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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

Lundi 20 novembre 2006

GUILLAUME-CANYONING-light.jpg

J’interromps momentanément le bilan de cette répétition du 14.10 que je reprendrai demain…
              Quelque chose me tourmente… Maintenant que le livre est présent dans sa « version froide » et « magasinière », j’ai relu quelques passages du Ponton pour comprendre… Un livre édité est un livre qui circule et qui, d’une certaine manière, vit sa vie ! Je l’ai à chque fois vérifié… Or, beaucoup de ceux qui l’ont eu en main m’ont posé la question de l’origine de la dédicace de la page 2 : « A Guillaume, enfant du ciel »… A la vérité, je suis de plus en plus sidéré par le contenu du livre, comme si, en dehors de moi, quelque chose m’avait guidé dans l’écriture
              Mais revenons à la dédicace… Je dois dans un premier temps relater des faits douloureux qui en sont inséparables. 
              Douloureuse explication que je fais pour mes lecteurs et qui implique évidemment la part inconsciente de l’œuvre. A présent que tout est fini, quand je relis certains passages, quand je décrypte certains motifs, je dois bien le reconnaître, Guillaume est là…
              Et cela me trouble profondément, car, je le répète, au moment de l’écriture, rien n’a été volontaire ni délibéré… Alors quoi ?...
              Nous avons vécu au cours de l’été 2005 un drame terrible : la disparition de Guillaume, fils cadet de ma sœur Béatrice et de mon beau-frère Hubert et ceci dans des circonstances abominables… Jeune voyageur déjà infatigable (Egypte, Ecosse, Italie, Croatie, Gallicie…), dans ce beau mois de juillet, il venait de faire une sortie canyoning, il sillonnait avec ses parents et son frère Aurélien les routes d’Espagne… Il avait treize ans, il était adorable, promis à un avenir flamboyant… Tous ceux qui le côtoyaient étaient conquis par le magnétisme de cet enfant à qui ses parents avaient donné toutes les chances… Sur une route stupide, le violent accident de voiture et le scénario atroce de la mort subite.
              Après un tel drame, nous avons tous porté un deuil lourd et insupportable… La souffrance au quotidien, la douleur des proches et l’inadmissible évidence de son absence.  
              Et depuis, comme tous les autres, je n’ai cessé de penser à lui, essayé de trouver des modes d’expression pour m’adresser à lui, l’entendre, le voir et le sentir encore à nos côtés… et soudain, voilà que je le retrouve là, infiniment présent sous les masques du texte… Dans le corps de cette marionnette qui tombe du ciel et qui a des airs de Petit Prince, dans la jeunesse des personnages, dans l’éclat du soleil et des fruits, dans la leçon de vie que comporte le récit... Voyageur des astres, adolescent éternel sur le ponton, il dérive dans sa pleine mer et, sur ses planches, il nous regarde nous agiter dans ce théâtre éphémère de la vie…
              Voilà pourquoi, la dédicace.
 
« … Francesca : une larme est venue dans son œil sec et bleu. Une larme a roulé… Puis une autre, puis une autre, puis une autre… Un ruisseau intarissable qui a fondu dans le sable, a fini par la soulever, doucement, par la porter jusque sur les flots. Et ensuite, la mer a tiré son beau corps onduleux vers le large… Alors elle a plongé du côté des îles Eoliennes... On n’a retrouvé le matin que son armure, brillant sur le sable fin de la plage comme un coquillage vide… Mais certains pêcheurs de thon disent qu’ils la croisent parfois. Elle est installée sur un radeau fantastique où abondent les fleurs et les fruits. Il paraît que ses beaux cheveux blonds flottent dans l’air, qu’elle ouvre des yeux éblouis, et que son corps lumineux et tiède ressemble à la proue d’un vaisseau de sirène… »
 
 
par Eric Bertrand publié dans : publication
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Dimanche 19 novembre 2006
Nous avons enchaîné sur la scène en contrepoint : l’idée, on le sait, est de mêler les deux « bulles »… chaque couple seul au monde et dialoguant pour un public voyeur… L’un des intérets du théâtre, n’est-ce pas précisément que le texte nous rend complices de ce qui se dit dans un secret de convention ? Tout n’est pas si voilé. Le texte se charge de ce que les spécialistes appellent « double énonciation » et les dialogues interfèrent entre les deux couples pour les personnages mais aussi pour le spectateur.
              D’un côté, les romantiques Salvatore et Ornella, de l’autre, les « directs » comme disent les élèves, Gilda et Gigi.
              Sur le principe qui établit qu’au théâtre, on n’attend jamais son tour pour parler, mais qu’on est dans le personnage et qu’on est dans la relation, Salvatore et Ornella travaillent par le geste et les regards dans la pudeur et la délicatesse. Rougissements, gestes nerveux, maladroits, retenues, audaces, marivaudages… Et voilà un bout du texte sur lequel ils exécutent leur tentative d’approche, tandis que l’autre couple avance à grands pas, on y revient demain.

HPIM0106bis.jpg

Influenza di Angelika sui copi...

 

Rubrique Goncourt : le climat à Rennes (1/3).
 
              Comment se sont déroulées les délibérations nationales à Rennes ? Je mets en ligne à partir d’aujourd’hui le reportage transmis par une collègue…
 
« Quelques mots de plus sur la journée à Rennes.
Le dimanche soir nous avons eu un verre d'accueil qui a permis de faire
connaissance, de retrouver les têtes connues, les collègues vus à Paris
en juin. Puis dîner chez Léon le cochon. Les élèves ont vite sympathisé,
les Canadiens se chargeant de l'ambiance, chants et même danse à la
fin... De notre côté ambiance plus sage. Nous avons rencontré
Philippe-Jean Catinchi, critique littéraire au Monde. Nous avons passé
une soirée délicieuse avec lui, il est d'une culture incroyable et
surtout un fervent défenseur du GDL. Ça fait vraiment du bien. Vous le
verrez dans les rencontres régionales de Bruit de Lire, c'est lui qui
animera à Rennes et Montpellier les forum de critique littéraire.
Le lendemain, à 9 heures, les délégués se sont installés à la Chope, une
brasserie du centre de Rennes. Le lieu est assez exigu. La presse
commençait à s'installer, des fils partout. Le jury est resté trois
heures en enfermé. Jeanie nous a dit que les
débats avaient été de
qualité… »
 
Réaction de collègue :
Un petit mot, à mon tour, pour apporter ma contribution... ça lit envers et contre tout, contre tout le travail annexe surtout... mais nous en sommes tous au même point ! les vacances vont permettre certes d'être plus disponibles ; les élèves ont pris des réserves pour "s'occuper", et avancer ! moi aussi, comme quelques uns d'entre vous, je suis un peu effarée de constater que certains jeunes n'ont lu que 2 ouvrages : pour des Term L ça n'est pas terrible... ils arguent du trop plein de travail, mais tout de même ...j'espère qu'ils vont un peu se reprendre pendant les vacances . Quand je vous lis, et vous "entends" raconter vos rencontres avec les écrivains (toujours bon à prendre! ) je vous envie un peu : ici, on n'a été contacté par personne, on nous a visiblement totalement oubliés ! c'est très dommage, car je suis certaine que cela aurait stimulé le gain (regain) d'intérêt des élèves
par Eric Bertrand publié dans : Théâtre au lycée
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Samedi 18 novembre 2006
Pendant que cause l’entreprenante Gilda, Salvatore ne peut s’empêcher de pouffer de rire. On travaille sur la façon dont il faut « déployer » le rire sur la scène. Puiser l’énergie dans le ventre et faire éclater le son de toute la poitrine. C’est bien l’expression « à gorge déployée » qui convient.
              Salvatore n’en peut plus, tant pis ! Il sort de sa cachette pour s’esclaffer et venir  entraîner le public par un bon fou rire communicatif. Cela doit se jouer comme un aparté, un moment de grâce sous le regard consterné des autres qui adoptent des attitudes variées.
              C’est lorqu’il parodie le discours des amants par des racourcis sacrilèges qu’il aggrave son cas. Il revient auprès du groupe des « embusquées » pour essayer de partager son rire mais il ne trouve que réprobation et ses éclats se brisent quand il affronte le regard d’Ornella. Non seulement il a interrompu l’échange amoureux, mais en plus, il s’est couvert de ridicule car il n’a pas compris qu’Ornella l’identifiait à Gigi… Cet aspect là est très sensible dans le récit et j’y reviens demain à travers l’évocation de la scène en contrepoint.
 
« Gilda : comme on est bien là tous les deux, Gigi !... La griffure des feuilles d’olivier sur les épaules et la rumeur caressante de la mer… Parle-moi, Gigi, souffle moi tes mots, j’aime entendre ta voix comme un léger sirocco sur ma joue, sur ma taille et sur ma cuisse.
Gigi : tu as la peau douce Gilda. Il y a du sel sur tes lèvres. Ton corps est onduleux comme les vagues… Je suis déjà loin sur la mer, bien au-delà du ponton, tout au large… Je ne vois plus les lumières de Santo Stefano. Je n’ai que l’éclat de tes yeux pour me guider…
Les autres se retiennent pour ne pas rire. Tiziana et Lauredana sont obligées d’entraîner Salvatore à distance pour éclater de rire. Seule Ornella garde son sérieux)
Salvatore : (mimant son compagnon) : « tu as la peau douce Gilda ! Du sel sur les lèvres et des vagues sur le corps ! Je suis loin du ponton ! Tes yeux sont des phares !… » Et l’autre ! « La mer, la brise, le sirocco… Oh, c’est trop drôle ! »
 
 
 

HPIM1976.JPG

Sul mare, andare lontano...
 
 
 
Rubrique Goncourt :
 
Lecture des Bienveillantes (7/7)
 
 
              La fin du roman est plongée dans la confusion de la débâcle. Tout échappe à la volonté de l’ordre et de l’organisation. A nouveau blessé et diminué par ses troubles organiques, Max rentre à Berlin où il est soigné par Hélène, mais il ne donne pas de suite à la relation. Il cherche dans la maison de sa sœur le fantôme perdu et se livre à des rituels hallucinés.
              C’est Thomas qui vient le chercher pour l’entraîner dans de dernières péripéties à travers un territoire pénétré par l’armée russe. Et toujours les figures des deux policiers qui le poursuivent et qui acquièrent véritablement le statut de « mouches », (p759) : il finit par les abattre l’un et l’autre, comme il exécute froidement l’un de ses anciens amants et même son ami Thomas. Le roman s’achève sur ces dérapages, au milieu du sang et de la confusion et sur le mot « bienveillantes » qui matérialisent les tourments d’un être qui a perdu tout repère.
 
Réaction de collègue :
 
Les lectures avancent  et dans la classe de 1ère L de
34 élèves le nombre de livres lus est très variable : quelques-uns : 3/4
livres , la majorité entre 6 et 8,  quelques  lecteurs plus confirmés
s'acheminent vers une lecture de la totalité de la sélection. Ils ont
l'intention de poursuivre activement pendant les congés et éliront leur
délégué  le lundi 6 novembre. Pour l'instant ont la faveur des lecteurs,
Miano, Schneider, Laurens, Nothomb, Boulin, Vallejo. Les deux échanges
entre le lycée de Bruz et de Rennes ont été riches d'argumentation.
Un débat très intéressant  autour des Bienveillantes a montré  l'intérêt
que  les  élèves portaient au sujet traité : mais pour l'instant ceux
qui le lisent avancent doucement dans ces 900 pages.
par Eric Bertrand publié dans : Théâtre au lycée
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Vendredi 17 novembre 2006

              Le thème du commérage apparaît très vite dans la pièce. Il est représenté surtout par Tiziana et Lauredana qui ont hérité de cette habitude sur les bancs qu’elles fréquentent le soir avec les adultes qui regardent passer les gens à la traditionnelle passeggiata (rite particulier aux villes du sud de l’Italie : j’y consacrerai prochainement un article dans ce blog car le mot apparaît souvent dans le texte et n’évoque rien aux comédiens).

              Dans la scène précédente, Tiziana et Salvatore ont appris de la bouche des « Befana » qu’il « se passait quelque chose sur le rivage ». Lauredana est là pour témoigner ! Tous les trois se précipitent et rejoignent Ornella pour observer les amants. Curiosité, voyeurisme, excitation

              Tout près du bosquet des amants, ils se cachent et se mettent à « mater » ! Ornella savoure les échanges amoureux qu’elle entend. Elle ferme les yeux, rêve que c’est à elle que l’on s’adresse. Elle vit la scène par procuration. Au contraire, les deux autres filles ont un air révolté, réprobateur. Mais elles n’en perdent pas une, amatrices de scandale ! Où cette scène va-t-elle s’arrêter ? C’est Salvatore qui casse tout, je reviens sur son cas demain.

 

HPIM1971.JPG

 

C'é sempre qualch'uno vicino per ascoltare...

 

 

 

 

 

Rubrique Goncourt :
 
Lecture des Bienveillantes (6/7)
 
 
              Avant d’entamer sa mission, il est en Pologne, visite un camp (Lublin), réfléchit avec d’autres officiers dont Eichmann au « problème juif » : comment justifier la politique menée par le Reich ? D’après les autorités, la résistance du ghetto de Varsovie est un exemple de la nécessité de mener une politique d’extermination. Il faut en effet produire un effort particulier pour éliminer les éléments les plus résistants et les plus dangereux. Comme pour une maladie, c’est le résidu final qui est le plus difficile à détruire. Mais Max pose des questions. Est-ce économiquement intéressant de faire disparaître ceux qui ont toujours été nécessaires au fonctionnement de l’économie ? Faut-il se priver d’une main d’œuvre à bon marché ? Et du point de vue moral ? On lui conseille de ne pas se poser de question ou d’appliquer un principe inspiré de Kant : en ce qui concerne le problème juif, le fameux impératif catégorique cher au philosophe fonctionne à peu près de la façon suivante : « agis comme si le principe de ton action serait approuvé par le Führer ». Ce raisonnement est à la base d’une justification qui rappelle la pensée d’Anna Arendt et qui fournit un discours argumentatif type : p544 à 546.
              Début 44. Berlin est bombardé de plus en plus souvent et la précarité augmente. Commence avec une nageuse, Hélène, une relation sentimentale et une vie plus régulière. En parallèle, une enquête est ouverte sur la responsabilité de Max dans la mort de sa mère : tout tend à l’inculper mais son statut de haut officier le met à l’abri de la justice. Il est envoyé en Hongrie : le souci majeur du Reich, c’est de trouver de la main d’œuvre capable de supporter l’effort de guerre. Et la main d’œuvre doit être juive. Mais les choses ne sont pas simples avec Budapest et la situation ne s’améliore pas. (Problèmes de l’alimentation, du voyage, de l’hébergement, de la demande en « énergie de travail » de la part de certaines usines… Max ne peut trouver de réponse adéquate et il se heurte à de l’incompréhension de la part des responsables.
 
Réaction de collègue :
La première des rencontres avec les auteurs, le 2 à Troyes, a permis à 
quelques un(e)s d'entre nous de nous rencontrer "de vive voix" (sous 
le Kiosque à musique du jardin public, devant le théâtre de Troyes, et 
par une pluie battante, ou dans la cohue de la séance de dédicaces.) 
Ce n'était pas l'un des moindres plaisirs de la journée. Les auteurs, 
quant à eux, ont tenu deux bonnes heures face à une assemblée de 
lycéens plutôt attentifs, aux questions souvent pertinentes, dans le 
théâtre plein comme un oeuf. Pour ma part, j'ai beaucoup aimé la 
disponibilité et la générosité d'Audouard, qui a parlé avec 
sensibilité à la fois de son roman et du métier d'écrivain, ou la 
gentillesse parfois malicieuse de Lapouge, dont la voix a accompagné 
tant de mes après-midis sur France Culture. Nothomb, sèche. Bataille, 
selon moi, prolixe et complaisant, mais Sylvain trouve que j'exagère. 
C'était une bonne journée, et les trois heures de bus subséquentes ont 
été nourries de bavardages, de discussions, de railleries.
Bonne journée à tous !
par Eric Bertrand publié dans : Théâtre au lycée
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Jeudi 16 novembre 2006
Après les fièvres du Goncourt toute la semaine passée, retour au calme du Moulin à Sons, et retour aux climat plus apaisé des premières répétitions, loin de l’agitation des médias. Profitant de la présence de l’ensemble de la troupe, nous nous divisons en deux ateliers : les « Befana » vont répéter leurs scènes dans une salle à part, et procèdent notamment à un enregistrement sur MP3 de façon à pouvoir mieux apprencre le texte par la suite.
              De notre côté, nous abordons la scène du voyeurisme qui débouche sur le fou rire de Salvatore et l’intervention musclée de Gigi. Cette scène implique l’ensemble de la distribution et, même si sur le papier, elle est brève, elle nécessite un effort particulier de direction et de concentration. Chacun doit penser à son placement, son intéraction avec les autres. C’est Salvatore qui circule et qui suscite des réactions et des mouvements. Les déplacements, les mimiques sont sources de jeux de scène qu’il faut déterminer de façon à tracer des lignes sur l’espace de la scène… Mimiques et déplacements, j’y reviens demain.
 
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Dopo la scuola, andare a vedere la Befana sotto le stelle !

 
 
Rubrique Goncourt :
 
Lecture des Bienveillantes (5/7)
 
 
              Max en est arrivé au stade d’une belle promotion et il espère la réaliser dans son domaine, à savoir le juridique européen (ce qui encore une fois contribue à rendre le personnage sympathique). Mais on lui fait assez vite comprendre que la réussite sous le troisième Reich passe par le sale boulot : ils ont besoin de fonctionnaires de son talent pour réaliser leurs objectifs. La réalité du Reich reste toujours la toile de fond et le lecteur retrouve constamment, au détour des pages, des épisodes dont il a souvenir : par exemple le « lebensborn » : Una, la sœur, s’est mariée « avec un estropié » et elle ne peut avoir d’enfant… une grosse matrone lui suggère de « se faire féconder » par un officier SS, elle parle de « l’assistance eugénique ». Pour le narrateur, cette séparation d’avec sa sœur jumelle est insupportable, elle met un terme intolérable à leur complicité amoureuse.
              Au cours de sa convalescence en France, il rend visite à Antibes à sa mère et son beau-père : le malaise règne au cours de l’entrevue. Son but est de les tuer et la référence à « l’Orestie » est implicite, même présence du tragique, même haine sourde de la sœur et du frère… Encore une fois dans ce livre, le meurtre n’est pas présenté comme un acte commis en conscience mais comme quelque chose qui a eu lieu et qu’il a dû commettre (on le comprend) dans un état de schizophrénie pendant son « sommeil ». Si on pousse plus loin le sens de la référence, peut-être peut-on y voir une clé pour la compréhension du titre : on sait que dans la pièce de Sophocle, après le meurtre de son beau-père et de sa mère, Oreste est poursuivi par les fameuses « bienveillantes », celle que Sartre appelle « les mouches ». Elles persécutent l’esprit agité du meurtrier comme Max Aue va être persécuté par ces deux policiers qu’il appelle « les bouledogues » et qui savent tout… Un élément renforce son tourment : il découvre que « les jumeaux » qu’il a vus chez sa mère étaient ceux de sa sœur…
 
Réaction de collègue :
 
C’est une super idée. Hier nous avons rencontré au théâtre de la Criée à Marseille Michel Schneider. Des propos clairs et très instructifs sur sa relation à celle qu’il a appelée « ma Marylin ». en fait il a été pris par cette rencontre folle entre Greenson et sa patiente. Sa recomposition s’appuie donc sur des faits réels mais va vers l’invention, vers ce qu’il sent de la vie de ces deux-là.
Du coup, toute la dimension du romanesque qui envahit le champ du biographique aujourd’hui est encore là. Dans la proposition d’écriture que tu fais, il pourrait y avoir cette optique, de mêler le vrai, le faux, sans dire ce qui appartient et ce qui est inventé. Ça laisserait aussi du champ aux élèves.
Camille Laurens qui était là aussi est allée dans ce sens…c’est moi mais ce n’est pas moi etc…
Un autre aspect intéressant du roman de Schneider c’est qu’il n’est pas chronologique, là aussi il y a des pistes d’écriture il me semble.
 
 
par Eric Bertrand publié dans : Théâtre au lycée
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