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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 12:06

« Je crois que ce mot voyage incognito sauf parmi tous les enfants du Brésil ».

             Tu sais depuis l’enfance que certains mots ont un pouvoir attractif. Tu l’as entendu dire, et puis tu l’as lu dans Marcel Proust : les « noms de pays » sont, dans leur manteau de syllabes, emprunts de magie. Tu prononces Combray, Venise, Quimper, Concarneau, Guérande, Balbec, et aussitôt, tu sens en toi bouger les flots, frémir les voiles, briller les murs. Pour d’autres que Proust, c’est Paname, Rive gauche à Paris, l’Abyssinie, Mississipi River, New-York USA, Californie, Zucayan, Sertao… « C’est un mot tout chaud qui vous colle à la peau, tout juste comme un murmure sur un ruisseau, Sertao. »

             « Oh, imagine le Sertao où résonnent les grelots accrochés sur les chapeaux des Cangaceiros ». Tu écoutes « Sertao » et tu imagines, quand tu seras un peu plus grand, « les chapeaux où résonnent les grelots, les rythmes chauds, la vague, l’eau, les bacchanales du carnaval »Tu es comme les « poètes de sept ans ». Tu t’aides « de journaux illustrés où rouge, tu regardes des Espagnoles rire et des Italiennes ». Tu es un peu « du Sertao » et tu rêves « d'un grand chapeau de Cangaceiros pour t'en aller au plus tôt ; mais tu ne vas jamais bien haut dans la lumière puis vers la terre, reviens bientôt ».

             « Il vivait là-bas depuis quinze ans déjà, ne connaissait rien d’autre du Brésil »… Tu es maintenant adolescent et tu écoutes toujours « Sertao ». « Mais il était du Sertao, comme s’enlise un ruisseau »… Un adolescent ombrageux sous le sombréro, enfermé dans les limites de sa terre et de son ciel, « comme s’envole un oiseau qui ne va jamais bien haut ». Tu écoutes aussi Delpech, Charden, Sardou, Fugain, Claude François, Joe Dassin, Yves Simon, Maxime Leforestier, Lenormand, Peyrac, Ferré, Gainsbourg, Souchon… « Quatorze ans les Gauloises », « c’était nos quinze ans, salut les copains ! », « Yann avait un navire et n’avait pas seize ans… ». A quinze ans, « tu sortais tout droit du Grand Meaulnes avec tes airs d’adolescent ». Tu es toujours « du Sertao » et tu rêves de t’évader, d’aller plus haut, de tout casser et de semer ton big bazar : « Fais comme l’oiseau ». Mais c’est toujours la même chanson : Sertao « ne connaissait rien d'autres du Brésil : ni les rythmes chauds, ni la vague, ni l'eau, pas même les bacchanales du carnaval, carnaval » ! Tu restes dans ta campagne, tu ne pars toujours pas, ni à Rio, ni à San Francisco, ni ailleurs ! « J’ai eu moi aussi dix-sept ans… Moi, on n’me connaissait pas, les autres avaient tous une vespa, l’été ils avaient la villa, l’auto que leur prêtait papa ». Tu passes tous tes étés chez toi, tu habites chez ta grand-mère, derrière le garde-barrière… Tu tournes en rond dans le quartier, tu discutes avec les gars de ta bande, tu grilles une clope, tu fauches une mobylette, tu fonces jusqu’au nouveau lotissement qui dort dans la brume dominicale. « Un mec à frime bourré d’aspirine, mal dans sa peau, just go with my pince à vélo ». Bidon, complètement bidon !

             Tu as vingt ans. Tu continues de rêver, tu veux qu’on t’appelle Venise, James Dean, le fils de Buffalo Bill ou Dupont de Nemours. « L’Amérique, je sais que moi aussi, j’irai un jour ! » Et tes copains se moquent de toi. Eux, ils ont solidement les pieds sur terre, ils décrochent des jobs d’été pour grossir un compte en banque, s’acheter une voiture, financer un appartement. Toi, on ne sait pas qui tu es, on ne sait pas d’où tu viens, tu es né avec la rosée du matin, une rose entre tes mains… Tu aimes les arbres, les fleurs du sentier, les odeurs d’herbe coupée et les semelles de vent. On t’appelle « le Petit Prince ». Tu t’en vas à pied « là-haut sur la colline », « la fleur aux dents ». Tu pars sur les chemins alentours, tu vas, tu viens, tu regardes le soleil qui roule dans le ciel et le soir qui tombe, la lune qui brille et la grosse mappemonde sur ta table de chevet. Tu t’ennuyais bien souvent, de tes roses de tes volcans… Tu ouvres les livres et les cartes, et tu épèles tous ces mots qui te font rêver et qui se déploient, des mots tout chauds, qui vous collent à la peau, tout juste comme un murmure sur un ruisseau…

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