Lundi 30 janvier 2012
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05:59
Certains tempéraments facétieux aiment bien s’amuser aux dépens des autres et tirer parti de « la bonne mine » de celui qu’ils « mettent en boite ». C’est un peu comme un pantin dont ils se
plaisent à tirer les ficelles car ils en connaissent parfaitement le fonctionnement. Une fois mis en boite, le pantin a du mal à échapper au piège de la plaisanterie et, comme on dit, « il a bon
dos ». Surtout si on l’a mis dans « la boite de Pandore » avec le reste des maux !
Peut-être que les Anglais trouvent plus amusant le fait de « tirer la jambe de quelqu’un » : « to pull someone’s leg. » ; Le
résultat est le même : il s’agit de faire perdre l’équilibre pour s’amuser de la maladresse du boiteux ! J’en connais de ces albatros !
Par Eric Bertrand
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Dimanche 29 janvier 2012
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07:11
Nous traversons tous des expériences difficiles, des moments douloureux ou pénibles, des épreuves que nous
avons hâte de terminer. Une expression idiomatique (utilisée souvent de façon galvaudée) est intéressante à comparer à d’autres langues : elle est issue de l’univers ferroviaire, elle sent la
gare Montparnasse ou n’importe quelle petite gare du Jura, des Alpes, des Vosges ou des Pyrénées. « Voir le bout du tunnel ».
Le cours de maths est trop long, j’ai hâte de voir le bout du tunnel. La file de voitures n’en finit pas, quand donc
sortirons-nous du tunnel ?... De l’autre côté de la Manche, les Britanniques qui jadis par la Cornouailles et l’immense forêt de Brocéliande, étaient reliés aux côtes de « petite Bretagne, disent
encore qu’il faut « sortir de la forêt » (« to get out of the wood »), et les Allemands, dissimulés derrière les inquiétants vallonnements de la forêt noire, affirment qu’il faut « passer de
l’autre côté de la montagne ».
Par Eric Bertrand
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Samedi 28 janvier 2012
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06:56
En ce matin tout noir de nuit, certains d’entre vous ont choisi de « dormir à points fermés ». Il y a de l’obstination dans cette
belle expression. L’indignation du réveil qu’on est prêt à refuser jusqu’au fond du sommeil, dussions-nous en serrer les poings !
Sauf que cette homonymie oublie que « le point », c’est aussi l’infime parcelle de chair qui laisse filtrer le jour ! Pas de
telles nuances en espagnol dormir « la jambe relâchée », surtout si c’est après une partie de jambe en l’air !
Décidément, le langage autorise toutes les fantaisies à ce blog qui a la réputation de se tenir « droit dans ses bottes » !
Par Eric Bertrand
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Vendredi 27 janvier 2012
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05:53
Nos ancêtres les Gaulois foulaient allègrement la terre des champs et la poussière des poulaillers... Aussi
dit-on toujours « marcher sur des œufs » quand on prend beaucoup de précaution pour ne pas faire de casse.
En Angleterre, l’image est plus aérienne : « to skate on thin ice ». Pour ne pas aggraver une situation déjà
critique, pour ne pas faire de vagues ou tout briser, on « glisse sur de la fine glace » ! A vous de choisir laquelle des deux postures vous préférez pour ne pas jouer aux éléphants dans le
magasin de porcelaine.
Par Eric Bertrand
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Jeudi 26 janvier 2012
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06:05
« Mettre la main à la pâte »... Voici une expression boulangère très courante qui marque la bonne volonté dont on
témoigne pour venir prêter main forte et « mettre la main à la pâte », en « mouillant sa chemise ».
Il y a du Raimu là-dessous, un franc parfum de baguette chaude qu’on ne retrouve pas dans l’expression anglaise qui
préfère que l’on « mette l’épaule à la roue ». « To put one’s shoulder to the wheel »...
L’effort est plus austère, plus froid, plus pincé peut-être. L’épaule rejoint la roue glaciale, elle trouve sa place
dans un engrenage...
Par Eric Bertrand
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Mercredi 25 janvier 2012
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05:52
Restons dans l’opposition France-Allemagne : nous disons parfois, nous autres Français que la tradition
britannique représente volontiers assis sur un vélo, baguette à la main et collier d’oignons autour du cou : « Ce n’est pas mes oignons »... Ce n’est pas mes oignons, donc passons notre
chemin.
L’Allemand lui, qui ne connait pas la coquetterie des « Johnnies » et de leurs ornements dira plutôt
dans sa langue en sortant par exemple d’une taverne bavaroise, « ce n’est pas ma bière » !
Par Eric Bertrand
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Mardi 24 janvier 2012
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05:55
En France, terre de culture et de moissons, terre de Gaulois qui étaient avant tout
des cultivateurs (témoin le nombre de mots français qui sont d’origine gauloise et qui renvoient tous à des réalités agricoles) on ne s’étonnera pas, lorsque les affaires marchent d’avoir « de
l’oseille », « du blé » ou de « gagner du blé ».
En Allemagne, on ne parle pas de blé mais de charbon : cette réalité du combustible renvoie
à un autre paysage, celui de la Rhur par exemple ! Avez-vous du charbon ? Allez, au charbon !
Par Eric Bertrand
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Lundi 23 janvier 2012
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05:55
Je débute enfin (promis depuis longtemps !) une série d’articles consacrés aux idiomes rencontrés dans les différents pays,
cette part si intime qui fait la spécificité d’un peuple et qui dévoile un peu de sa nature et de son imaginaire... Je me servirai de l’un de ces livres qui me sert de « bible » : celui du
linguiste Claude Hagège, souvent évoqué dans ce blog et de son article intitulé « Idiomes » dans « le Dictionnaire amoureux des langues ».
Avant de commencer à regarder de près certaines de nos expressions si intraduisibles en d’autres langues, je propose à mon
lecteur le plaisir d’écouter (peut-être de découvrir) la virtuosité de Claude Hagège, la générosité de son savoir alimenté des diverses langues qu’il connaît si bien et qui font de sa culture un
ensemble si baroque...
Par Eric Bertrand
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Dimanche 22 janvier 2012
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06:49
Cette question me ramène en mémoire l’œuvre de Vercors (qu’il faudra d’ailleurs que je relise car je pourrais bien
en faire le support d’un cours l’an prochain) au sujet des « tropis » : le roman s’appelle les Animaux dénaturés et raconte comment un groupe de savants découvre, dans la jungle de
Nouvelle-Guinée, une colonie de quadrumanes dont les habitudes rappellent celles des hommes : ils enterrent leurs morts, ils sont troglodytes.
Leur force physique les désigne aussitôt comme une commode main d’œuvre à bon marché et certains n’ont aucun intérêt à les
voir considérer comme des hommes, même si les signes de leur humanité sont flagrants !
La réflexion que mène Vercors est en outre doublement intéressante car elle comporte une version écrite pour la scène :
Zoo ou l’Assassin philanthrope
Par Eric Bertrand
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Samedi 21 janvier 2012
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07:14
A quel moment peut-on affirmer qu’une créature de forme humaine est un homme ? Cette question a agité d’interminables
polémiques autour de la notion d’humanité. Et de nombreuses œuvres littéraires et cinématographiques... C’est le cas du film de Régis Wargnier, « Man to man ».
Nous sommes en 1870 et un naturaliste écossais, le sympathique et pugnace Jamie, ramène d’Afrique un couple de Pygmées afin
d’affiner sa connaissance de l’homme et de ses origines. Sa soif de connaissances et la qualité de la relation qu’il crée avec les indigènes est vite perturbée par la réaction violente, cupide ou
paternaliste de son entourage.
Ces sauvages sont des spécimens davantage destinés au zoo et le succès et la gloire sont garantis par leur intermédiaire. Sont-ils des
animaux ou des êtres humains ? Ils sont capables de nommer spontanément les gens qu’ils connaissent, capables de tendre des pièges fondés sur la simulation pour parvenir à leurs fins,
capables aussi de comprendre et de partager des émotions. Certains préfèrent ne pas le voir ni l’admettre et camper sur l’idée de l’animalité du Pygmée.
C’est que le monstre de foire rapporte sans doute davantage. D’autant que la « femelle » est enceinte et que
l’embryon qu’elle porte devient un enjeu important. Mais Jamie veille... Un moment évincé par ses rivaux, il s’interpose in extremis et prétend que l’enfant est de lui, ce qui garantit
« l’humanité » de l’enfant.
Par Eric Bertrand
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