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Texte Libre

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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 05:08

F1000001.JPG

 

Présentation

Dans l’édition de 1861, ce poème précède naturellement celui qui porte le nom de « Elévation ». Il célèbre la liberté du poète lorsque celui-ci parvient à se libérer des contraintes terrestres. Quatre quatrains à rimes croisées dont le dernier est destiné à fournir la clé de l’interprétation du poème.

 

Le poète est un majestueux oiseau de mer (voir « l’homme et la mer ») : le poème est fondé sur une comparaison explicitée dans la quatrième strophe. Toute la description de l’albatros est donc à décrypter à travers le rapprochement avec le poète. La personnification de l’oiseau se construit à travers les trois premières strophes : « roi de l’Azur », « voyageur ailé ». La noblesse de ces images est en lien avec la périphrase  du vers 13 : «  prince des nuées « . L’envergure signalée à travers l’hyperbole «  ailes de géant «  au vers 16 confirme l’impression majestueuse qu’exprime l’oiseau en plein vol.

Le poète connaît la plénitude au moment du vol : le ciel est à comprendre comme ce que Baudelaire appelle l’Idéal. Le poète et l’oiseau parfaitement à leur aise dans « la tempête » : le verbe « rire » indique le « jeu » auquel il se livre par la grâce de son talent. Le mot « archer » connote la violence et confirme l’impression de légèreté du poète, capable de faire ce qu’il veut tout comme l’albatros qui joue avec les courants ascensionnels. Au Q1, l’albatros est décrit dans un mouvement d’élévation qui lui est rendu possible par le biais de ses ailes comme le souligne le choix de l’adjectif « vaste oiseau des mers ». On peut reconnaître là comme un glissement de sens (un hypallage) du mot océan au mot oiseau. (C’est l’océan qui est vaste...) Par ailleurs, cette élévation est marquée dans le rythme des vers (enjambement des vers 2 et 3). Cette grâce du vol est d’autant plus nette qu’elle s’harmonise avec le mouvement du navire, tout en douceur et en fluidité comme le signalent les allitérations en « s » et en « f » du vers 4. Cette euphorie est d’autant plus nette qu’elle est fondée sur un système antithétique qui oppose la grâce au ridicule, la noblesse au grotesque, le ciel à la terre (le pont du navire).

 

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 05:48

Aix (11) [1600x1200]

 

L’albatros


Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.


A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.


Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!


Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.


L’Ennemi


Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

- O douleur! ô douleur! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !

LXXVIII - Spleen 

 

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

 

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. 

 

 

Parfum exotique

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

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Eric Bertrand - dans livres
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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 05:26

rodin_1_.jpg

 

Maintenant que les cours sont terminés, je publie à partir de mercredi pour les amateurs de Baudelaire des « cours plus sérieux », basés sur les lectures préparées pour mes élèves dans le but de l’exercice périlleux de l’oral.

                Comment, en l’espace de dix minutes, parler correctement d’un poème en y mêlant des remarques sur « le fond » : (développer les idées qui entourent le poème, le contexte qui l’a généré...) et sur « la forme » : (montrer qu’on sait des choses sur le fonctionnement du poème et qu’on est capable d’utiliser des outils pertinents...)

                Ces cours sont « des notes » et mériteraient une explication, mais je fais confiance à la perspicacité de mes lecteurs ! Au programme « l’albatros », « Spleen », « l’Ennemi » et « Parfum Exotique » ! Alors pour commencer, relecture ! Je vous fournis demain les textes !

 

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Eric Bertrand - dans livres
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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 04:53

La-Rochelle_5048---.jpg

 

               J’aborde une semaine déterminante puisqu’elle marque un tournant. Des oraux de français qui s’achèvent, puis une série de « bilans » souvent sous leur « forme apéritive » ! Les quartiers d’été vont commencer. Le blog va continuer un peu... Plus très longtemps avant la pause estivale.

                Comme je l’ai dit, l’été sera littéraire. Un certain nombre de lectures à effectuer dans la perspective de la rentrée (marquée par de nombreux projets ambitieux sur lesquels je reviendrai)... Et puis il me faut continuer la promo de mes deux livres et j’ai indiqué précédemment les nombreux lieux de rendez-vous où je serai présent pour des signatures. Le premier d’entre eux est à Cultura samedi prochain à partir de 14h00.

 

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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 05:48

Bretagne 2011 (18) [1600x1200]

 

Beaucoup d’écrivains depuis Rousseau l’ont brillamment montré : le travail de la mémoire peut enchanter les souvenirs. Dans ce domaine de « la vraie vie », Proust est une cathédrale ! Sur l’immense ban de sable de la Mémoire, A la recherche du Temps perdu érige un sanctuaire, une sorte de Mont Saint-Michel scintillant.

                Sitôt qu’il s’est attablé devant sa tasse de thé, comme une lady sur une terrasse de Balbec, sitôt qu’il a commencé de grignoter sa précieuse madeleine, le narrateur de la Recherche s’enfonce dans une mer intérieure. Le goût de la madeleine ne ravit pas simplement l’estomac creux de la gourmande et maniérée amatrice de tea time, il sollicite aussi le courageux aventurier de la mémoire, le conduit à une plongée délicieuse... Loin le présent, loin les petites cuillères à thé qui tintent, les mandibules de carpe des vieilles dames qui mâchonnent et qui tintent.

                C’est une cité fabuleuse qui émerge peu à peu. L’émeraude du Souvenir, polie par le travail de la Mémoire et de l’Ecriture... Les formes et les couleurs, les visages et les voix se recomposent, se cristallisent derrière la paroi de ce gigantesque aquarium de la vie reparcourue à coups de palmes subtils. Il faut considérer l’un des passages de « A l’ombre des jeunes filles en fleurs » comme la mise en abyme de toute la démarche du romancier.

                Proust y observe astucieusement le phénomène : au moment des vacances, les paysans et les pêcheurs de Balbec en quête de rêve et d’étrange spectacle, défilent devant la baie vitrée du Grand Hôtel pour voir les aristocrates et les bourgeois attablés. L’écrivain évoque alors la métaphore de l’aquarium et assimile le travail de l’écriture à celui qu’accomplirait un « amateur d’ichtyologie humaine », à savoir un spécialiste des poissons et de la faune subaquatique.

                Œil vif, geste précis, méticuleux, gants noirs, micro perceuse, montre de plongée au poignet, notre homme est un artiste, un orfèvre en la matière ! Un peu à la façon de l’un des experts du film « Ocean’s eleven », il commet LE hold-up du siècle ! Mais son « hold-up » se situe à des profondeurs où la caméra de surveillance ne va pas. L’ouverture du coffre ouvre un filon. Il s’en empare, le remonte à la surface. Le lecteur complice est là qui attend. Il n’hésite pas, prend le risque de saisir à son tour le butin dans la camionnette et de l’échanger contre les espèces sonnantes et trébuchantes de la Mémoire intime.

 

 

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Eric Bertrand - dans livres
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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 05:29

réception livre (3) [1600x1200]

 

Sous la bannière des fées se cachent des mystères de la vie, la magie de l'écriture, le fil tissé des mots et des générations....

Erik Bertrand réussit le tour de force de nous porter non pas dans une, mais des belles histoires.... chaque personnage rencontré par l'héroïne est un délice de lecture ! une peinture ultra réaliste d'un marin d'eau douce, d'un journaliste, d'une vieille dame, ces personnages se matérialisent presque sur le banc d'à coté !

Il relate avec une délicatesse presque féminine le ressentie de son héroïne face aux hommes rencontrés, certaines séductions et certains émois troubles... Cadeau au détour d'une page, des bribes de vers puissants se rappellent à notre mémoire paresseuse de lycéen ayant trop tôt tourné la page !

Erik sait égrener au fil des pages sa passion pour les mots, les auteurs, la lecture et ses clés pour un monde magique, intemporel et universel qu'il nous faut préserver coute que coute, pour ne pas perdre son âme...Un régal pour le coeur, notre belle langue qui vibre presque sur nos papilles !!

               

 

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Eric Bertrand - dans livres
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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 04:53

boucher odalisque

 

La référence à Baudelaire travaille l’univers de Serge Gainsbourg et notamment les premiers textes (les plus achevés littérairement...) Immédiatement viennent à l’esprit, pour qui connaît un peu l’univers baudelairien, les admirables « Couleur café » ou « Initials BB », dont les musiques  et les rythmes soulignent et accentuent le retentissement.

                Un jour, au concours de l’Eurovision, on se souvient peut-être aussi de la sensualité une certaine Joëlle Ursul, nouvelle mulâtresse, interprète de « White and black blues » écrit par un Gainsbourg Pygmalion. Il y a aussi, dans les premiers albums, une chanson intitulée « Baudelaire » qui reprend le fameux « serpent qui danse ». Tout Baudelaire est dans cette danse des sens, dans cette espèce disque de la Beauté platine dont le support vinyl était la plus exacte des correspondances.

                On trouve, du reste, le mot fameux mot baudelairien de « correspondances » dans l’une des premières chansons de Gainsbourg : « le Poinçonneur des Lilas ». Le texte explore, à sa façon, l’intimité d’un employé de métro assommé par la tâche « des p’tits trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous ». Le seul espace de liberté qui lui reste, c’est, « sous son ciel de faïence », de « voir briller les correspondances ». Cette première charge baudelairienne amorce aussi, dans l’œuvre de Gainsbourg, toute la thématique du voyage et du « scenic railway »...

                Dans le contexte déprimant de la réalité quotidienne, le spleen menace de toutes parts. L’Idéal, (le Ciel sous la faïence !), est ailleurs. Au-delà de l’artifice, au-delà de l’Ennui, accessible uniquement par la grâce conjuguée du paradis artificiel et de la sensualité... Il faut réécouter, rien que pour le plaisir, le texte moins connu intitulé « l’alcool ». Le chanteur s’exprime à la place d’un malheureux aux prises avec les tourments de ses illusions. « Mes illusions donnent sur la cour / Des horizons, j’en ai pas lourd / Quand j’ai bossé toute la journée / Il ne me reste plus pour bosser / que les fleurs horribles de ma chambre... ». Notons bien ces « fleurs », pétales sans doute arrachées aux « Fleurs du Mal ». Le texte construit un double itinéraire : celui de la réalité et celui du rêve. « Dans les troquets du faubourg j’ai des ardoises de rêveries (...) et dans les vapeurs de l’alcool, je vois mes châteaux espagnols » L’immonde dans lequel « survit » son personnage cède soudain la place au merveilleux : « J’oublie ma chambre au fond d’la cour / Le train de banlieue au petit jour » : l’alcoolique « au regard morne, aux mains dégueulasses », change soudain de vie, s’évade, se métamorphose.

                Dans toute la chanson, le contraste entre les deux vies, les deux silhouettes et les deux horizons reproduit à sa façon les lignes d’un poème en prose du Spleen de Paris intitulé « la Chambre double ». « Une chambre qui ressemble à une rêverie... Sur le lit est couchée l’Idole, la souveraine des rêves » L’unique objectif du poète, allongé dans sa chambre, est également celui d’échapper au sordide et de retrouver le vertige qui le met au contact direct de l’Idéal. « Horreur ! Je me souviens ! Oui, ce taudis, ce séjour de l’éternel ennui (...) Dans ce monde étroit, mais plein de dégoût, un seul objet connu me sourit : la fiole de laudanum ». Le « fumeur d’opium » qu’est aussi Baudelaire ne se grise aux visions de « la souveraine des rêves, la sylphide », qu’à condition qu’il parvienne à vaincre le Temps et le « hideux vieillard » qui est en lui.

                Dans ce sens, le personnage de « l’alcool » écrit, à sa façon, « le poème du haschich ». Il est, chez Gainsbourg, cousin de celui qui, dans la chanson « Initials BB », « se morfond dans quelque pub anglais du cœur de Londres ». Par la vertu de « l’eau de Selz », il voit tout à coup émerger au-dessus de son verre, une créature splendide dont les grelots, « les clochettes d’argent de ses poignées » sont liés aux fantasmes baudelairiens des bijoux, de la peau mate et de la senteur. « La très chère était nue et connaissant mon cœur / Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores / Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur / Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures ». La créature du fond du verre a pris les traits de BB en ces années 60 où la star tentatrice du cinéma français donne envie aux créateurs de reparcourir tous les mythes...

                Le « parfum exotique » de « l’essence de Guerlain dans les cheveux » enivre le poète et l’amène jusqu’à la légendaire Alméria : « agitant ses grelots / Elle avança / Et prononça ce mot / Almeria ». Chevelure, parfum, bijoux, mouvement, tous les ingrédients de l’extase baudelairienne sont favorisés par les vapeurs de l’eau de Selz. La retentissante entrée en matière de la porteuse de « médailles d’imperator » favorise le départ vers un port de nature à la fois exotique et érotique : limite extrême où le vice et le calcul guident le regard halluciné du buveur vers l’embouchure du haut des cuisses : « jusques en haut des cuisses elle est bottée, et c’est comme un calice à sa beauté »... La comparaison audacieuse, sacrilège, a le mérite de combiner à la fois les sensations olfactives, gustatives, visuelles, et auditives. C’est dans le calice tendu par cette beauté païenne qu’éclot une véritable « fleur du mal », souveraine et dominatrice, et mettant à genoux ces deux adorateurs de la Beauté éternelle, réunis par la magie de l’Art. « Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur / Ce monde rayonnant de métal et de pierre / Me ravit en extase et j’aime avec fureur / Les choses où le son se mêle à la lumière »

 

 

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Eric Bertrand - dans livres
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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 04:30

atelier-octobre--8----.jpg

 

Dans ce sens, le personnage de « l’alcool » écrit, à sa façon, « le poème du haschich ». Il est, chez Gainsbourg, cousin de celui qui, dans la chanson « Initials BB », « se morfond dans quelque pub anglais du cœur de Londres ». Par la vertu de « l’eau de Selz », il voit tout à coup émerger au-dessus de son verre, une créature splendide dont les grelots, « les clochettes d’argent de ses poignées » sont liés aux fantasmes baudelairiens des bijoux, de la peau mate et de la senteur. « La très chère était nue et connaissant mon cœur / Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores / Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur / Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures ». La créature du fond du verre a pris les traits de BB en ces années 60 où la star tentatrice du cinéma français donne envie aux créateurs de reparcourir tous les mythes...

                Le « parfum exotique » de « l’essence de Guerlain dans les cheveux » enivre le poète et l’amène jusqu’à la légendaire Alméria : « agitant ses grelots / Elle avança / Et prononça ce mot / Almeria ». Chevelure, parfum, bijoux, mouvement, tous les ingrédients de l’extase baudelairienne sont favorisés par les vapeurs de l’eau de Selz. La retentissante entrée en matière de la porteuse de « médailles d’imperator » favorise le départ vers un port de nature à la fois exotique et érotique : limite extrême où le vice et le calcul guident le regard halluciné du buveur vers l’embouchure du haut des cuisses : « jusques en haut des cuisses elle est bottée, et c’est comme un calice à sa beauté »... La comparaison audacieuse, sacrilège, a le mérite de combiner à la fois les sensations olfactives, gustatives, visuelles, et auditives. C’est dans le calice tendu par cette beauté païenne qu’éclot une véritable « fleur du mal », souveraine et dominatrice, et mettant à genoux ces deux adorateurs de la Beauté éternelle, réunis par la magie de l’Art. « Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur / Ce monde rayonnant de métal et de pierre / Me ravit en extase et j’aime avec fureur / Les choses où le son se mêle à la lumière »

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Eric Bertrand - dans livres
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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 05:53

Atelier-du-10-oct--5----.jpg

Dans le contexte déprimant de la réalité quotidienne, le spleen menace de toutes parts. L’Idéal, (le Ciel sous la faïence !), est ailleurs. Au-delà de l’artifice, au-delà de l’Ennui, accessible uniquement par la grâce conjuguée du paradis artificiel et de la sensualité... Il faut réécouter, rien que pour le plaisir, le texte moins connu intitulé « l’alcool ». Le chanteur s’exprime à la place d’un malheureux aux prises avec les tourments de ses illusions. « Mes illusions donnent sur la cour / Des horizons, j’en ai pas lourd / Quand j’ai bossé toute la journée / Il ne me reste plus pour bosser / que les fleurs horribles de ma chambre... ». Notons bien ces « fleurs », pétales sans doute arrachées aux « Fleurs du Mal ». Le texte construit un double itinéraire : celui de la réalité et celui du rêve. « Dans les troquets du faubourg j’ai des ardoises de rêveries (...) et dans les vapeurs de l’alcool, je vois mes châteaux espagnols » L’immonde dans lequel « survit » son personnage cède soudain la place au merveilleux : « J’oublie ma chambre au fond d’la cour / Le train de banlieue au petit jour » : l’alcoolique « au regard morne, aux mains dégueulasses », change soudain de vie, s’évade, se métamorphose.

                Dans toute la chanson, le contraste entre les deux vies, les deux silhouettes et les deux horizons reproduit à sa façon les lignes d’un poème en prose du Spleen de Paris intitulé « la Chambre double ». « Une chambre qui ressemble à une rêverie... Sur le lit est couchée l’Idole, la souveraine des rêves » L’unique objectif du poète, allongé dans sa chambre, est également celui d’échapper au sordide et de retrouver le vertige qui le met au contact direct de l’Idéal. « Horreur ! Je me souviens ! Oui, ce taudis, ce séjour de l’éternel ennui (...) Dans ce monde étroit, mais plein de dégoût, un seul objet connu me sourit : la fiole de laudanum ». Le « fumeur d’opium » qu’est aussi Baudelaire ne se grise aux visions de « la souveraine des rêves, la sylphide », qu’à condition qu’il parvienne à vaincre le Temps et le « hideux vieillard » qui est en lui.

 

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 05:02

Serge--R-solution-de-l--cran-.jpg

La référence à Baudelaire travaille l’univers de Serge Gainsbourg et notamment les premiers textes (les plus achevés littérairement...) Immédiatement viennent à l’esprit, pour qui connaît un peu l’univers baudelairien, les admirables « Couleur café » ou « Initials BB », dont les musiques  et les rythmes soulignent et accentuent le retentissement.

                Un jour, au concours de l’Eurovision, on se souvient peut-être aussi de la sensualité une certaine Joëlle Ursul, nouvelle mulâtresse, interprète de « White and black blues » écrit par un Gainsbourg Pygmalion. Il y a aussi, dans les premiers albums, une chanson intitulée « Baudelaire » qui reprend le fameux « serpent qui danse ». Tout Baudelaire est dans cette danse des sens, dans cette espèce disque de la Beauté platine dont le support vinyl était la plus exacte des correspondances.

                On trouve, du reste, le mot fameux mot baudelairien de « correspondances » dans l’une des premières chansons de Gainsbourg : « le Poinçonneur des Lilas ». Le texte explore, à sa façon, l’intimité d’un employé de métro assommé par la tâche « des p’tits trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous ». Le seul espace de liberté qui lui reste, c’est, « sous son ciel de faïence », de « voir briller les correspondances ». Cette première charge baudelairienne amorce aussi, dans l’œuvre de Gainsbourg, toute la thématique du voyage et du « scenic railway »...

 

 

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