Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

Lundi 13 mars 2006
         Dans l'article précédent, « Au revoir to Éric », le journaliste signalait que, pendant mon séjour écossais, je rédigeais un livre sur les Etats-Unis. En effet, le véritable déclic de l'écriture s'est opéré pour moi précisément au cours de cette période de recueillement. Loin du tumulte de l'été qui avait été l'initiation à la route et à de multiples mésaventures sur le sol américain, j'ai éprouvé le besoin de mettre de l’ordre dans mes notes de voyage. De là date ma première véritable confrontation avec un projet d’écriture lourd…
         Entre le 20 juillet et le 30 août 1983, Pascal (Big Pascal !) et moi, fidèles à notre feuille de route (80, la Grande Bretagne, 81 la Sicile, 82 les pays scandinaves, 83 le Nouveau Continent, 84, les ex-Pays de l’Est…) avions effectué le tour des États-Unis en auto-stop, au départ de Montréal. Redoutable pari que, par bravade, nous nous étions lancé et que nous avions voulu tenir quoi qu’il arrive, et il en est arrivé...
         Muni d'un petit carnet de bord, j’avais dans le détail noté les nombreuses anecdotes et péripéties survenues au cours de ce voyage (mauvaises rencontres, prison, vol, agressions, dangers, émotions, émerveillements), en même temps que croqué quelques portraits des conducteurs qui nous avaient acceptés à bord de leurs voitures... De retour en France, le temps de déballer les sacs à dos, de préparer le gros sac de parachutiste que j’ai déjà évoqué et me voilà reparti pour le Caithness. Le carnet de bord serré dans un coin…
 
         Et, le soir, dans la maison glacée, équipé d’un épais pull shetland, porridge à l’eau salée en main, poussif feu de tourbe sous mes pieds (je ferai un article sur la tourbe en Écosse !), je mettais une musique d'ambiance et j'écrivais, étape par étape, ce qui allait devenir 10 ans plus tard le roman : La route, la poussière et le sable.
         De septembre à mai, le temps a filé comme les gros nuages qui passaient dans ma lucarne, poussés par le vent du nord. Souvent distrait dans mon activité, parfois exsangue sur un épisode, parfois en veine d’inspiration … en juin, je n’avais achevé qu’un pur et simple récit de voyage et, sous cette forme, le livre ne me satisfaisait pas…
         Pour accéder à l'édition, j'ai voulu laisser passer du temps afin de donner une autre dimension au récit : je voulais en faire une sorte de roman d'apprentissage. C'est ce qui explique pourquoi le livre n'est pas sorti à mon retour d'Écosse. Pour écrire un roman d'apprentissage, je le dis rapidement, il fallait en effet le recul du temps afin de porter un regard critique sur les personnages qu'on met en scène (Pascal et « je » partent à l’aventure avec 10 ans de moins, ils sont innocents, tendres, naïfs, vulnérables… !)
         Quoi qu'il en soit, le séjour en Écosse m’a permis de poser la trame précieuse de la route et de la réalité au cœur de laquelle s’est inscrit ce voyage. L’une des idées dans lesquelles j’abordais ce pays, c’était qu’il fournissait une terre d’exil, propice à l’écriture. Un Guernesey à la Hugo (dont la haute figure me hantait encore plus dans ces contrées). Et tandis que j’accumulais les notes sur la région, que je rédigeais tous les éléments relatifs à mon voyage aux États-Unis, je songeais déjà à produire un travail sur l'oeuvre du romancier de l’exil, celui de l’Homme qui rit et des Travailleurs de la mer !... Et quand je suis rentré en France, je savais que, par tous les moyens, je retournerais dans le pays pour consacrer une nouvelle année à l'écriture, mais sous la protection du maître… Ce serait Aberdeen, j’en parle demain…
 
par Bertrand publié dans : publication
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Dimanche 12 mars 2006
Je profite de la pause entre les répétitions pour revenir sur les questions périphériques liées à l’Ecosse. Aujourd’hui, je voudrais insister (à l’aide d’un document que je viens de retrouver), tout particulièrement sur l’impression qui ne m’a jamais quitté quand j’ai vécu là-bas, d’appartenir à un milieu un peu clos, une petite communauté aux allures impénétrables au début… Et à laquelle il faut s’habituer, c’est vrai : je me souviens qu’aucun des assistants qui étaient en poste dans les Highlands en même temps que moi ne m’enviait d’habiter à Wick. Ils préféraient largement leur secteur, plus « cosmopolite » et « ouvert ». L’assistant qui m’avait précédé à Wick m’avais mis en garde : « si tu n’aimes pas les vieilles pierres et la vie sauvage, tu es foutu et tu déprimes au bout de quinze jours ! »… (Je ferai un article sur ces assistants de l’année 83.84 que j’ai beaucoup fréquentés lors de mes « sorties » vers le sud)
         Signe en tout cas de l’esprit « communautaire » du Caithness, à la date du 22 juin 1984, dans le journal hebdomadaire local, “John O’Groat’s Journal » qui paraît le vendredi, voilà le sympathique article qu’a rédigé un journaliste venu me rendre visite quelques jours plus tôt. Démarche spontanée qui m’avait touché… Je savais déjà, qu’un jour ou l’autre, je parviendrais à leur rendre hommage à tous, ces « gens de Caithness » comme l’indique la dédicace du livre. Et ils l’ont bien mérité...
 
         The young French assistant who has been teaching at Wick and Thurso High Schools this session is leaving the country tomorrow (Saturday). But Eric Bertrand from Lyons goes with some reluctance as he has very much enjoyed his stay in Caithness. Eric has made the best of his nine months in Scotland by travelling around at weekends –sometimes on his bicycle – visiting as far afield as Durness, Durham, Ireland and the Northern Isles.
In what spare time he had left he was writing a book about his travels in America last year when he clocked up an amazing 10.000 miles hitching all around the country. Before leaving Caithness, Eric has spent this week showing his parents around the county.
F1000019.JPGMy Old bike in the sky ! (Collection personnelle)
par Bertrand publié dans : Civilisation écossaise
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Samedi 11 mars 2006
Dernier volet consacré au commentaire lié à la répétition de mercredi. Je reviens donc sur le discours à double fond que tiennent Rebecca et Sheumas pour, à la suite de Ronald, créer l’illusion théâtrale : discours à double fond parce qu’à un premier niveau, ils aident le spectateur dans cette opération de transfert, et qu’à un second niveau, ils rejoignent les préoccupations majeures des personnages….
Rebecca : (Elle s’est assise en avant-scène) : Restez assis, rêvez un peu !... Vous êtes tout près de la falaise, vous laissez vos jambes pendre dans le vide. L’océan gronde à vos pieds. Vous renversez la tête. La nuit engloutit peu à peu le beau ciel du Caithness, cette région tellement plate après les monts du Sutherland qu’elle m’a toujours semblé se confondre avec la mer !
         Quand elle évoque la falaise, Rebecca revit la scène 4 dans laquelle elle était prête à se jeter dans le précipice … Quant à Sheumas, il se réjouit à l’avance de signaler qu’il y a du brouillard qui se lève (ainsi, il pourra plus facilement réaliser l’évasion vers les îles Orcades) Liliane fait justement remarquer qu’en même temps, pour odieux qu’il soit, il laisse à ce moment percer une certaine humanité…
Sheumas : Pas un bruit, comme la mer est calme ! Ecoutez comme on entend les vagues ! C’est encore plus beau, la Baie des Sinclair, quand le soleil se couche ou quand le brouillard monte de la mer tout comme ce soir. Les derniers oiseaux de mer crient dans les grottes. La magie du lieu ensorcelle les flots et les silhouettes des deux vieux châteaux se dressent au-dessus des falaises.
 
         En authentique Gaël, il ne cesse de célébrer son Ecosse natale. On retrouve cette tendance presque romantique chez lui à la fin de la pièce, quand, au moment de l’épilogue, il rejette la proposition de Lou de partir avec lui au Brésil pour vivre une vie de nabab !
 
Lou :Merci pour tout ce que tu as fait pour nous, Sheumas ! Fais attention à toi ! Désormais, tout est réglé ! Tu es bien sûr de ne pas vouloir nous accompagner au Brésil ?
Sheumas :Absolument sûr !J’aime trop mon Ecosse ! Je ne pourrais plus vivre loin d’elle ! Ici, je ne crains rien ! Je connais bien les lieux autour de Stromness et je sais où me cacher.
 
         Dernière remarque à propos de cet échange de répliques : un jeu de scène supplémentaire me vient à l’esprit. Quand elle lui parle, Lou lui tend une bourse bien remplie, ce qui matérialise davantage encore l’idée de corruption qui est attachée à son personnage et qui rappelle aussi au spectateur que, ce qui justifie le comportement de Ronald, c’est l’argent. A notre époque, l’ambition de Macbeth ne serait plus d’être roi mais d’être riche et de vivre en grand seigneur ! Et sa nouvelle lady Macbeth l’a aidé à abandonner la dignité de l’Art pour y préférer les plaisirs paresseux du luxe et de la consommation !

F1000003.JPGCaithness sky
 
par Bertrand publié dans : Civilisation écossaise
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Vendredi 10 mars 2006
La répétition à l’italienne est aussi l’occasion pour l’ensemble des comédiens contraints au silence d’écouter le texte des autres et peut être d’en découvrir des facettes. J’insisterai particulièrement sur la scène qui ouvre le Ceilidh. Nous sommes à l’acte 2, les comédiens de la pièce ont été campés (ils arrivent de Londres, leur troupe a déjà joué dans Macbeth, ils ont un parcours et des personnalités variés, de petites intrigues privées se sont nouées … Bref, le rôle de l’acte 1 consistait notamment à présenter cela.
         Le temps de jouer le Ceilidh est enfin venu pour l’auteur et metteur en scène. Dans la tradition shakespearienne, Ronald demande alors au spectateur de consentir à un effort d’imagination afin de servir l’illusion théâtrale : on sait qu’au théâtre, on est dans une salle, assis devant des acteurs sur une scène et que tout cela n’est pas vrai… Mais justement, puisque d’après Shakespeare, le théâtre est théâtre du monde, « all the world is a stage », une partie de sa magie c’est qu’il crée l’illusion du monde ! Ainsi, par exemple au début de la tragédie Henri V le chœur explique au spectateur qu’il doit participer au spectacle en se figurant la scène de la bataille d’Azincourt : voilà ce qu’il dit à peu près :
Pardonnez à ces indignes tréteaux d’avoir choisi un si grand sujet (…) Cette arène saura-t-elle figurer les grands champs de France (…) Laissez nous, zéros de cette vaste somme, stimuler votre imagination… Palliez à nos imperfections par la force de vos pensées (…) En tout cas, ne vous montrez pas intraitables avec notre pièce.
De la même façon, Ronald plante le décor de l’action :
 
Ronald :Par la magie du théâtre, je vous invite à vous transporter à seulement trois miles du centre ville, à l’Est de la pointe de Noss Head, en face des îles Orcades, à Girnigoe castle et Ackergill Tower…  
Après lui, Rebecca puis Sheumas prennent le relais… J’explique alors rapidement à Julie et à Renan que ce passage nécessaire pour assurer la transposition a une autre fonction : elle les amène à mieux cerner leurs personnages… La suite demain.
 
par Bertrand publié dans : Civilisation écossaise
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Jeudi 9 mars 2006
Retrouvailles après la pause des vacances. L’occasion de faire le point sur les principales lacunes : à savoir la maîtrise du texte et de la prononciation de certains mots. J’organise donc une « italienne » : nous mettons les chaises en rond et nous disons le texte. L’occasion aussi de repérer les failles : la mémoire de Ronan flanche sur l’acte 2, ainsi que celle d’Angeline. Ils ont injonction de revoir cela pour la prochaine fois. !
         Quelques mots écossais ont du mal à passer, nous y revenons à l’occasion de cette séance : « Ceilidh » qui s’articule KEYLI, « Loch » (qui veut dire « lac » en gaélique), LORH, « Glen » caractéristique du paysage écossais : une vallée entre deux montagnes… Beaucoup d’endroits célèbres associés au mot glen : Glencoe, Glenfinnan, Glenmore, Glen Affric…
         Il y a aussi dans la pièce de nombreuses références aux lieux : les îles Orcades, Hébrides, l’île d’Oban, l’île de Skye, Ullapool, Thurso, Wick, Stromness, le Sutherland, Inverness… Pour les aider, Liliane suggère aux comédiens de les repérer sur une carte. C’est surtout Sheumas qui évoque l’Ecosse. Rappelons-nous qu’il est originaire de l’île de Harris et qu’il porte le tartan Macleod. Je lui ai proposé de le seconder au moment où il s’adresse au public et annonce le début du spectacle : l’occasion de soulager un peu sa tirade et de la rendre plus fluide. Je serai en kilt (prochainement un article sur le kilt dans ce blog) et il sera plus naturel que je tienne à sa place un discours plus spécialisé sur l’Ecosse … Bref, j’ai transformé sa longue tirade en un simple dialogue entre deux animateurs de soirée et cela l’arrange bien…
         D’autres choses ont émergé de cette italienne, notamment en ce qui concerne surtout Sheumas et Rebecca, j’y reviens demain. Je clos cet article par la présentation du programme général des répétitions à venir. Moment important à cette période de l’année où il est nécessaire de mobiliser l’énergie !
 
Programme de répétitions du « Ceilidh »
 
-         Samedi 18.03 : 10h00 à 12h00. Dans le cadre de la journée « Portes ouvertes » du lycée : répétition en salle des Conseils ou en 105.
-         Mercredi 22.03 : 13h15 à 15h00. Moulin à Sons : acte 1.
-         Mercredi 29.03 : 13h15 à 15h00. Moulin à Sons : acte 2.
-         Mercredi 5 avril : 16h00 à 19h00. Moulin à Sons : répétition générale avec les musiciens et les danseuses.
-         Mardi 11 avril : 19h00 à 21h00. Moulin à Sons :filage.
-         Mercredi 12 avril : 13h30 à 16h30. Palais des Congrès : filage.
-         Mercredi 19 avril : 13h15 à 15h00. Moulin à Sons : mises au point diverses.
-         Mercredi 10 mai : 13h15 à 15h00. Moulin à Sons : mises au point diverses.
-         Mercredi 17 mai : 16h00 à 19h00. Moulin à Sons : répétition générale avec les musiciens et les danseuses.
-         Dimanche 21 mai : de 10h00 à 18h00. Palais des Congrès :Salon du Livre. Thème : « Paysages, paysages ». Présentation du Ceilidh. Possibilité de jouer quelques scènes.
-         Mardi 30 mai : dés 9h00. Rendez-vous au Palais des Congrès. Répétition et repérages lumières avec les techniciens. Pique-nique sur place et à 13h30 début de la représentation devant les lycéens. 20h30 : représentation tout public.
-         Vendredi 2 juin : 20h30. Moulins à Sons. Représentation tout public. Entrée gratuite. 
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Get ready !
 
 

par Bertrand publié dans : Théâtre au lycée
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