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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

Mardi 28 février 2006
Partir pour un an à l’étranger quand on est étudiant, c’est toujours un peu difficile. On quitte ses parents, ses amis, ses repères et le confort que donne l’habitude des lieux et des personnes… Au moment de ma licence de lettres, j’avais tissé tout un réseau d’amis issus à la fois de mes années lycée à Bourgoin (38), des cours en hypokhâgne et khâgne du lycée Edouard Herriot, des cours à la fac de Lyon 2, des établissements scolaires que je continuais de fréquenter comme pion, et des deux villes entre lesquelles je voyageais, Lyon et Saint Jean de Bournay tout près de mon village.
              A Saint Jean, je faisais partie d’un groupe théâtre, aux côtés notamment de Red Paskal et de Girl Pascale, de Véronique et de Frédérique. Anne, celle que mon copain Joël, qui était amoureux de sa blondeur et de ses yeux bleus, appelait pour des raisons obscures, « son petit lézard vert », Anne avait appartenu à ce groupe théâtre. Elle était un peu plus jeune que moi. Elle passait en terminale lorsque je me suis exilé.
              Je l’ai revue une dernière fois pendant les vacances de Noël 83.
              Elle rêvait de venir en Ecosse. Ses yeux brillaient quand je lui parlais de mon voyage en auto-stop aux Etats-Unis. L’auto-stop, elle aimait ça…Pour l’aventure, le côté rencontre. Elle était généreuse. Elle rêvait de missions humanitaires.
              Par désespoir, l’été suivant, ses parents sont partis sur les routes du monde comme médecins sans frontières…
              Elle allait passer son bac comme on passe sur une autre rive. C’était pour elle simplement une escale. Elle voulait ensuite rejoindre le Népal, le Tibet. Elle avait un côté Alexandra David Néel, un côté Théodore Monod. Elle aimait ramasser les pierres dans le double prisme de son oeil et de sa main…
 
              Un jour de mars qu’elle rentrait du lycée de Villefontaine, elle a fait du stop. Elle est montée dans la camionnette d’un plâtrier. Le printemps semait les petites fleurs jaunes qu’elle aimait dans les prairies. Elle avait un petit sac à dos en toile où elle mettait ses cours comme elle aurait mis des cartes d’état major et des boussoles.
              La gendarmerie a d’abord retrouvé le sac à dos, tâché de sang…
 
              Du côté de Wick, c’était le soir. L’ambiance du feu de tourbe. Du vent en tourbillon dans la cheminée. Un plat de porridge sur le fourneau. Comme tous les soirs au moment du repas, les infos sur France Inter. A la latitude où je me trouve, je parviens tout de même à capter et je trouve des idées pour mes élèves (c’est la tâche classique de l’assistant de français…)
              19h00. La voix grave du journaliste : « scénario de l’horreur, une jeune lycéenne originaire de l’Isère sauvagement violée et assassinée… »
 
              L’enterrement a eu lieu le premier samedi des vacances de Pâques. Véronique et Frédérique étaient ses plus proches amies. Les trois Pascal les ont soutenus à la cérémonie. Et puis ils ont le lendemain sauté dans le car qui devait les amener à Wick où je les attendais.
Notre premier contact a été dans l’émotion et l’anxiété. Grands yeux bouleversés. Traits tirés. «Eric, est-ce que tu as su ce qui est arrivé à Anne ? » Bien sûr que j’avais tout appris dans le désarroi de ma solitude…
              Et j’avais réfléchi, et j’avais participé à distance à cette intense cérémonie d’adieu à la malheureuse. Ils avaient mis des fleurs, des petits mots sur la tombe. Il nous restait une chose à faire : aller déposer au pied de Girnigoe, afin que les mots s’en aillent au gré des flots, une bouteille remplie de toutes nos dernières pensées pour Anne… Et la bouteille jetée du haut de la falaise a rejoint les courants du large. Ceux qui conjuguent l’eau salée et les larmes, le Destin et l’écriture sur une page blanche.
 
             L’une des fonctions essentielles de l’écriture est à mon sens de parvenir à évacuer les traumatismes. L’épisode de la bouteille dans le Ceilidh permet sans doute de ressusciter autrement la figure tragique d’Anne, tout comme dans les Nouvelles pour l’été, (Aléas, 2005) le récit appelé « coup de foudre et coup de poignard » (dont la violence surprend toujours certains lecteurs) avait déjà commencé l’opération.
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par Bertrand publié dans : Civilisation écossaise
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Lundi 27 février 2006
                "La bouteille à la mer"... Ce n’est pas qu’un accessoire de scène, un motif littéraire… C’est un souvenir douloureux de l’Ecosse, mais il m’a marqué profondément et maintenant que j’en suis à relater les aventures liées à la proximité de Girnigoe, je retrouve cet épisode de la bouteille à la mer… Il y a un passage important autour de ce thème dans le Ceilidh et j’en livre ici quelques clés : relisons d’abord le passage qui se situe toujours à la scène 10 de l’acte 2 et qui met aux prises les sorcières, juste après la mort de John et Georges Sinclair :
 
« Suzy : Bientôt, la silhouette de Fiona va s’élever au-dessus du flot et revenir hanter l’espace de la plage ! (Amère, montrant le cadavre de John) Et c’est celui-là qu’elle va encore appeler !... (Elle s’allonge à son côté) En attendant qu’elle règle ses affaires avec l’au-delà, je me trouve finalement assez bien ici !
Diana : (Elle saisit la bouteille de whisky, porte sa bouche au goulot et fait un geste désappointé) Eh ben, il a pas laissé une goutte ! (En aparté) Mais ma parole ! Ils ont mis du whisky là-dedans ! Sheumas devait mettre du thé glacé dans la bouteille !
Suzy : (Elle reprend la bouteille) Laisse ça, veux-tu ! Tu sais bien que je fais la collection des bouteilles vides !
Diana : (Elle reprend la bouteille) Redonne-moi cette bouteille ! Tu sais bien que la bouteille, ça me connaît !
Suzy : (Elle reprend la bouteille) C’est moi qui ai eu l’idée la première !
Diana : (Elle reprend la bouteille) J’ai un droit explicite sur les bouteilles !
Suzy : Ah bon, et on peut savoir pourquoi ?
Diana : Qui est-ce qui, depuis la nuit des temps, s’est crevée à ramasser les bouteilles des naufrageurs ? Vas-y voir un peu dans la Grotte de la Sirène, de l’autre côté de la Baie des Sinclair ! 
Suzy : (Elle reprend la bouteille) C’est pas la même chose ! Regarde ! Il n’y a pas de petit billet à l’intérieur ! Pas de révélation fracassante dans l’éclat de verre !...
Diana :(Elle reprend la bouteille) Une bonne fois pour toutes, donne-moi ça ! (Avec un air de connaisseuse) ... Juste de l’alcool évaporé ! L’alcool, c’est de l’encre sympathique… Par transparence, moi je sais lire!... Approche-toi, rends-toi utile pour une fois !
(Elles se réconcilient et prennent un air inspiré)
Suzy : (S’adressant au public) Laissez-nous rêver à l’avenir des hommes !
Diana : Aujourd’hui,Girnigoe n’est plus qu’une ruine !
Suzy : Un cimetière ! Un endroit de corbeaux !
Diana : (Elle lui dérobe une nouvelle fois la bouteille) Donne-moi ça ! Tu ne sais pas lire dans les bouteilles !
Suzy : (Excédée) Eh ben, tu peux la garder ta bouteille ! (Elle sort de scène) »
 
              Lorsque j’ai écrit cette scène, je voulais :
-         Mettre de la bouffonnerie (au cœur de la tragédie).
-         Présenter une scène pitoyable de dispute au sujet d’une misérable bouteille vide autour des cadavres.
-         Rappeler les penchants alcooliques de Diana.
-         Jouer sur les connotations de la transparence du verre, boule de cristal qui permet aux sorcières de lire l’avenir…
              Mais il y a autre chose, de beaucoup plus enfoui, et je m’en rends compte moi-même après coup, comme je m’en étais rendu compte à la suite de l’écriture d’une des Nouvelles pour l’été sur laquelle je reviendrai. Je laisse cette piste à ceux qui aiment mettre en rapport le passé et l’œuvre écrite…C’est, en tout état de cause, un souvenir qui me hante. En voici les faits. (Article à venir demain)
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par Bertrand publié dans : Civilisation écossaise
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Dimanche 26 février 2006
Rendez vous avec John Sinclair…
              Dans la série des aventures en Ecosse avec les copains lyonnais venus me voir en avril…
              Une première visite en journée a déjà eu lieu dés le lendemain de leur arrivée à Wick : Ackergill et Girnigoe dans la foulée, avec le récit des histoires attachées à l’un et à l’autre des châteaux, et puis une ascension à la corde à nœuds dans la salle située à l’étage (car il y avait une corde à nœuds qui pendait à même le rempart et qui ajoutait à la dimension sinistre de l’endroit !) puis un thé, un feu de tourbe à Bételgeuse pour se réchauffer, un peu de Run Rig et de Mike Oldfield et la promesse de revenir sur les lieux, mais la nuit, afin de traquer le fantôme !...
 
              Il est 22 heures, nous avons avalé nos pâtes, la nuit est épaisse. Coup de téléphone à un taxi (Frédérique souffre de la cheville et ne se sent pas capable de marcher jusque là-bas). « 25 Glamis Road please !... six people. »
              C’est une voiture noire qui glisse devant Bételgeuse, une sorte de véhicule lunaire, à moins que nous ne soyons déjà tous dans la lune !
              Les cinq autres s’entassent à l’arrière et je monte à l’avant pour indiquer la destination : « Girnigoe Castle ». Est-ce le mot, la chose, la nuit, l’excitation qui crée l’effet ? J’ai une voix curieusement sépulcrale quand je dis ça ! En tout cas, c’est réussi, les autres pouffent dans mon dos ! Sans commentaire, le chauffeur s’exécute. Nous roulons sous la nuit sans étoiles.
              Le taxi se gare à côté du terre-plein par lequel on accède au sentier qui mène à Girnigoe. « Five pounds please ! » et le chauffeur se dérobe. Plus de bruit que la rumeur de la mer. Pascal et moi soutenons Frédérique, et nous avançons dans la lande, pas rassurés tout de même !
              Girnigoe la nuit est le repère des goélands. Nous en réveillons un qui s’envole sous notre nez et pousse un cri agressif. Les oiseaux d’Hitchcock ! Ou la réincarnation des êtres en souffrance qu’on appelle des « fantômes » ? Ses ailes sont blanches. Le coup d’ailes claque dans l’air comme un drap. Cette affinité des spectres et des oiseaux de nuit, nous la retrouvons dans un échange entre Diana et Lou à la scène 10 de l’acte 2 :
 
« Lou : Vous êtes des sorcières hystériques ! Moi, je suis une sorcière raisonnable ! (Méprisante) Vous finissez par prendre la grosse tête à monter sur vos grands chevaux, à courir la lande, à rôder sur les rivages, à traîner dans le sillage des mouettes !
Diana : Et toi, tu ressembles à un vieux spectre ! Tu hantes les cimetières et les ruines, tu t’assois sur les tombes et tu fais la conversation aux corbeaux ! »
 
              Le cachot est l’endroit névralgique de Girnigoe castle. Toute la tragédie s’est nouée là. C’est là que John Sinclair a agonisé dans les circonstances que relatent assez fidèlement la pièce et le récit. On y accède par le petit escalier au bas duquel on glisse sur le sol froid et humide dans une pénombre totale. Nous avons une lampe de poche. Les marques « No Hope ! » sont effectivement gravées dans la pierre et alimentent la légende et les frissons... Le bruit tenace de la mer au bas du château…La bouteille que l’on confie au flot… Acte rituel désespéré que nous accomplissons, moment d’émotion terrible sur lequel je reviendrai demain…
              Nous tremblons de larmes, de froid ou de fatigue. Frédérique. Véronique. Pascal, Paskal, Pascale… (Ces variations sur le même nom ont beaucoup amusé les Ecossais qui ont trouvé des surnoms plus commodes : Big Pascal », parce qu’il est grand, « red Paskal », parce qu’il porte un pantalon rouge et « girl Pascale »…
              Red Paskal est le plaisantin de la bande, il cherche à ramener le rire. Il hasarde une blague. Il en a toujours en réserve dans la besace… On s’écarte du bâtiment. On fait des mouvements pour se réchauffer. Pas réjouissant finalement de passer la nuit là ! Il y a du vent qui pénètre sous les anoraks. Un souffle glacé et pas de lumière, pas de feu. Une petite bruine glacée commence à tomber. John Sinclair ne viendra pas ! C’est presque tant mieux ! Quand on frémit, on gémit plus facilement, surtout quand ça devient un jeu de substitution !
              Je suis déçu tout de même, mais qu’espérais-je ? Frédérique, peut être la plus impressionnable avertit le groupe : elle a beaucoup moins mal à la cheville. Une heure de marche à pied, ça peut se faire, surtout si on suit une route goudronnée, et si les lumières de la ville nous y convient !
 
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par Bertrand publié dans : Civilisation écossaise
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Samedi 25 février 2006
Ils sont venus de Lyon pour me rendre visite à l’occasion des vacances de Pâques. Ils sont cinq, deux garçons et trois filles. Il y a surtout Pascal, mon compagnon de voyages, celui avec lequel j’ai accompli le fameux tour des Etats-Unis en auto-stop l’été précédent… Je leur ai promis un séjour inoubliable à « Bételgeuse » et ils sont venus en car. Deux jours de trajet jusque dans les Highlands… (C’est Diana dans la pièce qui insiste sur la longueur du trajet entre Londres et Wick… Entre Lyon et Wick, elle n’aurait pas survécu !…)
 
« Diana : (S’allongeant à même le sol comme sur la banquette d’un wagon. Long soupir) Dans le Londres-Edimbourg, j’ai trompé l’ennui, huit heures d’affilée !... Et dans le Edimbourg-Inverness, cinq heures d’affilée, la banquette chavirait et me donnait la nausée…Et dans le Inverness-Wick, cinq heures d’affilée, la tête comme un cargo dans une marée noire… Bouh !... Je me suis réveillée dans le coaltar ou dans les nues !... »
 
              J’ai largement de quoi loger tout le monde dans la Glamis Road. Alors nous investissons les lieux pendant une semaine. Régime porridge et plats de pâtes. Ils préfèrent les pâtes ! Je les amène rencontrer les élèves à Thurso et à Wick, nous sommes invités chez Joan chez Rena, chez Georges (un vieux monsieur très digne que nous invitons un soir pour le remercier et à qui nous servons par mégarde le thé avec l’eau salée des pâtes !) … nous écoutons des disques (devinez quoi ?), nous parcourons le secteur, (demain notre nuit à Girnigoe…) Et puis nous louons une voiture pour aller sur la côte ouest… il fait pendant deux jours un soleil rayonnant, nous nous arrêtons partout, prenons mille photos, déboulons sur les plages de sable d’or dont le bleu étincelle, sautons dans l’eau glacée, regardons la mer où parfois passent des baleines (on nous a dit ça) et puis le soir, sur la plage de Durness (nord ouest de l’Ecosse), nous ramassons des pierres pour allumer un feu dans le sable.
              Vieilles branches, bouts d’arbres morts, broussailles, planchettes à clous pour accrocher nos saucisses à griller… Pique nique majestueux sur la plage glacée par le soir. Trop tard pour rentrer à Bételgeuse. On trouvera bien une solution pour dormir ! Le ciel est rose. La lumière décline. Pour nous réchauffer, après avoir englouti nos saucisses et nos shortbread (Pascal adore ça), nous jouons à sauter au-dessus du feu en poussant des cris de cro-magnons.
              Soudain, la lumière change à l’horizon. Un effet de phare qui balaie l’espace de la mer. Mais un phare en pinceau… un pinceau qui jouerait sur des gammes bleues, mauves et vertes. Silence absolu. La lumière tendre en impose à nos cris fauves. Nous avançons vers la mer, la lumière s’en va. Nous ne comprenons pas bien ce à quoi nous sommes en train d’assister. De longs frémissements dans le cou. « Ce serait comme ça une aurore boréale ? ».
              David, le mari de Rena est un scientifique, (sa cote est au plus haut dans le groupe, depuis qu’il a invité Pascal à jouer au golf avec lui et depuis qu’il nous a dit que, à l’époque où il pêchait sur les bords du Loch Ness, il a vu le monstre…) David nous expliquera ça avec froideur et précision à notre retour à Wick. En principe, à cette période de l’année, il n’y a plus d’aurore boréale. C’est plutôt en plein cœur de l’hiver que vous pouvez en voir. Mais comme il a fait très froid ces derniers jours… Et puis le ciel était très clair… vous avez peut être vu une petite « aurora borealis ». « Merry dancers » ajoute mystérieusement Rena. On les appelle les « merry dancers », parce que les lumières bougent dans le ciel comme de grands bouts de tissus multicolores.
              Il n’y a plus que la nuit et les phares ternis de la voiture sur la lande. Nous tremblons de froid et fatigue. Où passer la nuit ? Ce n’est pas trop le problème. Ça nous rappelle l’Amérique à Pascal et à moi. On a toujours trouvé une solution.
              Pour mon retour vers l’Ecosse, je vais relire le Rayon vert de Jules Verne.

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par Bertrand publié dans : Civilisation écossaise
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Vendredi 24 février 2006
Dans la série des bonnes librairies, je suis allé mercredi rencontrer Edouard Rumel au « café poche » de Dinan. La spécificité de cette librairie, située au coeur de la vieille ville, c'est que le responsable organise depuis une dizaine d'années, une fois par mois, le samedi à partir de 20 h 30, des soirées littéraires autour d'un thème et d’un écrivain. Nous avons donc convenu que le 10 juin prochain, je ferai, dans ce cadre, une intervention à propos du Ceilidh et de son rapport à Macbeth.
              Quand je suis entré dans le « Café poche », c'est aussitôt une agréable odeur de café mêlée à celle du livre neuf qui s'est imposée à moi. La librairie comporte un nombre impressionnant de volumes qui occupent des pans entiers de murs. M.Rumel insiste sur le fait qu'il y valorise les titres rares.
              Beaucoup de clarté dans ces couloirs du Livre qui débouchent sur une dizaine de petites tables rondes ou les gens peuvent effectivement consommer leur café. C'est là que se tiennent les fameux cafés littéraires. La capacité d'accueil est d'environ une trentaine de personnes, difficile d’en admettre davantage. L’intervenant commence par une petite conférence, puis le public pose ses questions avant le rituel des signatures. Edouard se charge de la médiatisation. Des livres seront mis à disposition des lecteurs un mois avant, il me demande également de prévoir une affiche et de lui envoyer des articles de presse.
              Outre l'organisation de cette manifestation, nous avons pu profiter d’un moment de tranquillité dans la librairie dans la mesure où, en ce début d'après-midi, peu de clients sont passés. Bien sûr, nous avons parlé livres, mais également Gainsbourg dont il est grand amateur. Nous avons échangé aussi à propos de la SACEM, milieu qu'il connaît particulièrement bien puisqu’il a déjà animé des réunions littéraires et musicales et que la SACEM s'en est aussitôt inquiétée. Je suis d'ailleurs en train de régler le dossier SACEM lié à notre prochain spectacle : la leçon qu'il faut en tirer, d'après son témoignage, et je le confirme, (avis à tous les organisateurs de spectacle !)il ne faut jamais oublier de faire sa « confession » à cet organisme qui chapeaute toutes les manifestations publiques y compris les plus humbles…
 
              En quittant le « Café Poche », je pense à ces quelques vers de Guillevic, extraits du recueil intitulé Sphères : « des halles » :
Nous entrions parfois dans des cafés secrets
Sur le bord de la route (…)
Et nous sortions toujours de ces cafés secrets

Pas tout à fait les mêmes qu’en entrant.

 

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par Bertrand publié dans : Théâtre au lycée
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