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Texte Libre

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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 11:00

J’approchais du chenal des Sables et j’entendais de loin la clameur des « Peaux-Rouges criards »… Face à l’avidité des journalistes et à l’ivresse du public qui, derrière moi, a rêvé pendant des mois à des aventures en haute mer, je n’ai pas de mots, je n’ai plus de phrases… plus de gorge et plus de muscles pour  parler du grand océan. Je ne trouve dans la mémoire que des formules apprises, des corridors de mots balayés par le vent, parce que l’aventure en mer a « dispersé gouvernails et grappins » et parce que je suis à mon tour, sans le savoir vraiment, un « bateau ivre » comme celui de Rimbaud qui n’avait pourtant encore jamais vu la mer ni même couru le Vendée Globe !

 

« Clapotements furieux des marées, péninsules démarrées, tohu-bohus, la tempête a béni mes éveils maritimes. Plus léger qu'un bouchon, j'ai dansé sur les flots soixante-quatorze nuits, sans regretter l'oeil niais des falots ! Je me suis baigné dans le Poème de la Mer, infusé d'astres, et lactescent, dévorant les azurs verts. Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes et les ressacs et les courants : je sais le soir, l'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes, et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir ! J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques, illuminant de longs figements violets, les flots roulant au loin leurs frissons de volets ! J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides, j'ai vu fermenter les marais énormes, nasses où pourrit dans les joncs tout un Léviathan, des écroulements d'eaux au milieu des bonaces, et les lointains vers les gouffres cataractant !

Je voudrais montrer aux enfants ces dorades du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants. Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades et d'ineffables vents m'ont ailé par instants. Parfois, martyr lassé des pôles et des zones, la mer dont le sanglot faisait mon roulis doux montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes, et je restais, ainsi qu'une femme à genoux... Libre, fumant, monté de brumes violettes, taché de lunules électriques, planche folle, escorté des hippocampes noirs. J'ai vu des archipels sidéraux et des îles dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur : est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles, million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

Et maintenant, si je désire quelque chose, c’est tout simplement la baignoire de ma maison où, vers le crépuscule embaumé mes enfants accroupis, pleins de mélancolie, lâchent un bateau frêle comme un papillon de mai. Je ne puis plus aujourd’hui, baigné de vos langueurs, ô lames, traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes, ni nager sous les yeux horribles des pontons. »

 

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