En cette période de Pâques, c’est évidemment Semaine sainte en Sicile… Dans les cités, grandes et petites,
agitation dès le matin. La procession va avoir lieu… On sort le corps du Christ supplicié, visible au travers d’un catafalque porté par un cortège d’une dizaine de personnes,
dont la plupart sont âgées. Deux Suisses, en grande tenue, le soutiennent sur leurs épaules à l’aide de longues barres transversales. Une petite statue de la vierge suit quelques mètres, puis une
foule compacte, noire sous la nuit et le vêtement...
Les visages sont graves, recueillis. S’élève
une longue psalmodie que reprend la musique funèbre jouée de façon lancinante par la fanfare. Entre deux sections de la promenade, la procession évite soigneusement les
deux bars du coin de la porta Messina où, vespa effrontée, circule une musique beaucoup plus prosaïque.
Soudain, elle s’immobilise devant le
bureau de tabac qui ferme son rideau de fer. Où sont donc passées nos « saintes à la procession » ? Porta Palermo et Porta Messina, la procession passe. Les quelques
adolescents et adolescentes, solidement encadrés par les aînés, défilent aussi consciencieusement, le regard parfois conquis par l’élan collectif et spirituel de la cérémonie,
souvent contrits « dans des habits puant la foire et tout vieillots » comme l’écrit le jeune Rimbaud à qui « la Mère Rimbe » imposait des grimaces «
pommadées ».
Musica sacra e musica profana...
par Eric Bertrand
publié dans :
Civilisation sicilienne
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