Le livre d’Annie Ernaux revient sur
mai 68 et montre aussi qu’il n’y a pas de mémoire sans mémoire collective. Pour pouvoir s’attacher à un livre autobiographique, le lecteur doit en
effet, selon l’expression employée par Finkelkraut « écrire à côté ». Dans ce cas précis, l’écrivain mêle le politique à sa propre histoire
personnelle et à celle de ses proches forcément bousculée par « les événements ».
Pour y voir Clerc s’attache à d’autres dimensions, celle du familial, du sentimental et de l’imaginaire,
autant de moyens de coller à une enfance puis à une adolescence marquée par certains motifs reproduits dans l’âge adulte. Qu’en est-il alors du politique ? Du sociologique ? Pas
grand-chose, il est vrai, ce qui montre que tout travail autobiographique opère des choix et qu’au risque de la dispersion, il vaut mieux choisir
cette voie.
Loft History 2084 (7) : lofters et Ionesco...
par Eric Bertrand
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A une remarque de Finkelkraut qui évoque le séminaire de Roland Barthes dans lequel ce dernier évoque deux types de narration, celle qui englobe et celle qui émiette, « l’album »
que l’on feuillète… Annie Ernaux affirme qu’elle envisage davantage son livre comme un « album ».
La réalité s’offre ainsi à la mémoire et en aucune façon comme un tout qu’il faudrait organiser. A la métaphore de l’album, j’ai proposé celle de la cassette ou du CD dans « Pour y
voir Clerc », dans la mesure où, dans ce cas présent, le passé se déplie de manière tout à fait fortuite à partir de plages musicales…
Loft History 2084 (6) : la bêtise à l'honneur...
par Eric Bertrand
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Le travail d’Annie Ernaux m’intéresse depuis que j’ai lu ce beau témoignage sur son père que l’écrivain a livré dans la Place. Vient de
paraître les Années et Annie Ernaux était invitée sur France Culture récemment. Elle s’exprimait au sujet de ce qu’elle appelle une
« autobiographie impersonnelle », ce qui constitue un bel oxymore dans le genre de ceux qui me plaisent…
En effet, cette figure de style qui associe deux termes contraires ne constitue pas seulement une figure, elle a souvent le mérite de signifier une vérité plus profonde : à savoir, et c’est
ce qui me touche dans le travail autobiographique auquel je me suis moi-même livré, qu’elle montre qu’un écrivain, quand il se penche sur son passé, interpelle en même temps le passé de
ses lecteurs. Et l’écriture (la lecture) devient alors une opération magique…
Loft History 2084 (6) : cours de bêtise...
par Eric Bertrand
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De quoi est-il question dans ce roman ?
Tout
commence par le naufrage du narrateur, frêle et distingué écrivain qui est sauvé par « le
Fantôme », goélette qui croise dans les eaux au large de San Francisco. Au moment où le jeune homme demande à ses sauveurs de bien vouloir le déposer sur la berge, le capitaine, Loup Larsen,
lui rit au nez et lui impose d’entrer à son service comme mousse à bord de ce bateau qui part pour de
longs mois à la chasse aux phoques.
Commence alors l’Aventure en haute mer et dans les eaux froides de l’hémisphère nord. La version maritime des romans du Yukon et du
Klondike, et le plongeon dans les thèmes chers à Jack London : ceux de l’Appel sauvage et du
ballotement entre la civilisation et la sauvagerie.
Cet écrivain cultivé et civilisé, n’est-ce pas la figure idéale vers laquelle tendait, à ses débuts, l’auteur de Croc
blanc, quand il était en quête de reconnaissance ? Cette brute sauvage et sans morale, ce loup primitif, n’est-ce pas encore ce jeune homme venu du « peuple d’en bas », et
qui s’imposait à ses semblables par la force de ses poings ?
Loft History 2084 (3) : corruption de Big Brother
par Eric Bertrand
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J’ai souvent eu l’occasion dans ce blog de louer les livres de Jack London et je sors à l’instant encore tout décoiffé de la lecture du « Loup des
mers ».
Le livre est présenté sous un format « littérature jeunesse », ce qui, une fois de plus, traduit la mauvaise appréciation de la
hauteur de vue des livres de l’auteur. Il y est question de pleine mer, de monstres et de tempêtes, autant de thèmes proches de ceux de Hugo dont j’ai souvent parlé dans mes ouvrages et le blog.
A la
différence que les monstres chez Hugo sont liés au romantisme de l’époque et renvoient à une vision cosmique et fantasmagorique de
l’univers. Chez Jack London, le monstre est incarné par un être redoutable, le capitaine d’un vaisseau baptisé « le Fantôme ». Il tire ses
traits de la sauvagerie du milieu et de la rudesse de ces brutes qui lui servent d’équipage et qui
n’ont pour toute idée que de massacrer le maximum de phoques pour en extraire la peau. Loup Larsen est galvanisé par cette fiole qui balance en haute mer et qui se compose de la démesure d’un tempérament, nourri de conceptions philosophiques qu’un Nietzsche n’aurait pas
reniées…
Je
reviendrai demain sur le thème principal du roman qui correspond tout à fait à ce goût du
« wilderness » si souvent évoqué ici…
Loft History 2084 (2) : indécence.
par Eric Bertrand
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