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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

Samedi 25 novembre 2006
La Sicile est bien évidemment, comme l’Ecosse et les States, un thème récurrrent dans ce que j’ai écrit jusqu’à présent et pour revenir sur le cycle de la Passeggiata précédemment évoqué, j’intègre ce paragraphe extrait des Nouvelles pour l’été (Voir la nouvelle : « Quitter le lycée et relire les Fleurs du mal »: « Angelica »)
 
« Elles ont marché dans les ruelles, elles ont mangé des boules de glace, goûté à tous les parfums.
Elles sont rentrées dans toutes les boutiques, elles y ont acheté, en cartes postales, les fameuses photos des bergers nus. Chacune a choisi le sien.
Elles ont caressé silencieusement le chat Roméo qui dormait sur une pierre, devant le panificio, et puis, chemin faisant, elles ont siroté trois ou quatre cafés noirs, en regar­dant l'Etna qui sommeillait toujours.
A dix huit heures, lorsque commence la passeggiata sur le corso, « parade rituelle où s'exhibent les toilettes et les maquillages, coulisses où circulent les ragots et les convoi­tises » a expliqué Angelica, elles ont en vain guetté les garçons et le professeur de français. Que diable leur était-il arrivé ? De quelle étrange vertu ces trois Romaines étaient-elles donc parées?
Angelica ne semble pas s'en soucier et elle jouit du corso, y avance d'un pas altier, parmi ces passants qui la frôlent sans oser l'aborder. Les filles se souviennent encore de sa première apparition au lycée et comprennent davantage la part de mystère qui l’environnait alors. Cette grâce qui les avait tous séduits était obscuré­ment empruntée à la souplesse des ruelles de Taormina, aux images des boutiques de Taormina, à la présence majestueuse de l'Etna, au-dessus de Taormina, au charme secret de ces multiples marion­nettes, à la grâce aérienne des syllabes seules du mot Taormina... »
 
Vista da Taormina, sotto l'Etna... Troppo caldo per la passeggiata !
par Eric Bertrand publié dans : Civilisation sicilienne
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Vendredi 24 novembre 2006
Arlette tient également beaucoup à la mandoline. Elle me dit que c’est la petite touche italienne… Pour moi, l’instrument est intimement lié à l’enfance. Mon grand-père italien, une frénésie dans sa façon de jouer et tellement de plaisir à gratter… J’ai consacré la nouvelle phare des « Nouvelles pour l’été » à ce grand-père là trop vite disparu : (Nouvelles pour l’été : « Aimer la vie »). Dans l’évocation que je fais de lui, la mandoline tient toute la place :
 
« ……….Vers la fin de l’après midi, les samedis surtout, tu disparais.
La musique manque dans la pièce. Les petits pas de Cécile glissent sur le lino. Elle allume le poste de télévision.
« Ca y est, le v’là qui a ses cinq minutes ! »
Elle monte le son.
 
Derrière la porte, tu t’es penché, tu as ramassé sous le lit la belle mandoline en bois qui ressemble à une bouteille de Chianti, tu t’es installé dans un coin, tu as essuyé, presque redessiné la rondeur de l’instrument, tendu les cordes, commencé à gratter, à chercher les accords.
 
Les airs reviennent peu à peu, des airs de musette, des airs de valse, des airs d’Italie…
Ils pointent, ils défilent, ils voltigent, se suspendent sur une note, dégringolent.
Celui là surtout, celui que les gens du village avaient baptisé « la Sérénade de Ricchetto »…
 
Quand tu avais seize ans, tu la jouais au pied de l’église et tu faisais la cour à Rosaria, une petite dévergondée qui se moquait bien de toi…
 
Rosaria aux yeux brillants, aux jupes affolantes, aux lèvres tendres, à la peau dorée et lisse. Rosaria, la fille de la boulangère, celle-là même chez qui ta mère allait chercher les brioches du dimanche, pour les distribuer à tous les membres de la famille Bortoluzzi réunis autour de la grande table…
 
Les heures sonnent au clocher de l’église.
Tu accordes ton instrument.
Les martinets poussent des cris stridents. Le soir tombe, les hannetons, avec leurs dos de mandoline, te frôlent des ailes...
La nuit, quand tout le monde est couché, il n’y a plus que les chats qui miaulent avec toi, tout près de la boulangerie, sous le clocher qui pointe vers le ciel, ce clocher de Tambre d’Alpago sur lequel ton père a travaillé, jadis.
 
 
Ton esprit bat la campagne. Le linge pend à la fenêtre.
Sous le rebord, un couple de pigeons roucoule. Le balcon de chez Mogenot est taché de fiente. Personne ne monte jamais l’escalier. Les hirondelles se poursuivent en piaillant. La cour en bas fait caisse de résonance. Le père Gautier écoute Radio Tour. Tu enverras ta fille chercher les résultats.
 
La mandoline est dans le creux de tes bras, toute ronde et luisante. Tu n’entends plus rien autour de toi, les accès de mauvaise humeur, les protestations, les appels désespérés : « Richard, viens donc manger ! »…………….. »
 
 
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La mandolina di Ricchetto...Amare la vita...
 
par Eric Bertrand publié dans : publication
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Jeudi 23 novembre 2006
              Pas de bilan de répétition ces jours-ci car le Moulin à Sons a programmé un concert. L’occasion pour les comédiens de se recentrer sur l’apprentissage du texte… Et puis, maintenant, ils ont le récit et doivent le lire pour mieux cerner les personnages, les paysages, les enjeux…
              Côté musiciens, j’ai remis hier en passant au Moulin à Sons les exemplaires du Ponton qui reviennent à Arlette et Alain. Jenny en a transmis un à Françoise. Je revois Liliane mardi prochain et pourrai lui glisser le sien. Ainsi, nous possédrons tous les six, l’ouvrage de référence et non plus les photocopies volantes, souvent fautives qui circulaient pendant les répétitions ! (Fautives parce que lorsque j’envoie en document joint le texte de la pièce, c’est au moment où je n’ai pas porté les ultimes corrections que me demande de faire l’éditeur… Parfois, cela va plus loin que les simples coquilles… des mots, des phrases ont changé !)
              Arlette que j’ai entrevue au Moulin à Sons m’annonce radieuse qu’elle a trouvé « un chanteur » : Louenn qui jouait de clarinette l’an dernier sur le Ceilidh (on aperçoit Louenn sur le film en ligne sur le site de l’atelier : http://www.atelier-expression-artistique.com  : extrait « Eric. Gaël ») De mon côté, j’attends la réponse d’un ancien collègue, prof de maths, féru de littérature et de Victor Hugo et joueur de mandoline à ses heures.
              J’attache de l’importance à la mandoline dans le spectacle, j’explique pourquoi demain.

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Musica siciliana ...

 

Rubrique Goncourt : l’aventure Goncourt trouve évidemment un terme avec la révélation du roman prix Goncourt des lycéens 2006. La rubrique n’est cependant pas définitivement close, simplement entre parenthèses car il y aura une relance prochainement à l’occasion des reconcontres Goncourt qui auront lieu à Rennes les 6 et 7 décembre prochains…
 
 
par Eric Bertrand publié dans : Théâtre au lycée
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Mercredi 22 novembre 2006
La dernière scène travaillée mardi est celle qui fait intervenir les filles siciliennes, qui, sous le commandement de Tiziana, regardent de loin Gilda qui se pavane sur son ponton. J’ai apporté des jumelles.
              La présence d’un accessoire dans les premières séances est toujours un élément rassurant qui permet au comédien de trouver une contenance et qui, en même temps, rajoute un effet d’illusion. En dehors du fait que les jumelles permettent à ce « corps expéditionnaire » du matin d’épier Gilda et de la mettre à distance (environ cent mètres, alors que, sur la scène, elle n’est qu’a deux mètres d’elles !), elles sont la base d’un jeu de scène qui canalise l’énergie. Ce qui se passe sur le ponton est incroyable, proprement scandaleux, irresistible… et parce qu’elles voudraient mieux voir, mieux juger, mieux s’affirmer (elles ne partagnet pas le même avis au sujet de l’Americana !)elles se disputent les jumelles.
 
« … Lauredana : après s’être installée à l’avant-scène et avoir braqué les jumelles en direction du ponton : mais c’est pourtant vrai !
Ornella : elle prend les jumelles. C’est vrai ! (Soupir admiratif) J’en reviens pas !... Quelle audace !… Il faut oser tout de même !
Tiziana : c’est la troisième fois en trois jours ! Voilà comment ça s’est passé… Lundi, j’ai dû me lever plus tôt pour accompagner mon frère à la gare et, au retour, je me suis attardée à regarder la mer… c’est là que je l’ai vue nager et s’installer comme ça, sur le ponton, il n’était même pas sept heures du matin !
Lauredana : non, mais regardez-la, celle-là ! J’en reviens pas, moi non plus ! Mais pour qui elle se prend !
Tiziana : à mon avis, elle ne m’a pas attendue pour commencer ! Elle doit faire ça tous les matins !... Encore une de ces drôles d’habitudes d’Américaines !
Ornella : j’aime beaucoup son maillot de bain ! Très original ! J’en ai jamais vu de semblable, même dans les magazines !  
Lauredana : moi, je trouve ça ridicule !… Tu veux que je te dise, Ornella, ça fait plutôt mauvais genre !... Et puis, t’as vu ses lunettes de soleil !... »
 
HPIM1950.JPG 
 
Non ci credo, non ci credo ! Dov'é l'Americana ?

 
Rubrique Goncourt : le climat à Rennes (3/3).

Ensuite on est allé à la mairie. Discours officiels longs et pompeux,
buffet, et départ rapide pour un grand nombre d'entre nous. Nous avons
appris dans le train que les Parisiens étaient invités le soir même à
une réception chez Plon, en présence de l'auteur. Je n'ai pas de
détails, si quelque parisien pouvait nous en donner.

Voilà en quelques lignes notre aventure. En rentrant, 7 heures de train,
on se disait qu'on avait vécu plusieurs jours en un jour, pris dans un
tourbillon, une sorte de transe même. Les élèves n'ont pas vu le jour
passer et sont quasiment restés enfermés pendant deux jours, en comptant
l'étape régionale. Ce qui reste c'est beaucoup de joie. Les élèves
étaient tout à fait conscients de vivre une aventure unique. Et nous
aussi. Je devrais avoir un texte de ma déléguée Nina dans les jours à
venir, je vous le ferai suivre ainsi que mes photos que je vais rentrer
ce soir dans l'ordinateur.

Les documentaristes d'Aloest production étaient là. Toujours aussi à
l'écoute de ce qui se passait. On devrait avoir de belles images par
eux.
 
 
par Eric Bertrand publié dans : Civilisation sicilienne
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Mardi 21 novembre 2006
A l’autre extrémité de la scène, dans la scène du contrepoint, Gilda et Gigi hâtent le mouvement. Les paroles sont crues, précipitées. Les gestes précis, sans ambiguités. Nos deux comédiens sont assez à l’aise dans cette série de postures dont je leur laisse l’initiative.
              Coralie doit cependant porter son effort sur la voix. Trouver des accents qui frisent la vulgarité. Si son personnage parle de façon imagée, c’est davantage par dérision que par esprit poétique. Elle n’est pas Ornella qui, à la différence de sa « voisine », s’amuse avec les sous-entendus des mots et découvre en jubilant les charmes du double langage.
 
« … Ornella : je n’ai jamais osé sortir de chez moi à l’heure de la sieste, quand le soleil tape sur la terre craquelée.
Gigi : la Sicile est une terre craquelée sous le soleil. Mais ton corps est un golfe de fraîcheur.
Salvatore : à l’heure de la sieste, tout le monde est couché et cherche la fraîcheur au fond des chambres.
Ornella : cet après-midi, chiche, je fais le mur et je descends te rejoindre sur la plage. Mes parents n’en sauront rien.
Gilda : viens savourer avec moi les grosses pastèques roses et juteuses qu’on fait exploser sur le sol pour les ouvrir !
Ornella : ce matin,ils me croient au marché en train de leur acheter une livre de pastèque et une livre de figues fraîches.
Gigi : mon fruit préféré, ce sont les figues. Tes lèvres sont des figues pulpeuses que je veux croquer même au cœur de l’hiver.
Salvatore : tu aimes bien faire la conversation avec les marchands de fruits ?
Ornella : je prends mon temps quand je fais le marché !... »
 
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Frutta e mercato...
 
 
 
Rubrique Goncourt : le climat à Rennes (2/3).
 
Pour répondre à ta question Agnès, il nous manquait un sixième tiercé,
celui de Paris, qui avait aussi Valléjo et Audeguy. Ils ont reparlé de
tous les livres et Audeguy est finalement revenu en force, 10 voix
contre 12 à Miano.

Tout ça on ne le savait pas. Les profs étaient consignés au
rez-de-chaussée. Vers 12 heures, un train de presse est arrivé,
journalistes, radio et caméra, Sylvie Germain etc... on s'est senti
dépossédé de l'événement. On attendait en bas. Sur l'écran le journal de
FR3 national est passé en direct, encore quelques minutes bien longues
avant que Maxime ne fasse l'annonce publique. Ce jeune canadien a 23
ans, il avait arrêté ses études ce qui explique son âge. En fait les
Canadiens, 13 en tout, 6 présents en France, étaient des volontaires qui
ont lu la sélection en dehors de leurs heures de cours. L'opération est
prise en charge chez eux par une fondation privée qui finance des
projets liés à l'éducation.
 
 
par Eric Bertrand publié dans : Théâtre au lycée
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