de redonner le temps et le printemps à la photo. « Regardez bien sur la photo … »

 

Julien Clerc

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 14:04

Mardi 10 novembre 2016. « Hey, Niagara, une montagne qui pleure, oui c’est bien ça… tu vas faire monter la Seine, arrête-toi… Tes sanglots sont si longs que je m’y noie… Tu inondes mon destin de ton chagrin… Après-demain, j’aimerais que les gazettes ne me parlent pas de toi »…

     Il y a toujours eu tant de rêve américain dans les chansons de Julien Clerc que ce matin tu les écoutes d’une oreille un peu fanée… Rappelle-toi ! « La Californie se dore près de la mer et ne connaît pas l’été de la mer, la Californie est une frontière entre mer et terre le désert et la vie ». Troupe de « Hair » à Broadway… « Je vois ma vie se projeter dans l’espace… Au bout de l’Atlantique, je suis un génie, génie ». Tu te projetais ! Tu avais les cheveux longs et bouclés, tu avais le torse nu et portais la guitare et le sac sur le dos. Tu faisais de l’auto-stop comme dans les films. Tu réclamais le pouvoir des fleurs, tu lisais « les Raisins de la colère » et tu imaginais l’Amérique des chercheurs d’or, « les Vagabonds du rail » et « l’Appel sauvage » de Jack London. Tu étais un loup de liberté, de désir et d’envie. Tu avais le croc blanc de convoitise et tu rêvais de Californie. « La Californie est une frontière entre mer et terre, le désert et la vie »

    Mais tu étais encore chez toi, trop jeune pour oser tout quitter. Alors tu regardais ce jeune chanteur aux cheveux bouclés à qui tu t’identifiais de plus en plus. Frisettes et tignasse décoiffée, jeans, ceinturon en cuir, chemise sortie du pantalon, visage ténébreux. Tu écoutais tout ce qu’il chantait, tu retenais les paroles de ses chansons, surtout de celles qui complétaient tes lectures : « Les chercheurs ont laissé leurs pioches et leurs tamis, l’or étant devenu sourd à la leur triste folie… ». Les horizons s’ouvraient, tu étais un peu « beatnick », par procuration, avec ton acné et ton appareil dentaire ! Tu voulais le remplacer par l’harmonica de Bob Dylan collé à la lèvre et « taper la route », avec Joan Baez, Supertramp et Dire Straits. « Telegraph road » et « Breakfast in America ». Et Julien Clerc continuait de t’inspirer : « Des cheveux bien trop longs pour la région, une chemise dont les trous rêvent de me suivre un peu partout… Je suis le caravanier … », « Quand je vois les motos sauvages qui traversent nos villages, venues de Californie… je pense à la cavalerie ».

         Souviens-toi « la Californie »… Tout au bout de cette route 66 que chantera Eddy Mitchell. La Californie de Walt Whitman et de Jack Kérouac, celle des hobos et des « clochards célestes ». « I’m a poor lonesome cow-boy ».     « À pied, le cœur léger, je prends la grand-route / Bien portant, dégagé, le monde devant moi / Devant moi le long chemin poudreux conduisant où je veux… » Tu te récitais du Walt Whitman, ça te donnait l’impression de passer le grand Atlantique ! « Je vois ma vie se projeter dans l’espace … Let the sun shine in ». Peaux-Rouges, Blacks, Latinos, Sitting Bull, Martin Luther King et Angela Davis.

 

    Tu fermes les yeux, « les palétuviers dorment sous le vent, la cannelle fauve embaume ton temps ». Toujours l’harmonica de Dylan, la guitare de Mark Knopfler ou de Scott Mackenzie : « If you’re going to San Francisco, be sure to wear some flowers in your head », psychédélisme des Doors « Riders on the storm. Driving with Jim », « Light my fire ». Et dans les salles obscures, tu regardes encore « Paris-Texas », « Little Big Man » et « Danse avec les loups ». « Pétrifiés dans nos manteaux d’hiver, refoulés aux frontières du mensonge… »

    « Let the sun shine… Je suis un génie, génie » ! Génie dansant juste au-dessous du soleil, tout à l’ouest ? Génie à cheval sur les lames du Pacifique ? Génie qui garde sur les lèvres des fragments de la pomme d’or ? Big apple, where are you today ? « Tués par des rêves chimériques, écrasés de certitude, dans un monde glacé de solitude… Chantons nos rêves d’espoir sur un sitar, sitar… ». « Près des orangers, c’est là que t’attend au fond de tes rêves, ton prince charmant » ?

    Dans cette Amérique secouée, quel visage a-t-il donc pris le prince charmant ? Privée du rêve américain, Amérique, t’es-tu donc inexorablement rapprochée de toutes les fractures qui ont déjà tant déchiré nos latitudes ?  « La Californie est si près d’ici qu’en fermant les yeux, tu pourrais la voir »

Amérique; Trump; Julien Clerc

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 13:58

Pathé Marconi... « Pâté en croute… C’est nul ! » Tu plaisantes avec ta passagère ! Le bruit de moulin à café du moteur de la deux chevaux Citroën vous emmènent, le cœur léger, sur les petites routes sinueuses. Tu viens d’avoir ton permis, et tu écoutes « des mots d’ailleurs ».

    Départ pour un pique-nique de début d’été. Sous le soleil mexicain, le fond bleu clair de la cassette dont il faut prendre soin. Ne pas la laisser hors de son boitier, le plastique peut fondre, la bande se dévider ! Vous êtes plusieurs, un vrai convoi, partis de la ville pour chercher l’ombre des arbres et le bord du grand fleuve. Vos copines portent des ponchos, se font des tresses dans les cheveux, fument le narguilé et écoutent avec toi, si par chance tu en amènes une dans ta voiture, des chansons comme « Zucayan » et « Sertao » !

    « Des mots d’ailleurs »… Sous le soleil du matin sur le capot luisant, tu es prêt à les inviter toutes même en terre amérindienne, « parmi les Indiens bleus », et les « chevaux des cangaceiros »« une terre où vivaient les Nahuas, et des tours qui jaillissaient des eaux, la lagune de Mexico »

    Ta compagne du jour se recoiffe dans le petit rétroviseur. Sous le grand chapeau de cangaceiros, et la vibration de tôle froissée du moulin du capot avant que ta sœur a bigarré à coups de poivrons rouges et verts, vous rêvez des mots d’ailleurs. Un monde sans voiture et sans énergie nucléaire, un corridor escarpé où les engins polluants se métamorphoseraient en moutons ailés d’Eldorado… « Un empire, à l’abri de la loi, le bonheur blotti tout près de toi, une terre où passent des pumas ».

    Le plus souvent au retour, tu es seul dans la deux chevaux poussive, et tu écoutes « des mots d’ailleurs ». Et tu refais le monde : « Ce sont bien sûr des mots d’ailleurs pour étourdir un peu ton cœur, des mots d’ailleurs ». Le soleil descend derrière les collines, les rires se sont tus.  Il faut se rhabiller, reprendre les longues routes droites, rentrer dans la cité. Klaxons, feux rouges et sens interdits. Dans la lunette arrière, la campagne s’évanouit, « entourée de soleil et de joie, des oiseaux qui ne meurent pas… Dans le ciel quatre ou cinq soleils, des étoiles et tout l’arc en ciel… »

    Plus rien que la chanson dans le mauvais lecteur à cassettes… Même plus la voix dans l’habitacle ni,  dans le rétroviseur, le parfum exotique de ses cheveux. Cette fois, elle est partie à moto avec ton meilleur copain : « le bonheur blotti tout contre toi, des enfants qui rient et te tutoient… Ce sont bien sûr des mots d’ailleurs, pour étourdir un peu ton cœur, des mots d’ailleurs »

 

 

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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 15:52

« Captain fantastic » ! Ne pas se fier au titre ! Il ne s’agit pas d’un film de super héros ! Et pourtant, tout commence en pleine action, au beau milieu de la forêt, au moment de la chasse au gibier. Tapis dans les broussailles, des enfants sauvages, tatoués comme des guerriers, sont initiés par leur père et capitaine à un antique rite du sang. Et la maison de famille qu’ils habitent au fond des bois ressemble un peu à la maison de l’Ogre !

    Mais l’Ogre en question est un vigoureux chasseur, un sage marginal, disciple de Thoreau, qui éduque ses enfants dans le sens d’une vie naturelle menée à l’écart, dans une cabane isolée. Dix ans auparavant, avec son épouse, il avait quitté une grande métropole (probablement Los Angelès) afin, délibérément, de tourner le dos à la société de consommation et de partir loin, à la quête de vraies valeurs (quelque part dans le Montana peut-être).

    Le couple a six enfants, trois filles et trois garçons âgés de sept à 18 ans. Quand le film commence, les enfants ont adopté le mode de vie de « l’ogre » et acceptent, sans rechigner, les principes rudes et sportifs  de la survie dans un milieu rudimentaire où ils doivent aussi consacrer du temps à l’étude et à la culture. L’objectif déclaré du père, c’est de faire de l’enfant le « philosophe roi » d’une sorte de paradis terrestre, de « République » de Platon.

    Pour cela, les « sauvageons » sont aussi des disciples modèles, prêts à tout pour accroitre leurs connaissances intellectuelles. La maison dans les arbres dispose d’une véritable « librairie » à la Montaigne, et les enfants sont aussi dociles dans l’exercice du corps (entrainement militaire imposé à heures fixes) que dans celui de la réflexion et de l’analyse des textes. Car la culture n’est pas poudre aux yeux, occupation stérile comme elle l’est pour les enfants des universités et les cousins ! Elle doit au contraire favoriser l’échange, l’esprit d’analyse, la distance critique. Ainsi, quand l’une des deux adolescentes, décide de lire (en cachette !) le « Lolita » de Nabokov, le père lui demande aussitôt d’en proposer un premier bilan : mais pas question d’approximation ! Ni résumé, ni jugement vide de sens ! Si elle veut garder le livre, la lectrice doit le mériter, examiner les enjeux profonds du roman, les évaluer dans leur contexte, apprécier la charge humaine et sentimentale de la narration...

    Cette parfaite organisation à la Rousseau, où chacun doit trouver son équilibre dans le milieu naturel, est perturbée par la nouvelle de la mort de la mère partie depuis plusieurs mois dans un hôpital pour essayer de se soigner d’une grave maladie. Comment réagir ? Quitter le cocon forestier pour la jungle des grandes villes ? Confronter les « enfants sauvages » aux enfants de la civilisation ? Accepter les modes de vie auxquels les parents ont depuis longtemps renoncé et essayer de les assimiler en quelques jours ? Comment manger macdo ? Comment faire ses choix d’alimentation dans un supermarché ? Comment s’habiller à l’église sans avoir l’air du chanteur leader des Bee Gees ou d’un masque de carnaval ? Comment, très simplement ( !), parler d’amour à une jeune fille rencontrée dans un camping ? Comment assister à une messe traditionnelle   alors que la défunte réclamait un rituel païen très particulier pour son passage dans l’autre monde ?

         Autant de péripéties, de tribulations qui donnent aussi à ce film une coloration comique et picaresque… Tout au long de ces deux heures de projection, le spectateur se promène constamment entre fable philosophique sur l’éducation, la culture, la nature, la mort de l’être cher et les rituels d’accompagnement, et road-movie aux Etats-Unis. Et, à travers ce jeu subtil qui le fait osciller entre deux mondes, nature et culture, forêt et ville, il est ramené à ses origines profondes, à ses instincts de loup. Il devient un peu l’enfant, un peu l’ogre, un peu Thorau, qui observe, avec un œil presque ingénu, ces silhouettes étranges de consommateurs (jugés peu « félins » par la « tribu »), ces individus pressés et vains, ces modes de vie dangereux et ces catégories défigurées par des siècles de civilisation.

Cinéma

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 16:46

C’est le moment de l’aube. « Quatre heures du matin… ». Surtout pas une heure plus tard, pas cinq heures, quand « Paris s’éveille » ou quand « cinq heures du mat, j’ai des frissons… » On est loin de tout cela… « Quatre heures du matin, c’est l’instant le plus lourd… ». Instant indicible, précieux, « l’une de ces heures pâles de la nuit » que chantait Ferré. Instant fugitif qui jette l’enfant Rimbaud « au bas du bois », et lui ouvre les lèvres de « l’aube d’été ».

    La musique que Julien Clerc a associée à ce délicat poème de Maurice Vallet a quelque chose d’épiphanique. Les premières notes de guitare, la basse en rythme binaire ternaire, puis les trompettes célèbrent un temps en suspension, « quatre heures du matin », referment le rideau de la nuit et entrouvrent la « gaze » du matin. « Les portes sont fermées, les fenêtres sont vides… il va bientôt faire jour, il fait déjà presque froid ».

    Les yeux se ferment sur une nuit de tourmentes, presque baudelairienne, partagée entre des « fenêtres vides » et une « chambre double », témoin de « ma migraine, mon ennui, le début de ma haine et le fond de mon orgie ». « Les bouteilles vides » sont comme « la fiole de laudanum ». Elles sonnent le rappel sournois du « vieux malaise », et refont la place à « l’Horloge » des Fleurs du mal : « elles arrivent, les rides »… Bref, le retour au matin est d’abord lourd, cruel, cynique ! « Hue donc, bourrique, sue donc, esclave ! vis donc, damné ! »

    Et cependant, au seuil de la journée, après la nuit des cauchemars et « des ombres étranges », une silhouette se lève, « les pierreries regardèrent ». De l’autre côté de la nuit, où qu’elle soit, « parmi les clochers et les dômes… Sur les quais de marbre… En haut de la route, près d’un bois de laurier », quelle qu’elle soit, femme complice, déesse chimérique et ensorceleuse, créature d’exotisme ou d’ivresse, porteuse de chevelure marine ou de « bijoux sonores », elle promet une nouvelle dose d’enchantement : « quelque part, là-bas, le soleil d’aube larmoie sur des champs inondés. Je vais bientôt courir et me jeter vers toi, je viens m’anéantir, me sourire dans tes bras »

Julien Clerc; variétés françaises; aube

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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 06:08

L’histoire se passe « dans une ville de province » qui ressemblerait au Charleville, ce Charleville qu’a tant fustigé « l’homme aux semelles de vent ». « De l’Ukraine à la Russie, de l’Alaska à Miami, sur tous les continents surpris », l’ivresse n’a ni port d’attache ni goulot, elle étrangle, elle étreint celui et celle qui y goutent et les « bateaux ivres » sont nombreux à briser le verre de la bouteille… « Plus légers que des  bouchons », à « danser sur les flots »...

    « Enivrez-vous » encourageait Baudelaire, « Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps ». Enivrez-vous, rien que pour le plaisir d’affirmer ses quinze ans ! « La révolte qui grince entre les dents ». Quinze ans, ça pourrait bien être aussi dix-sept ! De toute façon, « on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ! Un beau soir, foin des bocks et de la limonade, on va sous les tilleuls vers de la promenade (…) » « A la musique ! » Et ça swingue, et ça rock’n’roll ! « Les poètes sont des chanteurs de rock et tu te jettes sur leur musique comme sur un bateau ivre ».

    En avant l’aventure ! Tu sens toutes les potentialités qui sommeillent en toi et tu t’éveilles, « la tempête a béni tes éveils maritimes ». « Avoir quinze ans dans une ville de province » ! Et tu écarquilles les yeux, tout te semble dérisoire, « des fils barbelés entre tes rêves et la réalité » ! Tu découvres l’horizon, « ton regard d’outre-mer rivé sur l’infini », cette énergie qui couvait en toi déjà depuis si longtemps, « à sept ans, ce grand désert où luit la Liberté ravie » « comme Rimbaud, tourné vers les déserts, déserts d’Abyssinie ».

    « La révolte qui grince » et tu es prête à tout ! A faire tout péter et tu as des flammes dans les yeux et des éclairs dans la voix, et tu gesticules et tes ongles et tes cheveux jettent des étincelles, « tu voudrais vivre aussi ta saison en enfer ». Tu tapages, tu renverses les normes, tu envoies tout valdinguer, « tu as de tes ancêtres gaulois l’œil bleu blanc, la cervelle étroite et la maladresse dans la lutte. Tu danses le sabbat dans une rouge clairière. Faim, soif, cris, danse, danse, danse » et « danse-s’y », « comme Rimbaud, ton regard d’outre-mer rivé sur l’infini »

Julien Clerc, Rimbaud

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 05:40

Tout commence par une petite dose d’effroi dans cette chanson.

    « Je t’en prie, jivaro, vide vide mon cerveau, je t’en prie Jivaro, réduis ma tête à zéro ».

    Plongée du côté d’une « Forêt d’émeraude » façon John Boorman pour se détourner du ciné, de la télé et même du LSD ! « Tristes tropiques » de la modernité galopante ! Avec Roda Gil, on a envie de faire marche arrière, de s’ensauvager avec Jean-Jacques Rousseau, Claude Lévi Strauss et Michel Tournier. Et, sans LSD, ça cogne dans ta cage thoracique et dans ton crâne, cette envie d’élargir les limites de tes arcades sourcilières et de tout plaquer.

    Pas très bien dans ta peau aussi. Envie de muter, « comme un bernard l’ermite qui se souvient d’anciens palais », envie de changer de peau… « Cœur coquille vide, pris dans d’opulents lichens mous »…C’est un peu ton tour de passer ta « saison en enfer »… « L’air marin me brulera les poumons, les climats perdus me tanneront. » Quelque chose qui vient du fond du crâne tape et résonne. Arpèges de violon, rythme obsédant du métronome…

    « Que j’échappe enfin aux femmes, à l’alcool et aux tripots, je t’en prie, Jivaro… »

    Partir loin, très loin, « parmi les Indiens bleus, les lianes enchevêtrées », trouver son avatar, sa tête réduite à zéro, mais toujours pensante.

    Il y a en même temps dans la musique de « Jivaro song », dans l’entrainement qu’elle peut donner un soir de concert comme une petite transe cruelle, une transe qui comporte une bonne dose de jubilation et d’autodestruction. « Je vais exploser bientôt, sous le poids de la vie, de ma femme, de mon auto » ! Plus tard, Julien Clerc chantera le « nouveau big bang ». Menace sur tout le répertoire ? « Je t’en prie Jivaro, réduis le texte à zéro ».

    Mais s’il n’y avait plus qu’un mot, ce serait « Jivaro ! »

Julien Clerc, variétés françaises

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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 06:56

C’était dans les heures sombres de novembre l’an dernier, lors des attentats du Bataclan…. Depuis, Isabelle Autissier a tenu son engagement et voici à nouveau nos bouteilles parties dans leur grande aventure !

Retour en arrière…

Minutes de silence et bouteilles à la mer

 

         Au lendemain des attentats, immense douleur, consternation, prostration, révolte sourde qui gronde quelque part au fond de l’être et qui ne demande qu’à éclater…

Dans le lycée, ainsi que dans tout le pays, une minute de silence est prévue en ce lundi matin…Un moment de recueillement, inscrit sur le planning et imposé à tous les personnels et à tous les élèves…

Cette « minute de silence » a duré bien davantage, dès la première heure et tous les jours qui ont suivi. Comment traiter de l’horreur et de la barbarie dans un cours ? Comment faire circuler la parole quand la parole ne vient pas, quand elle est obstruée par l’angoisse, l’incompréhension, les images et les discours des médias ? L’écriture me semblait la forme de réponse la plus adaptée et la plus authentique pour recueillir le vacarme des silences.

Dans le silence des stylos, la mine chiffonnée, l’œil étincelant, les élèves de 1ères S5 et de 1ères ES1 ont rédigé de petits messages dans le secret de leur conscience et de leur cœur. De petits messages pour crier ou essayer de comprendre, pour accompagner les victimes, pour haïr la haine et pour lancer un appel au grand large de leur vie… Une veine de mots palpitants, des mots qui pulsent, des mots qui vibrent. Une veine de lettres saignantes, de lettres écorchées qui redessineraient des lignes  de vie et des lignes d’espoir.

L’idée était de rassembler tous ces témoignages, de les enfermer dans deux bouteilles (une par classe) et de les livrer au flot pour que « la minute de silence dans deux classes du lycée Vieljeux » s’en aille résonner au fil de l’eau et du temps. Qu’elle parte au loin, quelque part, cap vers le vaste monde !

Mais les courants des pertuis ne suffisent pas. Il fallait un bateau, une navigatrice en partance… Et cette navigatrice, ce sera Isabelle Autissier. Isabelle Autissier (voir sa rencontre des élèves l’an dernier au lycée) qui a accepté d’embarquer les bouteilles et de les lancer au large, lors de son prochain voyage prévu cet été vers le Groenland.

Que la mer soulève dans l’écume et la plume de ses flux et reflux cette ancre vagabonde !

 

 

Attentats bataclan; bouteilles à la mer; Isabelle Autissier

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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 07:45

Où est passée la maison bleue ? On y était bien, on se retrouvait comme ça, « après des années de route », guitare sur le dos et fleurs dans les cheveux, « peace and love ! », criant, bêlant et proclamant le pouvoir des fleurs.

    « L’amour en chantier ! »… Dans cette chanson, on distingue encore davantage sous la voix, le Julien Clerc aux cheveux bouclés, celui de la Californie, du Caravanier, de la Cavalerie, de Niagara et de Hair. Le timbre a quelque chose de profondément hippie…

    Mélancolie d’un amour perdu, fantaisie des « rues sombres et des chemins boueux », rêveries tortueuses et souffrances délicieuses de la passion, « c’est triste de ne plus être triste sans vous » chantait Brassens… « Je vis en plein été comme au cœur de l’hiver ». Sentiment de gâchis, d’un changement brutal du monde autour de soi, «caterpillar, dans la lingerie fine » dira Souchon. C’est la tristesse d’Olympio, ou la mélancolie de Lamartine, contemplant son lac. « Tu ne retrouverais plus rien ici et maintenant… »

    Mais cette fois, il n’y a même plus l’éternité de la nature pour se consoler ou ressusciter la silhouette de la femme aimée. On est au seuil des années 70, au cœur d’une civilisation galopante. L’amour même est en chantier : « Les fleurs sont coupées… Il y a de grandes routes… La maison reste seule au milieu des géants… Et les chantiers me cernent et disparaît la rue où nous nous sommes connus… Car le bâtiment va… »

    Et quand le bâtiment va, tout va ! Sauf que l’amour ne se mélange pas avec le béton, et qu’il est, la plupart du temps, « en chantier »…

Julien Clerc. Variétés françaises. Période hippie

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 08:12

« Même si les maîtres parlent et qu’on ne m’entend plus… »

Un camion est passé dans la nuit, avec son chargement de haine et de fureur,

Un camion est passé dans la nuit, sans aucun frein, sans aucun conducteur.

A éteint les feux d’artifices, les bouquets. A écrasé la lumière, le ciel bleu,

Etouffé les rires dans le soir, étouffé les voix, les étoiles dans les yeux.

Un camion fou a filé dans la nuit tendre et scintillante.

Mais sous la lune implacable, la nuit se dresse et la nuit chante.

             Tu te souviens de cette nuit et tu écoutes ce matin, sous le ciel bleu de Nice, la chanson de Julien Clerc écrite par Etienne Roda-Gil un jour de l’année 1992.... « Comme la lune fidèle à n’importe quel quartier, je veux être utile à vivre et à rêver ». Silhouettes furtives sur la Promenade des Anglais. Silhouettes meurtries n’importe où désormais, « Dans n’importe quel quartier d’une lune perdue, même si les maîtres parlent et qu’on ne m’entend plus ».

             Mais sous le ciel limpide et transparent, la voix s’élève claire et forte comme un poème ou un canon au-dessus du fracas, « à quoi sert une chanson si elle désarmée ? » Les grandes ailes noires du piano installé dans un coin frémissent et subliment les notes mélancoliques de la chanson. La voix du chanteur vibre, monte encore au-dessus des souffles, au-dessus des larmes et des yeux, enveloppe les hommes et les femmes, se soulève au-dessus de la mer, au-dessus du ciel bleu, sillonne les rues de la vieille ville, enfile les avenues, les boulevards : « même si c’est moi qui chante à n’importe quel coin de rue ». Se penche sur ces ombres qui tremblent et s’éveillent…

Ces anges sous les fleurs avec leurs étoiles dans les yeux et la baie de bonheur foudroyée,

Ces anges silencieux sous le pas des Anglais, au ralenti et le souffle coupé…

Ces anges désormais dans le soleil, en faisceaux de lumière, en cohorte toujours vers le ciel clair.

Et dans la vase des abysses, ignoble et répugnant bolide de l’enfer

Au large de la Baie des Anges,

Le camion fou s’enfonce dans la fange.

    « A ceux qui m’ont aimé, à ceux qui m’aimeront et à ceux qui m’aimaient, je veux être utile à vivre et à rêver »

Julien Clerc ; Attentats et hommage

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