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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

Dimanche 5 mars 2006
Deuxième temps de la précieuse contribution de Lou, la façon dont elle est venue à l’écriture de ses ballets… comme quoi la sorcière n’occupe pas toujours le rôle du bouffon si cher à Shakespeare !
 
         Il est toujours difficile d’écrire des variations (ou ballets) : le « chorégraphe » a des envies, voit des pas lorsqu’il entend des musiques, mais il ne doit pas oublier de prendre en compte le niveau de ses élèves. Or, justement, cette année, je travaille exclusivement avec des débutants (à l’exception - et elle confirme la règle - de Françoise).
         J’avais commencé à écrire dès le mois de novembre. Mais je me suis arrêtée faute de temps. Et puis, j’ai pris peur : avec à peine 45 minutes de pratique par semaine, il faut se rendre à l’évidence que les pas ne peuvent pas être trop complexes… mais il s’agit de claquettes irlandaises pour l’ensemble du groupe ! Heureusement, au fil des « répétitions », j’ai constaté avec joie que le projet était réalisable ! J’ai donc mis le point final à ce ballet mardi 28/02.
         Tout comme l’écriture de la pièce a nourri l’écriture d’Eric (les mots « s’engendrent » en quelque sorte), les pas ont nourri les pas, les motifs dansés s’invoquent les uns les autres… mais surtout, l’écriture d’Eric a enfanté l’écriture des pas de danse !
Comment travaillons-nous réellement ?
         C’est un « vrai » travail de collaboration qui prend forme dès le début de l’aventure, généralement au mois de juin ! Eric passe à la phase d’écriture de la pièce : il est seul face à lui-même et à ses personnages… parfois il me raconte un peu l’intrigue, mais parfois (et c’est souvent la règle) il attend que tout soit rédigé pour me faire découvrir, à voix haute, sa nouvelle création. A partir de cet instant, nous parlons des personnages (généralement, coexiste avec le texte une présentation des personnages : leurs caractéristiques physiques, leur psychologie, leurs goûts…). Je lis la pièce, je m’en imprègne, et de cette lecture et de nos discussions se dessinent les potentialités en matière d’interventions dansées. Ce que nous cherchons, c’est à faire un peu « comédie musicale » c’est à dire que la danse doit s’intégrer entièrement dans la pièce, et non pas se plaquer aux situations de façon tout à fait gratuite et artificielle.
 
Demain troisième et dernier volet de la contribution… Méditons la formule à propos de Touch Stone dans « As you like it » : « ô fou raisonnable ! » ( et j’adresse un clin d’oeil tout particulier à celle qui interprétait avec tant de brio ce rôle en 97 au sein de ce même atelier…)
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par Bertrand publié dans : Civilisation écossaise
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Samedi 4 mars 2006
Comme promis dans mon dernier article, je cède le clavier à Lou afin qu’elle nous présente la façon dont elle programme ses interventions non en tant que comédienne (et sorcière !) mais en tant que comédienne (et danseuse !). Nous avons déjà à plusieurs reprises évoqué cette complémentarité entre les arts qui constitue l’un des pôles de l’atelier et l’esprit de ce blog est aussi conçu dans l’idée de partage de l’expérience.
 
« Une fois n’est pas coutume, je prends les rênes de ce blog pour parler des variations dansées !
J’ai fini mardi, après avoir travaillé tout l’après midi, ces différentes interventions. Il y aura donc 3 variations et 1 ballet complet.
E Dans l’acte 1, scène 3, première intervention des 3 sorcières (Diana, Suzy et Lou). Lou invoque les sorcières « il nous faut des chats noirs et des balais » : à cet instant, nous danserons sur la fin du morceau « Avant que l’ombre » de Mylène Farmer (repère 4’56 à la fin) : le passage est très planant, avec une voix qui sourd et se plaint. Cette variation mélangera le jazz et les claquettes américaines.
E Dans l’acte 2, scène 1, les sorcières attendent dans le pub l’arrivée des autres acteurs. Lou s’impatiente : nerveuse, elle a hâte que le temps « avance » afin de pouvoir se retrouver (nous l’apprendrons plus tard) dans les bras de son amant, Ronald. C’est elle qui ouvre la scène : très vite, elle parle de danse et du « tango argentin qui (lui) remonte l’échine de la mémoire ». C’est une « sanguine », elle a du tempérament, et son trop plein de stress, elle va l’évacuer en dansant un tango avec claquettes ! J’ai découvert cette dimension des claquettes l’an passé lors d’un spectacle (sur les pieds !) proposé par Arlette : Alain, technicien du Moulin à Sons, qui joue aussi de l’accordéon, souhaitait que nous parvenions à mettre en place une variation sur un air de tango. Le résultat très inattendu m’a plu… rebelote donc cette année, avec un morceau de Gotam Project (tango « à la sauce » électro : surprenant et génial !).
Dans la scène 3, c’est le début de la soirée du ceilidh. Et comme tout ceilidh qui se respecte, c’est un ballet de claquettes irlandaises qui fait l’ouverture. Ici, ce sont mes « élèves » débutantes en claquettes qui danseront. Afin de faire plus de monde sur scène, les trois sorcières (qui passent leur temps à dire qu’elles aiment danser) se joindront au groupe. Ici, il s’agit d’un morceau gaélique de Run Rig, « De ne mi », qui mêle des instruments de musique traditionnels à des instruments électroniques. Le temps global de danse est de presque 5 minutes (comme d’habitude, j’ai été un peu loin…).
Enfin, dans la scène 7, les sorcières font leur apparition à la demande pressante de Georges Sinclair qui les invoque. Elles dansent sur « Fuck them all » (titre de circonstance… et très jubilatoire à l’image des sorcières !) de Mylène Farmer. La variation purement jazz débute avec le morceau et se poursuit jusqu’à la fin du premier refrain. Sur scène, la variation durera plus longtemps : Arlette a demandé à un chœur de chanter le refrain : celui-ci sera donc repris une fois. »
 
         Voilà donc ce qui concerne la « face technique et musicale ». Voyons demain la façon dont Lou envisage l’implication de ses danseuses dans la logique de la pièce et comment la danse peut apporter autre chose au texte… J’ai par exemple souvenir d’une belle complémentarité dans le spectacle du Tennessee club où le ballet sur « Quelque chose de Tennessee » montrait à sa façon ce qu’éprouvaient les trois chorégraphes.
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par Bertrand publié dans : Théâtre au lycée
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Mercredi 1 mars 2006
              Revenons à des thèmes plus joyeux attachés à l’Ecosse, et toujours en rapport avec ce séjour de mes amis lyonnais puisque c’est le fil directeur ces jours-ci. Des thèmes qui, on l’a vu, sont étroitement liés à la genèse du Ceilidh. Je reviens sur l’un des aspects que j’ai déjà signalés dans les articles précédents : la faune sauvage. J’ai notamment évoqué à propos du voyage vers la côte ouest les baleines et les orques qui passent le long des côtes dés le début de l’été (une crique à proximité de Wick s’appelle « Whaligoe », « la crique de la baleine » : « goe » est un suffixe d’origine nordique qui veut dire « le bout » et qu’on trouve partout dans les noms de lieux du secteur, Staxigoe, Papigoe, Shelligoe, Girnigoe… Les vikings ont colonisé ce coin de l’Ecosse (en même temps que les Orcades et Shetland plus au nord) , ce qui a marqué non seulement la toponymie mais aussi certains usages, coutumes, et jusqu’à la physionomie des habitants. Je cite à ce propos la première page du Ceilidh, version narrative :
 
« Dans les eaux du Pentland Firth, au seuil des Iles Orcades, se dresse depuis des siècles The Old Man of Hoy, pointe de falaise évincée du reste de la côte, poignard de roche rouge aiguisé d’eau de mer. Et de l’autre côté du Pentland Firth, s’étend la région sauvage du Caithness, à l’extrémité nord est de l’Ecosse. Terre battue par les vents, verte et mauve sous le soleil, quand les nuages s’absentent. Dans des temps anciens, les vikings ont fait de cette terre étrange leur hangar à blé. »
                        Voilà pour les baleines… Que le touriste en quête de clichés se rassure, il trouvera aussi dans cette région le fameux « Highland Beef », la vache à longs poils, espèce d’auroch sympathique et paisible qui porte dans le pelage la marque des rigueurs des Highlands ! Mais il y a aussi les troupeaux de biches et de cerfs dans la lande, l’aigle royal (« golden eagle »), les colonies de phoques, (je consacrerai un article aux phoques), les oiseaux, macareux, huitriers pies, guillemots et autres variétés d’oiseaux de mer…
              La partie « récit »  du Ceilidh insiste davantage que la pièce sur cet aspect (c’est d’ailleurs, on s’en souvient, l’une des raisons qui m’on amené à rédiger un récit à la suite de la pièce) : cependant, comme j’ai cherché à donner à la narration une densité en écho à la pièce, les descriptions sont très « économiques » et comportent davantage une fonction dramatique qu’une fonction pittoresque. Par exemple, dans le passage précédemment cité, on peut noter : poignard de roche rouge aiguisé d’eau de mer qui, bien évidemment, renvoie au couteau de Lady Macbeth, à celui de Rebecca, à celui de Lou… Dés le début, le drame est inscrit dans la narration et pèse comme une épée de Damoclès. On peut le mettre en rapport avec cet échange entre Rebecca et Ronald, dans l’une des scènes les plus intenses de la pièce (celle où Rebecca veut se jeter au bas de la falaise et où Ronald lui confie son odieux projet : il semble à nouveau que le paysage inscrive la violence dans le sang des personnages ):
 
« Ronald : (D’un geste vif, il parvient à la désarmer) Baisse ce couteau, je t’ai dit ! Maintenant, tu m’écoutes !...Quand tu es comme ça, tu me terrifies ! Avec toi, je ne sais jamais si tu es en train de jouer ou si tu dis la vérité !
Rebecca : (Dans un élan désespéré) Mais ouvre les yeux, Ronald, ouvre les yeux ! Cet endroit saigne la vérité brute ! La lande est mauve, le vent souffle dans les bruyères, la falaise est abrupte, l’océan gronde et le désespoir est partout autour de nous ! »
 
              Finissons sur une touche un peu plus sereine :
« Nuits de juin. A cette latitude, il ne fait jamais noir. Dés cinq heures, la clarté du matin tombe du ciel et éclaire la mer d’une lueur laiteuse. Les oiseaux jouent dans la vague et le temps est tranquille. La haute silhouette de Girnigoe and Sinclair Castles domine la falaise. Ackergill Tower équilibre l’horizon. »
Ce qui peut correspondre dans la pièce à la scène 1, plus sentimentale entre Max et Heather :
« Heather : Viens, Max, cours plus vite ! (Ils courent, arrivent à l’essoufflement) Ça y est, on y est ! C’est toi que j’aime Max ! Définitivement, c’est toi ! Attends, je te bande les yeux ! (Elle lui bande les yeux) Je vais enfin pouvoir te montrer mes deux châteaux et la petite plage de Girnigoe. Quel plaisir de revoir le pays ! Quand je suis revenue là avec Ronald, ce n’était pas si bien et ça n’a duré que quelques heures! C’est le ciel des Highlands, c’est la lande du Caithness et les odeurs de tourbe qui voltigent dans l’air ! Je suis chez moi, Max ! »
 
              Que l’espace des Highlands vous donne le souffle nécessaire ! Je vais respirer l’air iodé de la côte nord de la Bretagne et vous donne rendez vous samedi et dimanche pour la révélation en avant-première du contenu des ballets de Jenny et de leur intégration au spectacle. Elle vient d’y mettre un terme…
par Bertrand publié dans : Civilisation écossaise
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