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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 11:54

A vingt ans, tu restes ferme sur ta position : tu ne crois pas au coup de foudre ! Tu te détournes de tes copains, de ceux qui « se font tout petits devant les poupées », de ceux qui aiment « à perdre la raison », des « fous d’amour ». Tu te moques de ceux qui disent que les femmes sont « belles comme un pétard qu’attend plus qu’une allumette », de ceux qui hurlent les « que je t’aime ! » et qui prétendent que « l’ombre et la lumière dessinent sur les corps des montagnes, des forêts et des iles au trésor »…

             Toi, tu es bien au-dessus de ça, tu n’es pas un « loco » et tu fais partie de ces hommes qui se croient debout quand les autres se vantent de se trainer à leurs genoux ! Tu lis. Tu travailles, tu t’amuses, tu voyages et tu observes avec la curiosité de l’explorateur (ou du volcanologue !) tous les Fuji-Yama, Etna, Stromboli, Popocatépetl de la passion « en activité »… « Je rougis, je palis à sa vue, un trouble s’éleva dans mon âme éperdue », « ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée, c’est Vénus tout entière à sa proie attachée », « je vis, je meurs, je me brûle et me noie, j’ai chaud extrême en endurant froidure », « je pense si souvent à toi que ma raison en chavire… »

             Et puis soudain, pétard ! C’est l’étincelle ! A ton tour de t’embraser, paillasse !

             Eté sicilien. Région de l’Etna. « Elle court, elle court, la maladie d’amour ! » Et ça grésille, et tu te consumes, malheureux... Et tu te dis que toutes ces passions décrites dans les films, les tragédies, les chansons, ça peut arriver à n’importe qui ! Que les tourments, les maux et les mots (que tu jugeais exagérés) ne sont pas seulement réservés aux fous, aux héros, aux empereurs, aux reines ou aux poètes… La lave tiède de ses yeux coule dans tes veines malades. L’amour t’est tombé dessus comme au coin d’un bois. Est-ce l’effet du souffre du volcan ? De la chaleur torride ? De la sécheresse sicilienne ? Vieux guépard, tu as du mal à respirer, tu étouffes et le jour et la nuit. « Ton cœur volcan bat lentement la chamade » Ton amour t’étreint, te serre la gorge et tu crèves de dépit, tu n’es que l’ombre de toi-même. Bambino !

             Tu ne dors plus la nuit. Tu ne veux affoler personne au camping où tu es venu en vacances avec ta bande de célibataires endurcis, alors tu quittes ton lit de camp. Tu vas te cacher dans un trou de buisson, dans un bosquet ou dans les hautes fougères comme un animal blessé, et tu brûles en silence parce que la fille qui « t’enchaîne » ne t’a même pas encore regardé. Bête traquée, affolée, tu regardes autour de toi : personne dans la nuit claire ! Au loin, derrière les collines de Taormina, le volcan indifférent fume. Tu t’approches de la mer morte, étale, et tu t’enfonces sur la plage de sable noir, le visage en cendres.

             Et tu la maudis, et tu la hais de te réduire à néant. Tu voudrais l’insulter, la mépriser, montrer à tes copains que tu es encore un dur et que tu es capable de l’ignorer. Ou bien entrer en éruption, fouler l’arène du théâtre antique, là-haut, à Taormina, et te donner en spectacle. Gladiateur luisant de soleil et de rage, mater les élans de la passion, incendier l’insolente de mots indécents, incandescents. Mais tu le sais bien désormais : sitôt qu’elle est là, devant toi, tu te dégonfles. Baudruche de péplum ! Ton ventre se tord, tu as des frissons dans la voix et dans le corps, ton sang bouillonne, tu ne peux pas cracher deux mots, tu deviens imbécile, tigre martyrisé, en papier, exposé aux coups, marges, autodafés. Tu as « la raison arraisonnée ». Tu trembles, tu recules.

             Au fil des heures, tu te replies, tu t’ensevelis un peu plus au creux de ton bassin de sable. Au fond de toi, tu entends battre « le cœur volcan ». La chanson alimente ton feu intérieur. Tu rougis, tu souffles, tu brûles, tu exploses « Comme une armée de vaincus, l’ensemble sombre de tes gestes fait un vaisseau du temps perdu dans la mer morte qui te reste ».  Tu redoutes sa silhouette d’impératrice, ses cheveux, son parfum, l’éclat de son rire et de son regard. « Les canons pointés de son œil, ses yeux comme une ville en flamme »… Tu tombes « tout chaud, tout rôti, contre sa bouche »…Et quand enfin, au moment de midi, elle vient s’allonger sur la plage, elle a le pouvoir absolu de « déranger les pierres », elle est le volcan qui sommeille.

             Et ton cœur, n’est déjà plus qu’un petit tas de cendres.  

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