Deuxième sujet de l'interview : le livre "on ne s'endort jamais seul". Roman noir à dominante autobiographique (ce qui est une constante chez René Frégni qui parle d'une "dialectique permanente
entre le vécu et le fictif "qui est à la base de tous ses livres).
Le personnage principal est un postier qui vit avec sa fille (7 ans), son idole. Un jour, à la sortie de l'école, la petite fille disparaît et commence alors une effroyable descente en
enfer dans les milieux louches et sordides de Marseille.
Livré à son seul désespoir, le héros trouve un allié dans sa quête : un caïd qui l'aide à repérer les gens les plus suspects...
René évoque un Marseille qu'il connaît bien ainsi qu'un milieu qu'il côtoie au cours de ses ateliers d'écriture à la prison. Selon son propre aveu, il doit beaucoup à ces prisonniers qui
nourissent son inspiration et qui sont ses premiers lecteurs...
L'interview n'est pas le seul moment fort de la rencontre. J'évoque la suite demain.
Café que fréquente l'écrivain pour "un petit noir" !
Au quatrième étage de son immeuble donc, face à la terrasse qui donne côté place, après avoir savouré un jus de cerise préparé par ses soins, René se livre à l'exercice de l'interview filmé...
D'abord, c'est l'évocation de la mort de sa mère, personnage lumineux à qui "elle danse dans le noir" est consacré. Beaucoup d'émotion et de vérité dans ses propos qui soulignent la cruauté de la
séparation entre le fils chéri et la mère. Fils écorché vif, d'autant que sa femme venait juste de le quitter. Contraste étonnant entre cette mère qui s'éteint et cette fille qu'il vient d'avoir
et dont il s'occupe avec émerveillement. Marilou, quelques mois à peine...Tout le récit est structuré autour de cette opposition entre l'épuisement et l'éveil, la détresse et l'espoir...
Les photos de Marilou sont dans la cuisine, c'est une grande jeune fille qui a quatorze ans et qui vit avec son père une partie de la semaine. Un espace de la véranda qui donne côté place est
aménagé en chambre à coucher. Un doudou est posé sur l'oreiller. Marilou revient samedi et participe à la tournée de dédicaces qui commence sur la Côte. Son père peut s'occuper d'elle toute la
journée et lui faire profiter de chaque étape prévue à Saint Tropez, Cannes, Antibes...
La deuxième partie de l'interview porte sur "on ne s'endort jamais seul"...
Prendre un verre avec René
La rencontre avec un écrivain, surtout lorsque ce dernier est sympathique est toujours un moment stimulant. Cet écrivain est René Frégni, il est en général qualifié d'écrivain de roman noir ou de
polar... Je l'ai rencontré au Festival Etonnants Voyageurs de Saint Malo et ma classe de seconde avait beaucoup apprécié son intervention à propos des "Chemins noirs". Ensemble, nous avions pris
un café et sympathisé.
L'idée de travailler sur deux de ses oeuvres m'est venue cet été, les élèves étant en général demandeurs de littérature contemporaine. Ce sera avec les secondes "on ne s'endort jamais seul",
et avec les premières, "elle danse dans le noir". J'ai donc relu ces deux oeuvres afins de lui proposer une interview lors de notre rencontre à Manosque.
Il faisait un beau temps clair, la place sur laquelle il habite sent bon le marché aux fruit s et le café. C'est le coeur de Manosque. Des marchands de melons et de pêches, le matin, et
l'animation des petits cafés et du restaurant "Coté Place" que tenait l'associé de René avant ses déboires avec la justice... René qui intervient en tant qu'animateur d'atelier d'écriture à la
prison des Baumettes, s'était associé avec un ex-truand sorti de prison et ce dernier a été rattrapé par son passé (l'écrivain a lui-même été entrainé dans le tourbillon kafkaïen de la justice et
vient à peine de s'en tirer la tête haute)... Cet épisode très douloureux est relaté notamment dans "Lettre à mes tueurs".
Voilà pour l'ambiance. Il habite au dernier étage d'un vieil immeuble à quatre étages et son appartement donne sur les toits de Manosque d'un côté (un scénariste de "Hussard sur le toit" est venu
travailler ses plans chez lui), et de l'autre, côté place... Après avoir évoqué "l'affaire" dont René vient enfin de s'extirper mais qui le laisse marqué au vif, nous avons réfléchi sous l'oeil
de la caméra à propos de ses deux ouvrages, j'y reviens demain.
Les dernières coquilles corrigées grâce au regard avisé de notre complice de scène... Cette fois, c'est bien fini pour le double texte, le temps des éditeurs est arrivé...
Le travail sur le théâtre en présence d'étudiants étrangers est entre les mains des responsables d'Ellipses qui, en ces temps de rentrée, m'ont prévenu d'un léger différé, quant au "ceilidh",
j'envisage de l'envoyer d'abord à Aléas, pour la qualité de leur réalisation et la fidélité de nos relations... En même temps, certains amis me conseillent de l'envoyer aussi pour des raisons de
diffusion à un plus grand éditeur de théâtre : Lansman, éditeur installé en Belgique...
En attendant la rentrée scolaire et la prise de contact avec mes futurs comédiens, dans les jours qui viennent un petit retour sur l'un des moments forts de cet été : la rencontre à Manosque d'un
écrivain que j'apprécie : René Frégni...
Quelque part près de Manosque
Au moment du dénouement, lorsqu'on lui propose de fuir et d'aller vers la richesse, Sheumas qui s'émerveille de son retour en Ecosse depuis le début de sa mission refuse la proposition. Il clame
haut et fort qu'il ne veut pas quitter son Ecosse...
On le voit sur la chaloupe ramer et regarder la beauté phosphorescente de la femme qu'il a en face de lui (on n'est pas loin à ce moment de la légende de la green Lady, du moins c'est l'effet que
veut créer la narration!) et tout naturellement la voix qui s'élève, son chant, le ramène au gaélique dont il a souvent parlé pendant le récit.
Ce chant, je l'ai trouvé dans un disque de Donnie Munro, ex chanteur du groupe Run Rig. Il s'agit de "Thi mi'n tir." Je me souviens qu'en Ecosse, dans le petit bagage de chants traditionnels que
nous avait donné notre prof de gaélique à la fac d'Aberdeen (il s'appelait Sheumas...) il y avait cette chanson qu'il s'efforçait de nous faire chanter.
Voici en tout cas la traduction en anglais des trois vers qu'il entonne : "I see the land"
"I see the land of my boyhood / above the mast Leaca Li in my sights / i see the land of my boyhood"
Info pratique : petit silence dans le blog... Je suis en déplacement jusqu'à dimanche.
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