Et j’ai à mon tour pu tourner les pages de
« Lui. Mélody Nelson »… J’avais déjà beaucoup jubilé à l’écoute de textes torrides du genre de « variations sur Marilou » mais je n’avais jamais ressenti à ce point
l’érotisme de l’univers de Gainsbourg. Dosage troublant des mots et des sons, d’un scénario sur lequel planait la voix lolitienne de Jane
Birkin…
Un hasard ? Cet été là,
été 79, Sir Henry et moi avons fait notre premier voyage vers la Grande Bretagne. Dans nos écouteurs de walkman, nous écoutions « Melody » et « les ailes de la Rolls. »…
Je me souviens d’une petite route en lacets dans la région des lacs de Windermer. Au milieu de la bruyère en fleurs, nous avions vu passer devant nous
une Jaguar Type E gris métallisé, notre Silver Ghost à nous, hôtesse occasionnelle de « la Vénus d’argent du radiateur » et d’une hypothétique « à nous les petites
Anglaises »…
Into the Highlands (2)
J’ai acheté « l’Homme à la tête de chou » et Sir Henry « Histoire de Mélody Nelson ». Sur nos maigres deniers… A l’époque, acheter un disque, une cassette qui plus est, était pour nous un événement. Sir Henry empilait aux étrennes, les Deutz
Gramophon (er Mozart !) et moi, pas grand chose. Gainsbourg faisait date.
Un beau matin, il arrive dans la cour du lycée, dissumulant dans sa serviette la couverture d’un numéro du magazine « Lui » qu’il entr’ouvre
furtivement… Avec ce petit air de saint homme qu’il a longtemps eu dès qu’il s’agissait de choses intimes (il ne s’est jamais totalement défait de cet
air de Tartuffe qu’il avait un jour accepté de jouer en classe de français) il a murmuré en me dévoilant la couverture froissée : « Eric,
Mélody Nelson, c’est ça !... »
Interview de René Frégni (2)
Un spectacle comme l’Homme à la tête de
chou et au cœur d’artichaut, entièrement dédié à Gainsbourg, passe inévitablement par la musique du maître, mais j’ai indiqué que j’allais revenir, dans cette série d’articles, sur l’aspect autobiographique.
La découverte de Gainsbourg est
liée pour moi à l’adolescence. A travers deux albums, « l’homme à la tête de chou » et « histoire de Mélody Nelson », que j’ai
découvert avec la complicité de mon copain « Sir Henry ».
A cette époque, nous
préparions le bac de français et nous découvrions avec passion la ciselure poétique de ces textes, la perfection de la forme, les rythmes syncopés et
les rimes originales de ces textes d’un genre si nouveau à nos yeux. Nous étudions Rabelais, Ronsard, Pascal, sous la baguette d’une vieille dame un peu crispée qui nous avait aussi fait sentir
par la fibre la part scabreuse de toute littérature… La suite demain !
Interview de R. Frégni (1/3)
Pour y voir Clerc est aussi un ouvrage sur l’impact des chansons sur la mémoire, ce que j’appelle au détour d’une page : « le juke box de la mémoire ». En en parlant avec des amis, j’ai
souvent constaté à quel point les chansons faisaient partie de notre expérience intime et c’est d’ailleurs notamment sur ce constat que je suis parti lorsque j’ai écrit ce dernier
ouvrage.
Il y a eu d’autres affleurements de la chanson dans mes textes. D’abord dans les pièces de théâtre et plus particulièrement leur mise en scène puisque le public a pu
constater à quel point elles tenaient leur place dans la représentation. Sans explorer leur dimension implicite ou autobiographique, elles étaient là et « mettaient en relief » une
histoire, une situation. Je pense évidemment à Gainsbourg, mais également au domaine écossais, à Mike Oldfield et aux airs de country, à Bob Dylan et aux
différentes musiques de films. J’y reviendrai dans les articles qui suivront.
Jack, on the route again ! (scène travaillée en cours)
Je fais partie de ces gens qu’on voit de derrière sa fenêtre ou sa vitre de voiture occupés à pédaler ou à mettre un pied devant l’autre pour avancer vers un horizon plus ou moins difficile à
conquérir, souquant contre le vent, la côte, la pluie, l’ardeur des rayons du soleil… Et j’en connais parmi vous, lecteurs, qui se disent « mais
qu’est-ce qui fait courir ces fadas ? »
Je dispose en ce
moment d’un supplément de temps libre et mes sorties à VTT ou à pied sont de plus en plus fréquentes. Beaucoup plus qu’à Loudéac… L’air de la mer agit
sur moi comme un fouet. En général, je passe le pont de l’île de Ré et m’arrête sur la plage de Sablanceaux.
Le parfum des dunes et des tamaris est savoureux et le vent, soit de face, soit de dos, charrie un stock de « produits énergétiques » dont certains
vont à l’organisme, d’autres à la mémoire et d’autres à l’imaginaire. Ce que le lecteur, derrière son livre ou sa vitre appelerait peut-être « l’inspiration »…
La Route, la Poussière, le Sable (2) : vers la Californie...
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