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Fictions et variétés

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Cheminement du travail, de la réflexion sur un artiste à l'écriture d'une fiction ou d'un ouvrage autobiographique, du bilan d'un voyage à l'écriture d'un récit, d'une fiction ou d'une pièce, de l'écriture d'une pièce à sa mise en scène...Deux sites en relation directe avec ce blog : http://www.atelier-expression-artistique.com (théâtre et mise en scène), http://www.ericbertrand.fr (livres chez Aléas et Ellipses). 

 

 

Vendredi 20 octobre 2006
              Après la scène du "safari" au Ponton, nous avons essayé la scène du bar qui débouche sur l’entrée en scène de Gilda… nous travaillons sur la lenteur, et l’impression de chaleur, de canicule. Gigi s’ennuie quand son ami le rejoint, il n’a pas très envie de discuter. Dans le rôle de Salvatore, Ronan est un peu trop énergique et sautillant. Il faut se livrer à un jeu sicilien qui consiste surtout dans une phase de parade. Il arrive sur scène sur son beau vélo blanc, il prend le temps de se montrer, de sinuer autour de la scène avant de poser le vélo.
              Gigi est de mauvaise humeur, on comprend, à travers les premières répliques, qu’il ne supporte plus beaucoup ce rituel journalier de la sieste auquel il refuse de se soumettre. Il faudrait que quelque chose se passe dans son pays pour qu’enfin il sorte de son engourdissement. Mathieu doit travailler sur cette ambiguïté du personnage : c’est un volcan qui sommeille… engourdissement et fulminations doivent diriger les différents moments de son discours. Car il ne s’agit pas non plus d’endormir le spectateur mais de l’emmener en Sicile.
 
 

Ceramiche a Santo Stefano di Camastra
 
Rubrique Goncourt : la légendaire Norma Jean Baker…
 
              L’un des attraits de ce roman, outre le travail de recomposition de la vie d’une personnalité aussi complexe que celle de Marilyn, c’est celui qui consiste précisément à retrouver un peu de cette période et de ce contexte qui fut celui de la légendaire Norma Jean Baker…
              Tout est bien vague dans mon esprit quand j’entreprends la lecture. Mais l’un des bénéfices de la lecture n’est-il pas justement de jeter de la lumière sur des zones d’ombre ? Et puis j’ai le plaisir du guide, celui dont la tâche consiste à defricher le terrain pour les élèves.   Qu’est-ce que Marilyn pour des adolescents ? Il faut programmer un film, afin qu’ils la voient, qu’ils s’attachent peut-être au personnage, qu’ils aient envie d’en savoir plus. Ce sera « les Désaxés » dont il est question dans le roman. 
              A la page 383, on trouve cette réflexion de Marilyn : « Ma vie, je pourrais l’écrire rien qu’avec les titres des chansons de mes films… » Suit un inventaire de ces titres. J’ai une collègue qui me propose le CD des chansons de Marilyn. Je vais leur en faire écouter un échantillon. Puis, en guise de « récréation d’écriture », je leur demande d’adopter la même méthode et de raconter leur vie à partir des chansons de leur choix.
              Je leur photocopie également les chansons de Gainsbourg, « Norma Jean Baker » et « Baby alone in Babylone » afin qu’ils réfléchissent aux conditions énigmatiques de sa mort. Les textes de Gainsbourg figureront en poésie, en croisement avec le biographique. Demain, « Fils unique ».
 
Réaction de collègue (à propos de culottes courtes)
Ce bouquin m'a mise mal à l'aise. S'il a satisfait mes désirs de 
syntaxe (rien à dire de ce côté-là), si j'ai admiré le style, tout de 
même très proche du strict pastiche, je ne sais quoi faire de 
**l'histoire**, qui me paraît en effet relever d'une variété 
d'autobiographie, [genre proliférant à l'endroit duquel à quelques 
exceptions près j'ai de sacrées réserves : si je peux être triviale, 
l'autofiction, ça me gave, et je trouve le "roman" de Laurens 
ridicule] avec un penchant au fétichisme y compris lexical (j'ai 
compté 62 occurrences de "culottes courtes" entre la page 359, moment 
où j'ai décidé de me mettre à compter, et la fin) dont je ne sais pas 
quoi faire parce que je ne sais pas quelle est la position de lectrice 
qu'il m'accorde. Autrement dit, je ne suis pas sûre que le lecteur ne 
soit pas dans ce texte saisi dans le même genre de relation que celle 
qui "unit" Barbara et Allan, relation ANALOGUE je veux dire : voyeur 
impuissant à se déprendre mais pour quel "bénéfice" ? A côté du brio 
du style par exemple, il y a la simplicité sommaire du découpage, il y 
a le ressassement du lexique, celui des gestes quotidiens, il y a le 
côté attendu d'une narration explicitement proustienne, et qu'est-ce 
qu'on en fait ?
            Il faut que j'aille au lycée m'occuper de la mise au monde 
de notre-finalement-blog, j'arrête un peu vite mes remarques en vrac, 
en ajoutant que je comprends absolument le malaise des élèves : c'est 
leur histoire, et ils sont bien trop jeunes pour en goûter le parfum 
de retour sur soi, d'où les accusations de pornographie.
 
 ici aussi  Nothomb a le vent en poupe mais Disparaître, Contours, Pontsd'oiseaux et Marilyn suivent de près. Tenez bon, essayez de garder du plaisir dans cette aventure………….
 
par Eric Bertrand publié dans : Ecriture et réécriture
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Jeudi 19 octobre 2006
Pour entrer dans le jeu et commencer à réfléchir sur les personnages et leurs intentions, mardi soir, nous travaillons sur deux scènes qui se jouent entre les adolescents. D’abord la scène initiale, celle qui se joue en face du ponton. Gilda est en train de se pavaner à l’avant-scène tandis que les trois autres guidées par Tiziana l’observent de la plage à l’aide de leurs jumelles…
              Ce qui est en jeu là, c’est l’affirmation des tempéraments. D’un côté, Ornella, fascinée par l’assurance et l’arrogance impudique de Gilda, et de l’autre, Tiziana et Lauredana, choquées par le scandale de sa position et de son comportement. Ce désaccord souligne bien les caractères.
              Diane, qui joue le rôle de Tiziana trouve assez bien le ton moqueur qu’il faut mettre dans certaines des répliques en même temps que cette intolérance à la limite de la xénophobie dans laquelle elle cherche à entraîner ses camarades. Samantha la suit assez bien sur ce terrain, bien qu’encore timide. De son côté, Hélène joue assez bien sur le registre de la provocation et de la fantaisie. Cette fille qu’elle observe révèle en son personnages des envies qui la troublent et elle parvient assez bien à montrer l’excitation. Demain j’évoque la scène des garçons.
 
 
HPIM1960.JPG
Quando arriva Gilda, Porta Palermo...
Rubrique Goncourt : Jeu d’écriture
 
              En parallèle à la réflexion sur les livres de la sélection, je trouve toujours intéressant de travailler en ce moment sur l’idée de l’effort de lecture, idée d’une errance sinon d’un voyage, d’une épopée à travers la « jungle » des treize romans…
 
              Après avoir demandé aux élèves « comment ils lisaient » (cf : dernière suggestion), je leur ai demandé de présenter l’une de leur lectures non pas simplement comme une lecture mais comme une aventure à travers un espace géographique inscrit dans le roman, ce que le spécialiste appellera « topos ».
              Le recours à cette notion d’espace peut engendrer un intéressant travail sur la métaphore et, en même temps, leur permettre de s’exprimer autrement sur un roman de leur choix. Par ailleurs, cela les oblige à revenir peut-être davantage à la réalité géographique d’un univers romanesque (Orient de « disparaître », Afrique de « contours du jour qui vient », Londres de « l’amant en culottes courtes », Basses Alpes de « le Bois des amoureux », landes breto-normandes de « Ouest », Amérique de « Marilyn, dernières séances »…
 
Exemple : j’avance sur le Sunset Boulevard de ce roman au bout duquel je vois briller, comme sur une enseigne lumineuse, le visage tourmenté de Marilyn. Les sables du désert de Mojave rentrent un peu sous mes paupières, mais le moteur des grosses limousines, les Pontiac, des Buick se mêle à la rumeur des caméras qui filment, jusque dans mon sommeil, les stars de Hollywood.
 
Réaction de collègue :
Dans l’interview qui est sur le site de la FNAC, Fleischer dit et redit « 
c’est la premier texte autobiographique d’ampleur, le premier texte
strictement autobiographique « .
Alors roman ?

Je me demande si le sous-titre roman n’est pas plutôt à prendre dans l’air
du temps et du triomphe de l’autofiction.
A Marseille Camille Laurens a fait un flop quand elle a fini par lâcher
qu’elle en s’appelait pas Camille Laurens dans la vraie vie, et que donc ce
n’était pas elle etc…le pacte de lecture instauré au début, dans la note
liminaire, au feu. Et c’est vrai que les élèves lui en ont beaucoup voulu…
 
par Eric Bertrand publié dans : Théâtre au lycée
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Mercredi 18 octobre 2006

              La première répétition a lieu comme prévu. Après le passage des journalistes et d’une ancienne actrice très émue, (« la très talentueuse Rebecca Darlington » comme la présentait Ronald MacDonald dans le Ceilidh !) nous avons commencé le travail. Le groupe des adolescents est au complet et c’est Francesca qui manque à l’appel.              
Nous faisons donc travailler les scènes autour du ponton… Le groupe ne se connaît pas encore bien et je propose quelques exercices à la fois d’occupation de l’espace et d’articulation à partir des expressions italiennes présentes dans le texte : « Ciao ! », « Che calore ! », « Ecco l’Americana ! ».

 

              Outre le caractère linguistique de l’exercice (il s’agit de les faire collaborer à l’ambiance italienne), l’intérêt est surtout de les faire bouger dans l’espace, et d’indiquer quelques notions élémentaires de jeu : le rôle du partenaire sur la scène, les relations de force au théâtre, l’importance de la voix, du regard et du geste. Du contact et de l’ouverture à l’autre aussi car je décèle un peu de timidité et une tendance au « petit groupe », tendance qu’il faut abolir…

 

              Demain, je reviens sur les premières scènes.

 

hpim1174.jpgPorta Messina...

 


Rubrique Goncourt :
« Les Bienveillantes »
              La compréhension de ce roman dont il faut percevoir la profondeur passe aussi en amont par une réflexion sur les conditions du génocide. D’où le rôle du cours d’histoire dans cette approche d’une œuvre que je n’ai, hélas, pas encore lue !
Exposé de Mélinda : Mélinda est arrivée à lire environ 450 pages et elle trouve que la lecture en devient de plus en plus intéressante au fur et à mesure que l’on progresse dans l’œuvre. On rentre davantage dans la psychologie des personnages et dans l’analyse des éléments sociaux et historique…
Comprendre le contexte dans lequel agit le narrateur du roman
Anna Arendt : réflexion sur le régime totalitaire.
Il s’appuie sur la volonté de soumettre le plus grand nombre. Ce type de régime se met en place en s’appuyant sur les masses, ce que Ionesco a pu appeler « les rhinocéros ». Dans la masse, l’homme perd sa singularité et croit aveuglément ce que la tête lui demande de croire. Les règles élémentaires de la pensée sont abolies. L’esprit critique disparaît. Faute de mots, la pensée s’appauvrit et « s’exécute » au sens à la fois où elle se donne la mort et où elle obéit, elle suit « les ordres », sans comprendre. On peut évoquer en cela la société totalitaire imaginée par Bradbury dans Fahrenheit 451 où les livres ont disparu car ils sont considérés comme des ferments de danger.
Anna Arendt : les camps d’extermination.
Dans le camp d’extermination, le « programme » mis en place est un programme d’élimination systématique. Anna Arendt se pose la question suivante : comment exécuter un programme d’une telle barbarie ? Comme l’indique Lévi, ce ne sont plus des hommes qui sont éliminés mais des marionnettes humaines, de sorte qu’aux yeux des exécutants, l’exécution aille de soi. Extrait des Origines du totalitarisme dans lequel l’auteur explique que le camp d’extermination n’est pas seulement un lieu d’exécution mais un lieu d’expérimentation de la déshumanisation. Extrait de Si c’est un homme de Primo Lévi : l’arrivée au camp d’Auschwitz. L’auteur y explique le processus de destruction à laquelle le prisonnier du camp est soumis.             .
Anna Arendt. Le procès d’Adolf Eichmann ou la banalité du mal.
Un tel homme n’est pas un monstre (ce qui aurait été rassurant) mais un homme ordinaire. La réflexion avait été déjà menée par Robert Merle dans son livre : la mort est mon métier. L’auteur explique que le camp fonctionne de la même manière qu’une machine infernale, et que tout fonctionnaire l’actionne avec la même froideur que le personnage de Kafka dans la Colonie pénitentiaire. Le personnage (Rudolf Hoess, commandant d’Auschwitz dans la Mort est mon métier) est le produit d’une société totalitaire qui engendre des individus incapables de penser par eux-mêmes, des individus qui ont perdu ce qui caractérise l’exercice de la liberté et qui n’agissent que par rapport à ce qu’on leur a enseigné.
Extrait de l’interview de J. Littell et de Raul Hilberg sur France Inter. Raul Hilberg : la Destruction des Juifs d’Europe. Lecture d’un article de Claude Lanzmann dans « le Nouvel Observateur ». La question des limites de la fiction par rapport à la réalité effroyable d’Auschwitz.
 
Réaction de collègue :
Moi aussi, j'aime Gilles Lapouge et pour les mêmes raisons. Mais que 
ma lecture est lente ! Et après il me reste Nothomb pour la soirée.... 
Franchement, nos rencontres de demain ne m'enthousiasment pas. Pour ce 
qui concerne Bataille, j'ai l'impression qu'outre sa propension à la 
boursouflure, il a des problèmes avec la déontologie : son roman est à 
peu près une entreprise publicitaire-Grasset, chez qui il est lui-même 
éditeur, voire, me disait un copain libraire, secrétaire général.
En fait de chataignes, ce sera le Grand Théâtre de Troyes...
Au moins lis-je  le texte avec la voix de Lapouge dans l'oreille, et 
Giono & Pierre Magnan en arrière-fond.
"Professeur d'honnête homme", c'est charmant, non ?
A bientôt, et merci pour votre chronique bloguesque

 

par Eric Bertrand publié dans : Théâtre au lycée
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Mardi 17 octobre 2006
Début officiel aujourd’hui des répétitions. Je tire le planning afin que chacun mette à jour son agenda. La dernière avait pour objectif de fixer le texte et la distribution, mais cette fois, il s’agit de commencer à mettre en espace ce texte qui ne demande plus qu’à trouver des gorges et des planches.
              En principe, les acteurs avaient pour mission d’apprendre le texte afin de mieux « proposer » des manières de jouer. Il y aura une phase échauffement aussi, afin de souder le groupe. Françoise (Francesca) et Samantha (Lauredana) étaient absentes la dernière fois… Et puis nous attendons aussi la presse pour la présentation du spectacle.
 
Planning de répétition au Moulin à Sons
 
Les répétitions ont lieu :
Ø      entre 18 h et 19 h pour les claquettistes
Ø      entre 19 h 30 et 21 h 30 précises pour les acteurs.
 
Les dates proposées ci-dessous correspondent à la disponibilité du Moulin à Sons. Elles tiennent compte des périodes de vacances.
 
Il va de soi que chacun des membres de l’atelier s’engage à respecter une assiduité, condition nécessaire à la réussite du spectacle… Par ailleurs, d’autres dates seront proposées à l’approche du spectacle final afin d’intensifier les répétitions en présence des musiciens.
 
 
 
Mois
 
Répétitions les mardis…
2006
Octobre
-          17/10
-          24/10
Novembre
-          07/11
-          14/11
-          28/11
Décembre
-          12/12
-          19/12
2007
Janvier
-          09/01
-          16/01
-          23/01
Février
-          06/02
-          27/02
Mars
-          06/03
-          13/03
-          20/03
-          27/03
Avril
-          17/04
-          24 04
Mai
-          15/05
-          29/05
 

 

HPIM1343.JPG"Porta Palermo", da Santo Stefano di Camastra.

Rubrique Goncourt :
 
« Les Bienveillantes » au programme ce soir, entre 15 30 et 17h30…
              La compréhension de ce roman dont il faut percevoir la profondeur passe aussi en amont par une réflexion sur les conditions du génocide. D’où le rôle du cours d’histoire dans cette approche d’une œuvre que je n’ai, hélas pas encore lue !
Exposé de Mélinda
Comprendre le contexte dans lequel agit le narrateur du roman
Anna Arendt : réflexion sur le régime totalitaire.
Il s’appuie sur la volonté de soumettre le plus grand nombre. Ce type de régime se met en place en s’appuyant sur les masses, ce que Ionesco a pu appeler « les rhinocéros ». Dans la masse, l’homme perd sa singularité et croit aveuglément ce que la tête lui demande de croire. Les règles élémentaires de la pensée sont abolies. L’esprit critique disparaît. Faute de mots, la pensée s’appauvrit et « s’exécute » au sens à la fois où elle se donne la mort et où elle obéit, elle suit « les ordres », sans comprendre. On peut évoquer en cela la société totalitaire imaginée par Bradbury dans Fahrenheit 451 où les livres ont disparu car ils sont considérés comme des ferments de danger.
Anna Arendt : les camps d’extermination.
Dans le camp d’extermination, le « programme » mis en place est un programme d’élimination systématique. Anna Arendt se pose la question suivante : comment exécuter un programme d’une telle barbarie ? Comme l’indique Lévi, ce ne sont plus des hommes qui sont éliminés mais des marionnettes humaines, de sorte qu’aux yeux des exécutants, l’exécution aille de soi. Extrait des Origines du totalitarisme dans lequel l’auteur explique que le camp d’extermination n’est pas seulement un lieu d’exécution mais un lieu d’expérimentation de la déshumanisation. Extrait de Si c’est un homme de Primo Lévi : l’arrivée au camp d’Auschwitz. L’auteur y explique le processus de destruction à laquelle le prisonnier du camp est soumis.             .
Anna Arendt. Le procès d’Adolf Eichmann ou la banalité du mal.
Un tel homme n’est pas un monstre (ce qui aurait été rassurant) mais un homme ordinaire. La réflexion avait été déjà menée par Robert Merle dans son livre : la mort est mon métier. L’auteur explique que le camp fonctionne de la même manière qu’une machine infernale, et que tout fonctionnaire l’actionne avec la même froideur que le personnage de Kafka dans la Colonie pénitentiaire. Le personnage (Rudolf Hoess, commandant d’Auschwitz dans la Mort est mon métier) est le produit d’une société totalitaire qui engendre des individus incapables de penser par eux-mêmes, des individus qui ont perdu ce qui caractérise l’exercice de la liberté et qui n’agissent que par rapport à ce qu’on leur a enseigné.
Extrait de l’interview de J. Littell et de Raul Hilberg sur France Inter. Raul Hilberg : la Destruction des Juifs d’Europe.
 
Jonathan Littel aux Ursulines
Véra Roth, la documentaliste du lycée Champollion à Lattes a  assisté à une
conférence de Littell au couvent des Ursulines, dont vous trouverez  le résumé. Jonathan Littel aux Ursulines le 4-10-2006 : en vrac
 
Introduction par le Professeur de Littérature Michel Didier de Toulouse : en 1 mois 250 000 ex vendus ; l’auteur ne souhaite pas évoquer sa propre biographie (on apprend quand même que les ancêtres sont originaires des pays de l’Est.) Les Bienveillantes sont plus ou moins son premier livre. Il n’y a pas de confusion entre la fiction et l’Histoire dans l’œuvre, c’est vraiment une œuvre littéraire : éléments d’amour, policiers, narrateur à la 1ère personne agit comme un filtre à travers lequel passe l’histoire.
Convention romanesque : le narrateur est un écrivain nazi brillant, le lecteur est confronté à un narrateur ou il est difficile de faire la part entre le vrai et le faux.
Genèse : l’auteur ne se trouve pas si jeune que ça, il y a eu avant l’écriture une multitude de déclencheurs dans le temps, il a choisi LE génocide européen pour toucher davantage le lecteur européen, et à cause de la disponibilité de la masse documentaire il avait aussi des raisons personnelles (pas de détails là-dessus).
Point de vue : choix du nazi car c’est l’acteur, construction du trajet géographique pour couvrir toute l’étendue de la destruction
Construction du narrateur : sociologique : caste des intellos du SD a vraiment existée : un milieu générateur de concepts. Niveau structurel : schéma de la tragédie grecque (Eschyle, les Atrides) lucidité par rapport aux autres personnages, car il est en décalage par rapport à son homosexualité. A travers ce filtre les autres sont montrés : oblige le lecteur de regarder les choses en face
Littell ne veut surtout pas imposer une seule lecture, le lecteur choisit son approche, il a écrit ce texte d’un coup, sans savoir ce que cela donnerait, à la relecture il voit des connections qu’il n’a pas vu à l’écriture.
La pensée raciale : n’est pas à l’origine antisémite (Disraeli était raciste, mais juif), la destruction des juifs était justifiée par des arguments contradictoires. Le national-socialisme était un terme du discours tout comme la démocratie pour nous, le christianisme au Moyen Age, il y a de l’idéalisme chez le narrateur, comme dans le bolchevisme qui a autant mené au génocide.
Citation p. 30
Exemple IG Farben : a expatrié ses employés juifs : « J’ai été obligé de faire ce que vous avec fait parce que j’étais juif. Quel choix ?
Ila tente une exploration, pas une démonstration, des hypothèses de travail : les monstres pervers existent, mais ce n’est pas la normalité du génocide. Les nazis avaient le devoir de surmonter l’humain pour devenir inhumain.
Inceste, homosexualité, matricide : Eschyle
Des Barrières sociétales doivent tenir contre la barbarie, comment on est élevé par ses parents, cela n’est pas suffisant pour résister. Il y des mécanismes sociaux qui se posent qui permettent l’horreur.
 
Réaction de collègue :
pour ma part, je n'ai pas encore mis le nez dans "Les bienveillantes", 
mais je sais déjà, à  ce que Sylvain m'en dit, que JE ne le lirai pas 
entièrement. Je ne pense pas que l'on puisse exiger des élèves de 
s'enfiler un tel pavé in extenso si la lecture leur en est pénible 
voire douloureuse. Je pense que s'ils sont capables d'exprimer ce qui 
dans le bouquin les rebute ou les dégoûte, c'est l'essentiel.
Y en a-t-il parmi vous qui aient écouté Boulin ? Pour ma part, j'étais 
en voiture et je n'en ai entendu que des fragments, mais à part le 
fait que Finfielkraut m'a eu l'air de déraper, j'ai cru comprendre que 
Boulin - qui a une manière tout à fait stupéfiante de parler de ses 
propres jeunesse-et-naïveté - confond littérature et tract, d'où son 
succès, en particulier auprès de certains jeunes. Pour les adultes, je 
m'interroge.
 
par Eric Bertrand publié dans : Théâtre au lycée
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Lundi 16 octobre 2006
Suite du journal du 9.08 : Bref, posons quelques bases : je prévois la relecture et correction du récit d’ici à samedi prochain (12.08). J’aborde éventuellement la reprise de la pièce dans ce même temps. La limite est celle de la date du retour vers la Bretagne le 13 août.
              Je ne me hâterai pas. D’autres relectures « tamis » sont envisageables plus sereinement. Je vais aussi trouver une idée d’illustration pour la couverture. Peut être une préface. Un argumentaire pour le libraire… Les phases habituelles par lesquelles je suis passé l’an dernier et que j’ai déjà pu rapporter dans ce blog.

HPIM0427.JPG

En route !

Rubrique Goncourt :
Le Bois des amoureux de Gilles Lapouge.
 
Disons-le franchement dans ce blog (mais je ne le dis pas en cours, ce n’est pas le lieu !) je trouve le roman franchement raté ! Et je recueille là-dessus de nombreux points de vue convergents… Là n’est pas la question ! Il faut jouer le jeu et tâcher de lui donner un écho qui fournisse en même temps une passerelle vers le bouquin ! Après tout, sur le fond de montagnes du pays de Digne, avec un feu de cheminée et une poêlée de châtaignes, il ne serait pas si désagréable d’écouter cinq minutes Lapouge évoquer ses souvenirs un peu décousus. J’ai enregistré sur France Culture un entretien dans lequel il évoque la figure du conteur dont il dit qu’elle est aussi celle de l’écrivain. Il est bon de donner à entendre ce genre de témoignages à des élèves curieux de savoir ce qui, à la base, inspire l’écrivain. Cela nous ramène une fois de plus à l’objet d’étude « le biographique » : le seul passage que j’ai sélectionné à la lecture, c’est précisément celui qui évoque la « mémoire des vieux ». 
 
Exploitation en cours du Bois des amoureux
 
Lecture d’une critique positive du roman. (Critique de Mathilde Saudubray parue dans le magazine Evene) Quelles sont les qualités que cette critique met en avant ?
 
« Le roman dépeint la vie d'un petit village du sud de la France autour d'une rencontre entre un vieux professeur et un soldat. Cette fresque rurale encadrée par les deux guerres relate avec une poésie drôle et empreinte de nostalgie les histoires de familles, les us et coutumes provinciales. Dans un langage populaire plein d'images bucoliques et de sagesse prosaïque, chacun affirme sa personnalité, imperceptiblement. Les sensibilités, les amours et les désillusions se dessinent discrètement, dans le contexte fragile de l'entre-deux-guerres. L'auteur nous plonge dans ce microcosme régi par ses rumeurs. Il donne une coloration particulière aux habitudes et aux commérages qui évoluent avec le temps, les bouleversements sociaux. Le soldat incarne cette rupture. Ses paroles heurtées, ses pensées paradoxales figurent la vision métaphysique des consciences irradiées par la douleur et la mort. On perçoit ici l'expression surréaliste.
Le choc des cultures n'est pourtant pas si brutal qu'il n'y paraît. Le professeur, comme les enfants, le prêtre ou le paysan bourru retrouvent l'énergie vitale et l'instinct de survie qu'ils ont en eux. Au-delà des mots et des idées, l'essentiel est pressenti par ces âmes touchantes. Le passé sédentaire et traditionnel de la vieille
France est confronté au nomadisme moderne du soldat épris de liberté. Cependant, la tristesse languissante des uns rejoint le désespoir irréversible de l'autre. Leurs dialogues catalysent un amour d'ordre universel, frustré. Dans ce récit sentimental, où la langue associe l'argot aux métaphores abruptes, on suit l'évolution de personnages attachants en train de s'observer. A l'instar de ces acteurs assistant au spectacle de la nature, de la vie et de ses révolutions, on est spectateur d'un tableau vivant et lointain. »
 
Extrait d’interview : Gilles Lapouge sur France Culture : « Du jour au lendemain »
Réflexion sur le statut d’un personnage : la relation de ce personnage avec le statut du conteur ? Avec celui du romancier ?.
 
Réflexion sur un extrait du roman : « la mémoire des grands pères » : quel témoignage lèguent-ils ? Quelles valeurs transmettent-ils ?
 
Lecture cursive conseillée : (Il faut songer à « l’après Goncourt » et au fameux « baby blues ») Dans le sillage de ce roman, il faut penser à des romanciers de la région, chantres de valeurs identiques à celles que célèbre Lapouge (mais avec une véritable intrigue romanesque !) :
-          Giono : Regain
-          Giono : Un de Baumugne
-          Giono : Colline
-          Bosco : le Mas Théotime
 
Rencontres à Marseille le 3 Octobre 2006
Suite : Camille Laurens
 
-Quelle est la part de l’autobiographie dans votre roman ? Cette façon de brouiller les pistes, n’est-ce pas une manière de cacher l’autobiographie ?
La vérité, je ne la connais pas. Tout tourne autour de l’identité. Qui suis-je ? La part autobiographique est une sorte de paysage mental. L’auteur est dans son livre. Il écrit pour parler de lui, comme le disait Hugo, parler de soi c’est parler des autres. Il n’y a pas une vérité mais plusieurs vertiges qui bougent tout le temps. Dans tous mes romans il y a un mélange de vérité et de fiction, avec une frontière mouvante, comme la vie. Je pense à un passage de Proust à propos d’un peintre qui se demande comment peindre une rivière dans le brouillard : c’est peindre ce que l’on ne voit pas. Peu importe la réalité événementielle. Bien entendu, ce sont des émotions d’abord, plutôt que des faits.
 
Camille Laurens est intervenue lors de la question posée à Michel Schneider sur le rapport conflictuel entre mot et image :
Elle cite Antonioni : « L’amour, c’est vivre dans l’imaginaire de quelqu’un ». Ella s’interroge sur comment l’amour s’articule à partir du regard de l’autre, comment les mots arrivent à saisir quelque chose de ce qui est insaisissable . Dans l’amour, il y a autre chose que ce qu’on croit et que ce qu’on voit.
 
-Pourquoi les scènes érotiques sont-elles aussi crues ? Est-ce provocateur ou réaliste ?
Camille Laurens semble assez étonnée par la question, mais elle explique :
Il y a peut-être une scène « porno » à Amsterdam. Dans cette partie du roman, j’ai effectué une construction en triptyque :
-une scène érotique, quand Arnaud veut un enfant. Genre film sentimental, mélo, couple amoureux.
-une scène intermédiaire : le concert de Bach, avec 2 façons différentes d’écouter (elle : sentimentale, lui : technique avec ses 11 versions de Bach). Le sujet, c’est la différence masculin/féminin.
-dernière scène : quand ils rentrent à l’hôtel. C’est une scène de fantasmes, où la femme entre dans le fantasme de l’homme. Sorte de scène vue d’une fenêtre, avec cette notion de voyeurisme masculin/féminin dans les rapports amoureux et sexuels. C’est à comprendre comme une construction romanesque (avec la référence à l’enfant perdu). Il n’y a pas de provocation, mais liberté du personnage et liberté de lecture. Pas de jugement moral, type lui salaud, elle idiote. Il y a peut-être une forme de masochisme féminin, mais pas au sens habituel d’avoir mal. C’est plutôt une acceptation de la passivité.
 
-La communication par mail peut-elle produire un nouveau ressort tant sut le plan psychologique que sur celui de l’écriture ?
Cela m’a permis l’utilisation de la corbeille : le personnage ne lit pas, mais le lecteur peut lire. C’est une manière aussi de réfléchir aux relations par Internet, comme si on cherchait de + en + à garder ses distances. Par exemple les sites de rencontres où en fait on ne se rencontre pas. S’écrire à distance. On se tient loin.
 
-Pourquoi plusieurs fins avant la vraie fin ? 
En fait il n’y a pas plusieurs fins. C’est une histoire qui n’en finit pas de finir. Dans la vie, il y a plusieurs fins à une histoire d’amour (quand dater la fin ? dernière rencontre ? décision de mettre un terme à la relation ? …) Dans ce roman, il n’y a que des fins.
Intervention d’Antoine Audouard qui cite Flaubert : « La bêtise en littérature consiste à vouloir conclure. »
 
-Pourquoi êtes-vous tant inspirée par l’amour perdu et l’absence ?
Il y a de l’absence en chacun de nous. Il y a toujours quelque chose qui manque ou quelqu’un. J’ai perdu un petit garçon en 1994 : c’est l’absent qui reste toujours là. Il y a l’amour perdu de la mère, ce qui sépare depuis la naissance et entraîne la mélancolie, au sens de sentiment de la perte. On a tous perdu un paradis.
 
-Pourquoi les mails du cinéaste n’apparaissent-ils pas dans le roman ?
Cette question présuppose l’existence d’une correspondance réelle. Mais tout est inventé…(remarque perso : grosse déception chez les élèves…) C’est un clin d’œil au roman du XVIII° pour authentifier ce qu’on va lire, c’est une sorte de mise en abyme .
 
-Pourquoi Hélène prend-elle le nom de Camille à la fin ?
Quand elle emploie ce nom de Camille, c’est en fait une pirouette que je fais au lecteur qui est embarqué dans l’histoire d’Hélène/Arnaud, je/le réalisateur. Il y a un jeu sur les pronoms et « Camille » dit « peut-être que cela est arrivé ». Mais dans la vie je ne m’appelle pas Camille. C’est un pseudo. Donc il y a une strate supplémentaire, qui donne une sorte de profondeur de champ. Je connais la vérité puisque je l’ai vécue mais je suis intéressée par la transformation romanesque. Camille est elle-même un personnage.
 
-Que recherchez-vous dans l’écriture d’un livre ? Qu’est-ce que ça vous apporte sur le plan perso. ?
Avant, j’aurais dit « j’écris pour être aimée ». Les hommes diraient : « Pour avoir toutes les femmes que je voudrais ». Maintenant, j’écris pour que les mots m’aiment. C’est une joie de toucher les mots et d’être touchée par eux.
 
-Question sur sa relation à l’écriture et sur une forme de dépendance :
Comme une addiction ?…Il y a des choses que je préfère à l’écriture, sûrement…mais je n’ai pas l’intention d’arrêter. Ma relation à l’écriture est aussi une relation à la lecture, à la littérature.
 
Réaction de collègue :
« Je viens de découvrir l'interview de C.Bataille sur le site gdlfnac. 
L'avez-vous écoutée ? C'est surprenant de voir la distance qu'il y a 
entre la clarté de son propos narratif oral, la simplicité du projet 
qu'il définit, et le roman lui-même ! Rien par exemple sur Kobald. 
Quelqu'un a-t-il une idée sur ce nom, syncope de Kobold et de cobalt ? 
(sans que ça m'éclaire plus que ça, au demeurant, cette hypothèse !)
 
par Eric Bertrand publié dans : Ecriture et réécriture
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