Spectacle pour le moins « décoiffant » à la Coursive vendredi soir… Une troupe de huit
percussionnistes, comédiens et danseurs se partagent une scène dont le décor rappelle celui d’un hangar, d’un dépôt de fonderie ou d’un garage. Ce qui compte avant tout, pour ces
enragés de la scène, c’est de partir à la conquête d’un langage qui restera inarticulé jusqu’à la dernière minute.
Le spectateur a l’impression de voir évoluer sous ses yeux une bande d’Estragon-Vladimir sortis d’un « En
attendant Godot » privé de la parole creuse. Mais c’est justement dans ce « creux » là que se joue la conquête du sens. Il n’y avait plus Dieu chez
Beckett, il n’y a plus la parole chez Stomp. Et cela produit une tentative frénétique pour créer du son et de l’échange avec les moyens du bord.
Les personnages sont, comme Vladimir et Estragon, des paumés, mais des paumés moins résignés et
surtout mieux outillés. Barriques, tonneaux, bombones, boites d’allumettes, journaux, cables, balais, jantes, couteaux, ciseaux, pelles, poubelles, cables, tubas, tout ce qu’on trouve dans la
décharge de la société de consommation est bon pour produire le son et la volée de clous sur la planche du langage. Mais les êtres qui se côtoient sur scène se défient, se
toisent, s’affrontent et le sentiment de détresse est tout aussi poignant que chez Beckett, à la différence prêt que le spectateur sort abasourdi par la vigueur désespérée de ces
clochards aux semelles de plomb.
Au retour du salon, sous une pluie battante et des bourrasques de vent, je réécoutais l’album sorti en 73, celui qui
porte le titre « ça fait pleurer le bon dieu ». J’avais volontairement évacué à l’époque où j’écrivais le livre, les disques sortis après 73, mais deux chansons de cet
album m’ont paru à ce point apporter « une suite » à deux thématiques majeures que je ne résiste pas à les évoquer aujourd’hui et demain.
On se souvient peut-être que, pour anticiper et « expliquer » l’effet « Ivanovitch »
dans mon enfance, je remonte à mes lectures et notamment à celle de « L’Homme qui rit » que j’avais lu très tôt dans une version illustrée. « L’Homme qui rit », à dix
ans, c’est surtout la neige et la figure du monstre. On trouve la figure du monstre de foire dans cette chanson étrange qu’est « Bec de lièvre ».
Son visage de confection
Est sans mesure et sans finition,
Il est loin d’être distingué
Comme un chien qu’on oublié de noyer…
Vendredi 14 décembre 2007
Je signalais dans un récent article la part que tiennent les femmes dans l’ouvrage et
la permanence du thème dans les chansons de Julien Clerc. Cette évidence m’a saisi à la relecture de « Pour y voir Clerc ». Dès le début, à travers l’évocation des
belles Italiennes par le fameux grand-père, figure phare des « Nouvelles pour l’été », les jolies stagiaires dans le magazin de disques qui renvoient
au narrateur son image d’adolescent boutonneux, la belle repasseuse qui réveille à treize ans le trouble du désir, la ravissante Odile, jeune femme libérée,
la petite Eurasienne, première figure ineffable du collège retrouvée deux ans plus tard sur une plage de l’Ile de Ré, premier amour platonique, la mère et la
grand-mère, figures idéalisées, la princesse de la légende bretonne de la ville d’Ys, avec sa beauté de statue et le parfum de scandale…

On se souvient peut-être de ce titre un peu kitch de la chanson de Julien (dans
les années 80) et je suis surpris, à la relecture, de la place que tient l’éveil à l’amour dans « Pour y voir Clerc ». Julien Clerc passe en effet souvent pour un
chanteur de charme qui met en mélodie des hommages aux femmes.
Ma découverte de Julien se produit pendant l’adolescence
et il est intéressant de prendre le récit à partir du fil amoureux. Il y a cela dans le livre… comment, par le biais des chansons de Julien Clerc, j’en suis venu à aimer les femmes moi qui les
rejetais « en bloc » à treize ans. Le texte dit le complexe, le rejet, le désir, la fascination-répulsion, l’idéalisation enfin…
Mercredi 12 décembre 2007
Il y a dans les Salons une forte tendance au marketing… Certains sont devenus
professionnels en la matière. Ils profitent de cette flânerie du week-end qui mène les pas de certains lecteurs potentiels dans les salons pour les intercepter, un peu comme ces
« intercepteurs » qui vous abordent dans les rues des grandes villes au moment où vous vous y attendez le moins…
La technique est celle du démarchage. Ils dessinent un périmètre autour de leur stand, vont,
viennent, interpellent et finissent par lancer leur discours. Toujours le même. Le but est de porter l’estocade. Beaucoup de victimes cèdent avant.
Cela me rappelle un salon (celui de La Plagne) : j’étais installé à côté d’un commercial qui
venait de sortir sont premier bouquin. Une seule méthode vaut, m’avait-il dit : expliquer aux gens que le livre qu’ils ont sous la main est précisément l’objet qu’il leur faut et dont ils ne
peuvent se passer… Mais je ne sais toujours pas faire comme ça !
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