Fictions et variétés

undefined undefined undefined
Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

Mercredi 14 octobre 2009

             Le lecteur sait que j’ai pour habitude de proposer parfois à mes élèves des exercices  d’écriture « formatés » en fonction de ce que nous faisons en cours et de me livrer également à l’épreuve. A l’issue d’un travail sur un extrait de Germinal où Zola décrit la descente dans la mine de deux chevaux dont l’un ne survit pas, nostalgique du soleil de l’extérieur, des « herbes vertes » et « des routes blanches », je demande aux élèves de raconter l’un des « souvenirs de route blanche » en adoptant le point de vue du cheval.

             L’exercice permettait également de réviser l’emploi de l’imparfait. Je donne en dictée le texte suivant qui est de ma composition :

 

Ce matin-là, j’avais quitté mon enclos et je me promenais joyeusement le long du sentier qu’empruntaient d’habitude les enfants qui venaient jouer avec moi. Il faisait beau, le ciel était tout bleu et léger, des abeilles butinaient les fleurs et je me sentais aussi enivré qu’elles sous le bon soleil qui me chauffait le corps. Un petit vent ébouriffait ma crinière et me rafraichissait les naseaux, l’air tiède qui me courait sur le dos me donnait presque l’envie de danser comme la petite fille que je voyais parfois s’amuser dans la ferme d’à côté. Mais je me retenais, j’avais ma fierté de jeune cheval et je me contentais de gambader, le regard droit, le buste luisant, dans l’espoir de rencontrer une pouliche en liberté comme moi, et comme moi grisée par les sensations du printemps.


Par Eric Bertrand - Publié dans : Ecriture et réécriture - Communauté : Voyage et écriture
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 13 octobre 2009

            Ce tableau a été réalisé par le peintre italien Dossi Dosso en 1521, époque où la mythologie servait de base à l’inspiration des artistes. Le titre du tableau l’indique bien : Circé parmi ses amants changés en animaux.

             Il représente un paysage de campagne sous un ciel bleu céleste. Au centre du tableau, à l’ombre d’un arbre, en face d’une étendue d’eau, Circé l’enchanteresse tient un grand livre et semble dispenser un enseignement aux animaux qui l’entourent, chiens, biche, cerf, oiseaux variés, tous attentifs et impliqués.

             La figure de la déesse correspond aux canons esthétiques de la représentation de la femme à l’époque. Le corps féminin est sacralisé, la chair est rose, opulente, le geste gracieux. Par ailleurs, outre la retenue de la silhouette, le regard de la chouette, oiseau de Minerve, déesse de la sagesse, confère au tableau une dignité et une pudeur toute relative car, derrière l’apparente tranquillité de la « classe buissonnière », le lecteur érudit songe aux malheureux amants, prisonniers sous le pelage ou le poil !

 

Par Eric Bertrand - Publié dans : Art - Communauté : Pédagogie
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Lundi 12 octobre 2009

Rappel de la méthode:

- L’image présentée est identifiée.

- L’observation s’attache d’abord au décor général, couleurs, cadrage.

- Les détails et le sens de l’image sont enfin abordés : l’observateur s’efforce de proposer une interprétation et d’insérer l’image en contexte.

 

            Le tableau du peintre Bruegel est intitulé « la Chute d’Icare » et s’appuie explicitement sur le célèbre mythe qui raconte la tentative de l’homme à s’élever vers le ciel.

            A une extrémité de la toile, dans une zone d’obscurité, le « plongeon » d’Icare passe pratiquement inaperçu. En revanche, l’attention est attirée par les trois plans successifs du tableau qui baignent dans une lumière douce produite par le lever de soleil en fond. Ce sont les activités humaines qui s’imposent, le laboureur qui creuse son sillon (et dont la chemise rouge contraste avec le vert de la mer), le berger qui médite auprès de son chien et de ses moutons, le pêcheur qui lance son filet.

            Au-delà de cette zone paisible et rassurante des activités humaines, la mer ouvre un vaste horizon dont le point de fuite est marqué par le soleil. Les bateaux au port ont les voiles gonflées et semblent prêts à l’aventure comme l’indique le gonflement des voiles. Il ne faut pas oublier qu’on est en pleine période de la Renaissance. Le monde est neuf, divers, passionnant à explorer... Ainsi, le regard du peintre est en surplomb et souligne la beauté et les promesses de cet univers en pleine transformation et riche encore d’espérances... A condition que les hommes continuent de prospérer en se détournant des utopies et en fructifiant les richesses qui sont à leur portée. Chose que n’a pas su faire le malheureux marginal Icare !

 

Par Eric Bertrand - Publié dans : Art - Communauté : Pédagogie
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Dimanche 11 octobre 2009

             « Homme libre, toujours tu chériras la mer ! », « Fortes tresses, soyez la houle qui m’emporte », « Quand les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne... Je vois se dérouler des rivages heureux qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone... »

             Pas un cours de poésie sans une référence à l’un de mes trois maîtres : Hugo, Baudelaire, Rimbaud. Une évidence à mes yeux : quand on parle de poésie, un seul texte de l’un des trois suffit pour appréhender ce que poétiser veut dire... Et lequel des trois convient le mieux à des adolescents, ou à des étudiants ? Ou, plus exactement, lequel choisir pour « transmettre le message » et donner envie d’aller plus loin ?

             J’ai écrit deux essais sur Hugo, un roman dont le personnage principal est baptisé « Bateau ivre » du fait de son goût pour la poésie de Rimbaud... mais je n’ai écrit qu’une nouvelle et un petit article sur Baudelaire : cf « Baudelaire champion de surf ».

             C’est pourtant celui des trois qui me paraît aller le plus loin dans l’expérience poétique... Oui, Charles, malgré sa raideur de dandy et ses humeurs de cormoran, est à mes yeux le plus compréhensible et le plus viscéralement humain. Baudelaire est avant tout un sensuel. Le poète en lui respire, voit, écoute, savoure, « mange des cheveux bleus » pour quitter « le port » et s’en aller « vers de charmants climats ».

             Au lieu de fermer les yeux et de s’abandonner à la langueur d’un plaisir égoïste, Baudelaire est un virtuose de l’observation et de l’analyse, toujours attentif à ce qui se produit en lui quand il cultive les sensations. Les sens en éveil, il entreprend dans les poémes de « l’Idéal » une quête obstinée qui lui permet de creuser et de dévoiler les ressources de l’imagination. Que ce soit auprès de l’une de ses maîtresses, au fond d’un verre de vin ou sur le culot de sa pipe de hachish, il parvient à faire résonner son vers à 100000 watts. Il est un amplificateur de sensations. Et il tend au lecteur cette magique enceinte... Comme il l’écrit dans « le poème du hachish » :

« Vous croyez être assis dans votre pipe et c’est vous que votre pipe fume. Une question : comment sortirez-vous enfin de cette pipe ? »

             Les poémes de Baudelaire fleurent bon l’Amsterdamer...


 

Par Eric Bertrand - Publié dans : Poésie - Communauté : Pédagogie
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Samedi 10 octobre 2009

Une nouvelle matière est proposée cette année aux élèves de collège : il s’agit de « l’histoire de l’art ». Le concept est encore au stade expérimental, mais il concerne tout particulièrement les arts plastiques, l’histoire géo et bien entendu les lettres et c’est tant mieux puisque tout amateur de littérature sait à quel point elle « cohabite » avec d’autres formes d’expression          artistiques.

C’est en tout cas l’occasion pour moi de proposer à mes élèves pour commencer des études de tableaux. J’ai toujours aimé cette approche... Mais il en va de cette démarche comme de celle de l’approche des textes... Dans quelle mesure les élèves de collège seront-ils réceptifs à cette matière qui requiert curiosité, perspicacité et savoir ?

En tout cas, je publie dans les jours qui viennent deux études de tableaux que j’ai proposées à différents niveaux : sixièmes et troisièmes.

Par Eric Bertrand - Publié dans : Art - Communauté : Pédagogie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Vendredi 9 octobre 2009

            L’un des grands passages de « Terre des hommes » c’est l’évocation de l’aventure dans le désert de Lybie où l’aviateur et son co-pilote, victimes d’un accident en plein désert, ont failli mourir de soif.

            Les limites de la résistance humaine sont poussées à l’extrême et Saint-Exupéry livre un récit bouleversant et palpitant dont voici un extrait, le moment où un bédouin les sauve in extremis :

 

           Et voici que, sans hâte, il a amorcé un quart de tour. A la seconde même où il se présentera de face, tout sera accompli. A la seconde même où il regardera vers nous, il aura effacé en nous la soif, la mort et les mirages. Il a amorcé un quart de tour qui, déjà, change le monde. Par un mouvement de son seul buste, par la promenade de son seul regard il crée la vie, et il me parait semblable à un dieu.

           C’est un miracle... Il marche vers nous sur le sable, comme un dieu sur la mer... Il n’y a plus ici ni races, ni langages, ni divisions... Il y a ce nomade pauvre qui a posé sur nos épaules des mains d’archange.

Par Eric Bertrand - Publié dans : livres - Communauté : Maximes et citations
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 8 octobre 2009

              Restons du côté des belles réflexions de « Terre des Hommes » et écoutons ce second extrait, plein de sagesse et d’enseignement, méditation auprès du cadavre d’un anonyme esclave de Mauritanie :

 

« Dans la mort d’un homme, un monde inconnu meurt et je me demandais quelles étaient les images qui mouraient en lui. Je ne pouvaiis conniatre si dans cette masse noire s’éteignaient simplement des soucis misérables : le thé à préparer, les bêtes à conduire au puits... si s’endormait une âme d’esclave, ou si, ressuscité par une remontée de souvenirs, l’homme mourait dans sa grandeur. L’os dur du crâne était pour moi pareil à la vieille caisse aux trésors. Je ne savais quelles soies de couleur, quelles images de fêtes, quels vestiges tellement désuets ici, tellement inutiles dans ce désert y avaient échappé au naufrage. Cette caisse était là, bouclée et lourde. »


 

Par Eric Bertrand - Publié dans : livres - Communauté : Maximes et citations
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mercredi 7 octobre 2009

               Pour faire entendre le texte de Saint-Ex, je propose ce premier extrait qui reprend une thématique chère à tous ceux autour de moi qui travaillent une forme vivante, artistique, et qui savent qu’il n’y a pas de réussite dans ce domaine sans un travail inlassable dans le sens de l’épuration. Le commentaire de mon ami Francis allait dans ce sens récemment...

 

                 Il semble que tout l’effort industriel de l’homme, tous ses calculs, toutes ses nuits de veille sur les épures, n’aboutissent comme signes visibles, qu’à la seule simplicité, comme s’il fallait l’expérience de plusieurs générations pour dégager peu à peu la courbe d’une colonne, d’une carène, ou d’un fuselage d’avion, jusqu’à leur rendre la pureté élémentaire de la courbe d’un sein ou d’une épaule. Il semble que le travail des ingénieurs, des dessinateurs, des calculateurs du bureau d’études ne soit en apparence que de polir ou d’ effacer, d’alléger ce raccord, d’équilibrer cette aile, jusqu’à ce qu’on ne la remarque plus, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus une aile accrochée à un fuselage mais une forme parfaitement épurée, enfin dégagée de sa gangue, une sorte d’ensemble spontané, mystérieusement lié, et de la même qualité que celle du poème.


 

Par Eric Bertrand - Publié dans : Art - Communauté : Voyage et écriture
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 6 octobre 2009

            Le travail sur « le Petit Prince » m’amène à une réflexion sur l’œuvre de Saint-Exupéry et notamment sur l’un de ces ouvrages que j’avais à disposition à la maison : « Terre des hommes »...

            L’ouvrage de l’aviateur porte un regard apaisé et lucide sur la grandeur potentielle de l’homme à condition de dépasser ce qu’il appelle « la glaise », l’immobilisme, l’inertie, la conformité vers lesquels la paresse naturelle tend l’homme. Comme le conclut l’ouvrage « Seul l’Esprit, s’il souffle sur la glaise, peut créer l’Homme »...

               Le livre est organisé autour de souvenirs personnels liés à l’aventure du pilotage dans des conditions extrêmes et à des figures héroïques rencontrées dans ce contexte d’apprentissage de la vie, des figures comme Mermoz ou Guillaumet qui a survécu à un séjour obligé dans les Andes.

                L’auteur est porté par ce souvenir qui lui sera d’un précieux secours face à l’épreuve : il se souvient en effet de sa propre aventure de survie dans le désert de Lybie dans lequel il a survécu avec son copilote pendant plus de trois jours avec pour seules victuailles une orange et quelques centilitres d’eau.

                L’expérience de la mort est doublée de l’expérience des mirages dans le désert jusqu’au moment hallucinatoire où un vrai bédouin leur sauve la vie et leur tend la coupe d’eau salvatrice. Certains passages sont d’une grande beauté d’expression et en même temps parviennent à l’excellence philosophique de la simplicité. Je ne résiste pas à en rapporter trois extraits.

 

 

Par Eric Bertrand - Publié dans : livres - Communauté : Maximes et citations
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 5 octobre 2009

                A propos de la genèse de ma future publication, j’avais oublié cet article, important dans le cheminement... C’est réparé !

                Avant le tirage officiel de l’ouvrage et le parcours qui va mener à l’éditeur, c’est aujourd’hui la phase des deux premiers tirages reliés en format A4 de façon à fournir à mes proches une occasion de lecture et de critique constructive.

                J’ai depuis trois jours longuement travaillé à la relecture et correction puis à la mise en page. Comme un secret qu’on hésite à divulguer ou comme une œuvre qu’on a longtemps cachée, le moment est intense et, jusqu’au dernier moment, j’ai modifié le document sur la clé USB qui va « parler à l’oreille de l’imprimante ».

                 Il y aura une ultime relecture après les quinze jours à venir, le temps de prendre du recul et de tenir compte des critiques qui me seront apportées d’ici là...

Par Eric Bertrand - Publié dans : Ecriture et réécriture - Communauté : Voyage et écriture
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander

Recherche

Recommander

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés