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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

Jeudi 8 mai 2008

Pour finir cette série de trois articles sur l’écrivain en signature, j’aimerais grossir le trait comme j’aime à le faire parfois, sans quoi, il n’y a pas de littérature, et outrer la référence jusqu’à ce texte de Baudelaire qui m’a toujours ému : « le Vieux Saltimbanque » qu’on trouve dans le recueil le Spleen de Paris.

           Je n’ai pas été tout seul pendant la signature, mais j’ai traversé des moments de solitude et la liesse extérieure que j’ai décrite m’a ramené en mémoire le fameux texte… Dans cette société où les leitmotivs sont « pouvoir d’achat », « biens de consommation », « civilisation des loisirs », « zapping des plaisirs »… Quelle sera la place du Livre et de l’écrivain artisan ? Ecoutons Baudelaire !

 Partout s'étalait, se répandait, s'ébaudissait le peuple en vacances. C'était une de ces solennités sur lesquelles, pendant un long temps, comptent les saltimbanques, les faiseurs de tours, les montreurs d'animaux et les boutiquiers ambulants, pour compenser les mauvais temps de l'année.

      En ces jours-là il me semble que le peuple oublie tout, la douceur et le travail; il devient pareil aux enfants. Pour les petits c'est un jour de congé, c'est l'horreur de l'école renvoyée à vingt-quatre heures. Pour les grands c'est un armistice conclu avec les puissances malfaisantes de la vie, un répit dans la contention et la lutte universelles.

      L'homme du monde lui-même et l'homme occupé de travaux spirituels échappent difficilement à l'influence de ce jubilé populaire. Ils absorbent, sans le vouloir, leur part de cette atmosphère d'insouciance. Pour moi, je ne manque jamais, en vrai. Parisien, de passer la revue de toutes les baraques qui se pavanent à ces époques solennelles.

      Elles se faisaient, en vérité, une concurrence formidable: elles piaillaient, beuglaient, hurlaient (…)

      Tout n'était que lumière, poussière, cris, joie, tumulte; les uns dépensaient, les autres gagnaient, les uns et les autres également joyeux. Les enfants se suspendaient aux jupons de leurs mères pour obtenir quelque bâton de sucre, ou montaient sur les épaules de leurs pères pour mieux voir un escamoteur éblouissant comme un dieu. Et partout circulait, dominant tous les parfums, une odeur de friture qui était comme l'encens de cette fête.

      Au bout, à l'extrême bout de la rangée de baraques, comme si, honteux, il s'était exilé lui-même de toutes ces splendeurs, je vis un pauvre saltimbanque, voûté, caduc, décrépit, une ruine d'homme, adossé contre un des poteaux de sa cahute; une cahute plus misérable que celle du sauvage le plus abruti, et dont deux bouts de chandelles, coulants et fumants, éclairaient trop bien encore la détresse.

      Partout la joie, le gain, la débauche; partout la certitude du pain pour les lendemains; partout l'explosion frénétique de la vitalité. Ici la misère absolue, la misère affublée, pour comble d'horreur, de haillons comiques, où la nécessité, bien plus que l'art, avait introduit le contraste. Il ne riait pas, le misérable! Il ne pleurait pas, il ne dansait pas, il ne gesticulait pas, il ne criait pas; il ne chantait aucune chanson, ni gaie ni lamentable, il n'implorait pas. Il était muet et immobile. Il avait renoncé, il avait abdiqué. Sa destinée était faite.

      Mais quel regard profond, inoubliable, il promenait sur la foule et les lumières, dont le flot mouvant s'arrêtait à quelques pas de sa répulsive misère! Je sentis ma gorge serrée par la main terrible de l'hystérie, et il me sembla que mes regards étaient offusqués par ces larmes rebelles qui ne veulent pas tomber.

      Que faire? A quoi bon demander à l'infortuné quelle curiosité, quelle merveille il avait à montrer dans ces ténèbres puantes, derrière son rideau déchiqueté? En vérité, je n'osais; et, dût la raison de ma timidité vous faire rire, j'avouerai que je craignais de l'humilier. Enfin, je venais de me résoudre à déposer en passant quelque argent sur une de ses planches, espérant qu'il devinerait mon intention, quand un grand reflux de peuple, causé par je ne sais quel trouble, m'entraîna loin de lui.

      Et, m'en retournant, obsédé par cette vision, je cherchai à analyser ma soudaine douleur, et je me dis: Je viens de voir l'image du vieil homme de lettres qui a survécu à la génération dont il fut le brillant amuseur; du vieux poète sans amis, sans famille, sans enfants, dégradé par sa misère et par l'ingratitude publique, et dans la baraque de qui le monde oublieux ne veut plus entrer.


Loft History 2084 (1) : la loi de Big Brother
par Eric Bertrand publié dans : Manifestations autour du livre
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Mercredi 7 mai 2008

              A ma gauche, un marchand de gauffres.

              A ma droite, un stylo bille levé sur une page blanche.

              A ma gauche, un levier qu’on abaisse  pour remplir un cône à l’italienne. Car le vendeur de gauffres est aussi vendeur de glaces. Pas la vendeuse de glaces que chante Souchon ! « Vendeuse de glaces, boulevard de la Plage, sous sa bâche, elle était belle ! »… Une baraque cossue, dirigée par un bataillon de serveurs en grande tenue.

              A ma droite, un écrivain sur une petite table en bois pliante.

              D’un côté, il y a du sucre qui vole et de belles couleurs, des pages de pâte craquante, des feuilles de sucre-glace à parcourir du bout des lèvres : « Tu veux une glace, chérie ? A quoi la veux-tu, mon cœur ? »

           De l’autre, les couvertures arides des livres. Des pages à tourner, des lignes à parcourir, des aventures à oser durant de longues heures en face à face avec soi-même.

           Mais pas assez de sucre ou pas assez de miel pour attirer les mouches ?

L'Homme à la tête de chou et au coeur d'artichaut (6) : le divorce entre Bonnie and Clyde 

 

par Eric Bertrand publié dans : Manifestations autour du livre
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Mardi 6 mai 2008

  

        

Etre sur la rue pour une signature… C’est la première fois que je fais cela. L’aventure est intéressante. Il y a des odeurs de gauffres et des parfums de glace qui circulent en même temps que les jupes légères.


         
C’est un peu comme être sur la route et s’amuser en attendant « le lift » ! Qui va arrêter sa marche ? Poser son véhicule au stand dédié à Julien ? Cet Ivanovitch  frisé ? Cette cavalerie de flâneurs endimanchés ? Cette métisse Mélissa ? Cette fleur des gares et des ports ? Ce caravanier avec des drapeaux sur son sac et un coeur volcan ? Ce gondolier au maillot rayé qui voulait que j’l’appelle Venise ? Cette Américaine aux airs de Niagara ? Cette Adelita aux petits bras ?
  Cette fille du feu, cette tzigane? Cette fille qui viendra glisser de sa véranda à l'espace de la rue?
 

          Il y a bien, parmi tous ces passants, des fans de Julien Clerc qui ont un soir allumé des briquets et vibré autrement qu’en suçant des glaces ?

 

 L'Homme à la tête de chou et au coeur d'artichaut (5) : le gang de Clyde
par Eric Bertrand publié dans : Manifestations autour du livre
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Lundi 5 mai 2008

Ce retour en Sicile par la relecture du Guépard me ramène à tous ces hauts-lieux de la terre sicilienne si riches en connotations. Lampedusa n’est pas seulement le nom de l’auteur du Guépard, c’est aussi celui d’une île au large de Trapani.

           L’un des traits du Ponton avait été de solliciter tous ces noms de lieux siciliens. D’autre part, de restituer l’esprit sicilien, cette marque du commérage et de la surveillance si présents dans les petits villages (« paese ») comme Santo Stefano di Camastra dont les deux Befana sont l’incarnation. Relisons ce passage du chapitre 8 du Guépard :

Tout se répand dans cette île qui, au lieu du trident grec, aurait dû choisir pour emblème la syracusaine oreille de Denys, répercutant le plus léger soupir à cinquante mètres…

Voyons à présent un extrait du Ponton (version théâtre) :

Epilogue

 

La scène se joue sur le ponton, dans une lumière d’automne. On retrouve le décor désormais familier des deux artistes.

 

Carolina : on est aujourd’hui le premier octobre. L’été est définitivement terminé et, cette fois, Gigi est bel et bien parti, Francesca !... Bel et bien parti !... Par le train de six heures. Direction Palerme et puis l’aéroport de Punta Raisi… Que veux-tu, nous n’avons rien pu faire…

Francesca : laisse-le donc aller vivre sa vie, Carolina ! Pourquoi se lamenter maintenant ? 

Carolina : je l’ai déjà assez dit, pourquoi ! Je l’ai clamé haut et fort... Les garçons du pays doivent rester au pays ! Le pays a besoin d’eux !... Tu étais pourtant d’accord avec moi ! On dirait que ça te fait plaisir, à toi, qu’il se soit en allé ! 

Francesca : vois-tu, Carolina, j’ai bien réfléchi suite à la discussion avec Gigi, Salvatore et Ornella… L’Americana n’est pas qu’une petite sotte, et elle a vu juste dans ce qu’elle nous a dit… Nos histoires sont le miroir de la vie… L’imagination ne joue pas toujours le beau rôle… Elle n’est pas la seule aventurière à bord… Quand le temps est venu, on s’installe sur les planches, comme sur ce ponton, et la mémoire nous ballotte… On raconte et on a l’impression de ne pas avoir à bouger… On se tourne vers le passé, on se tourne vers le présent… On regarde ceux qui s’en vont, on croit qu’ils ne reviendront plus et pourtant, un jour, ils reviennent… Au fil de l’eau, ils ont suivi les mêmes courants !...

 Mais écoutons-les, via You tube :

  

 

 

 

par Eric Bertrand publié dans : Civilisation sicilienne
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Dimanche 4 mai 2008



J’évoquais hier un extrait du Guépard (p201 de l’édition Point Seuil). Relisons-le aujourd’hui à la lumière de ce que j’ai vécu et constaté.

             Sans vouloir être méchant (qu’on lise les pages qui suivent et l’écoeurement du Prince devant cette société finissante qui tourne autour de lui : Son dégoût céda la place à une grande compassion pour tous ces êtres éphémères qui tentaient de jouir du mince rayon de lumière accordé à leurs yeux, entre les ténèbres qui précèdent le berceau et celles qui suivent les derniers spasmes…) Sans vouloir être méchant donc, et porter sur les comparses de cette époque un regard aussi cruel que celui de Lampedusa (cela ne se passait tout de même pas en novembre 1862, et les jeunes filles invitées aux repas de fiançailles n’étaient pas - à ma connaissance - les rejetons de mariages interlopes), je ne céderai pas non plus à la facilité de l’émerveillement rétrospectif !

             Je dois dire en effet que je retrouve dans mon souvenir un peu de ce « teint olivâtre » et de ce « zézaiement » augmenté par la piteuse pratique d’un français famélique, emprunté aux couloirs des collèges. Il faisait déjà chaud dehors et ces gros pétales de féminité naissante, gonflées dans les calices des familles en place, ne songeaient qu’aux siestes de l’été et aux patisseries grasses et écoeurantes que prodiguaient sous leurs yeux déjà fanés des garçonnets vêtus de noir, sveltes et empressés comme des torréros devant des bêtes sans vigueur et sans cornes.  

L'Homme à la tête de chou et au coeur d'artichaut (4) : "le clan la Cagoule"
par Eric Bertrand publié dans : livres
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